M. T. STEEG.--Messieurs, le projet de loi qui nous est soumis
n’est pas nouveau; si j’interviens dans la discussion, c’est que, dès
1911, d’accord avec mon regretté ami Dujardin-Beaumetz, j’avais, comme
ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, donné une adhésion
de principe au projet de donation qui nous était soumis par M. Rodin.
Les pourparlers se sont prolongés, car les difficultés d’ordre juridique
et d’ordre administratif étaient assez nombreuses: M. Bérard et M.
Dalimier ont eu la bonne fortune de les résoudre.
Je voudrais vous dire, très rapidement, pourquoi je considère,
aujourd’hui, comme il y a cinq ans, les raisons qui justifient, à mes
yeux, l’acceptation, par l’État, de l’offre de Rodin.
Parmi les critiques soulevées contre le projet, il en est une qui, si
elle était justifiée, ne manquerait ni de force, ni de portée. On nous
disait: vous allez instituer une sorte d’orthodoxie d’État en matière
d’art. En affectant un établissement public au profit d’un seul artiste,
vous ne vous contentez pas de consacrer officiellement le talent de
l’homme et la qualité de l’œuvre, vous décernez à cet artiste une
sorte de brevet d’hégémonie et de supériorité.
Or, ce n’est pas là le rôle de l’État; il n’a pas à instituer des
primautés, à organiser l’apothéose d’artistes encore vivants.
Ce grief, messieurs, ne saurait nous être adressé. Le régime actuel a
rompu délibérément avec des traditions anciennes: il y avait, autrefois,
des charges de peintre du roi; il subsista longtemps des artistes
officiels.
Aujourd’hui, il n’en est plus ainsi: nous avons voulu et nous voulons
que tout effort sincère puisse s’exprimer librement, en dehors de toute
doctrine d’État; il n’y a pas, en matière d’art, de doctrine d’État.