M. ANDRÉ LEBEY.--Eh bien! vous n’êtes pas devenu libre penseur.
Vous l’avez dit, mais ce n’est pas exact.
M. DELAROCHE-VERNET.--Parlez-nous de l’immeuble et non de
l’artiste.
M. JULES DELAHAYE.--M. Simyan n’en conclut pas moins avec
bravoure que vous ne pouvez pas, messieurs, hésiter à réaliser le rêve
caressé depuis plusieurs années par M. Rodin, que vous lui permettrez
d’installer son musée dans le cadre qu’il a choisi et que, ce faisant,
vous serez ses obligés. «Ce sera, dit-il, le remerciement de la Chambre.»
Pourquoi le remerciement de la Chambre?
L’honorable M. Simyan vous le dit dans une formule que je vous prie de
retenir, messieurs, car elle est rare dans l’histoire de l’art. Depuis
qu’il y a des rois, des républiques et des sculpteurs, je ne crois pas
que jamais artiste ait reçu un pareil coup sur sa couronne de lauriers.
C’est du 420. Tout autre que M. Rodin en paraîtrait écrasé. L’honorable
rapporteur a un trait commun avec M. Rodin: il ne lui déplaît pas «de
scandaliser les Béotiens de Paris et d’ailleurs».
Veuillez écouter ce morceau: «Il est bien vrai que l’État, qui accueille
au Luxembourg les plus belles œuvres des artistes vivants, et qui
offre la glorieuse hospitalité du Louvre à celles que le temps a
consacrées, ne saurait concéder une partie du domaine public à chacun
des grands artistes qui sont l’ornement de ce pays; mais il peut
accorder cette faveur unique à un génie unique en retour d’un don
unique. Si c’est un précédent, il est à craindre qu’il ne se renouvelle
pas de longtemps.»
Ne vous semble-t-il pas, messieurs, que voilà des raisons bien hardies
pour créer un précédent extraordinaire, inouï, mais bien fragiles et
bien peu cohérentes pour édifier un nouveau musée et une loi d’exception?
N’hésiterez-vous pas à les faire vôtres, comme vous y invite l’honorable
M. Simyan et ne craindrez-vous pas, en comblant tous les vœux de M.
Rodin, de paraître tenir la gageure d’une poignée de frondeurs, d’une
petite élite d’amateurs qui ont juré de venger les injures du plus
fameux des mécontents?
Dans sa foi religieuse en M. Rodin, l’honorable M. Simyan me rappelle un
moine (_Exclamations et rires_) encore plus célèbre que M. Rodin.