M. JULES DELAHAYE.--Laissez-moi au moins continuer ma lecture,
pour savoir si je suis aussi passionné que vous le prétendez:
«Art. 2.--La valeur artistique des donations ou legs, ainsi que leurs
conditions financières ou immobilières, devront être soumises à l’avis
préalable et motivé d’une commission de douze membres, élue, pour
moitié, par les classes compétentes de l’Institut...» (_Interruptions
sur les bancs du parti socialiste._)
Attendez la fin de la phrase.
M. LE PRÉSIDENT.--Monsieur Delahaye, voulez-vous me dire si
cette nomination d’une commission formée de membres de l’Institut est
dans le texte?
M. JULES DELAHAYE.--Je le relis: «Art. 2.--La valeur artistique
des donations ou legs, ainsi que leurs conditions financières ou
immobilières, devront être soumises à l’avis préalable et motivé
d’une commission de douze membres, élue, pour moitié, par les classes
compétentes de l’Institut, et pour moitié en dehors de l’Institut.»
(_Interruptions sur les bancs du parti socialiste._)
M. LE PRÉSIDENT.--Messieurs, ne laissez pas dire qu’on ne peut
pas parler quand on n’est pas de votre avis.
M. JULES DELAHAYE.--Pour abréger le plus possible mes
observations,--car je suis fatigué d’un voyage nocturne,--je vous
demande la permission de lire aussi mon exposé sommaire, ce qui me
permettra d’éviter tout développement: «Aux engouements passagers ou aux
prétentions excessives des coteries d’art ou des artistes trop enclins
à se soustraire aux sages traditions de nos musées nationaux, qui,
jusqu’à ce jour, imposaient à toute consécration du «génie» la sanction
du temps,--il s’agit d’imposer, par le contre-projet ci-contre, au
moins le contrôle et l’appréciation motivée d’une élite de compétences
indépendantes de toute influence étrangère à l’art.
«Il s’agit aussi d’empêcher la conséquence évidente d’un précédent sans
pareil dans l’histoire ancienne et moderne des artistes français.»