MESSIEURS,

M. Auguste Rodin, statuaire, grand-officier de la Légion d’honneur,

a décidé de faire don à l’État, sous certaines conditions, de ses

collections de sculpture et de ses œuvres personnelles.

Cette libéralité a été constatée par un acte passé à Paris, en double

minute, devant Me Théret, notaire de M. Auguste Rodin, et Me

Cottin, notaire de l’Administration des Beaux-Arts, le 1er avril 1916.

Aux termes de cet acte, M. Auguste Rodin abandonne gratuitement à l’État:

* * * * *

1º Ses collections de sculpture antique, dont un détail estimatif est

annexé à l’acte;

2º Ses œuvres personnelles de dessin, peinture et sculpture;

3º Son droit de propriété artistique sur lesdites œuvres à partir de

son décès.

* * * * *

Mais, comme condition expresse de cette libéralité, il stipule:

* * * * *

1º Que les œuvres données seront installées à ses frais, mais par ses

soins, dans l’hôtel Biron, situé à Paris, rue de Varenne, nº 77, et dans

la chapelle désaffectée voisine, qui appartient à l’État;

2º Que le «musée Rodin» restera ainsi installé jusqu’à son décès et

vingt-cinq ans après, l’État ayant simplement la faculté, durant ce laps

de temps, de reprendre possession de la chapelle en y substituant une

autre construction édifiée dans le jardin entourant l’hôtel Biron;

3º Qu’il aura, sa vie durant, l’entière et absolue administration de son

musée, avec droit de recruter et de révoquer le personnel de garde et

d’entretien;

4º Qu’il aura la faculté de percevoir un droit d’entrée dans le musée

d’un franc par personne, sauf à soumettre la comptabilité des recettes

effectuées de ce chef au contrôle de l’Administration des Beaux-Arts

et à affecter le produit des droits d’entrée à la rémunération du

personnel, l’insuffisance de ce produit devant être, le cas échéant,

comblée des deniers personnels de M. Rodin ou l’excédent employé par lui

et à son gré dans l’intérêt du musée;

5º Qu’il aura, sa vie durant, le droit d’occuper gratuitement la

totalité de l’hôtel Biron et de la chapelle voisine, sans être tenu

d’aucune charge quelconque d’entretien ou autre, de quelque nature

qu’elle soit, et, notamment, d’aucun impôt quelconque;

6º Que l’État effectuera à ses frais tous les travaux de mise en

état desdits immeubles, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, et se

chargera des frais de toutes les réparations, quelles qu’elles soient,

à effectuer dans l’avenir; qu’il installera à ses frais le chauffage

central dans l’hôtel et améliorera l’éclairage de la chapelle;

7º Que le jardin attenant à l’hôtel sera entretenu aux frais de l’État

et que M. Rodin aura la faculté d’y pénétrer librement à toute heure,

alors même que le jardin ne serait ouvert au public qu’à des heures

fixes.

* * * * *

Cette libéralité a été acceptée provisoirement par le ministre de

l’Instruction publique, des Beaux-Arts et des Inventions intéressant la

Défense nationale, et il a été stipulé qu’elle serait résolue de plein

droit:

* * * * *

1º Si un décret d’acceptation définitive n’intervenait pas dans les six

mois, c’est-à-dire avant le 1er octobre 1916;

2º En cas d’inexécution dûment constatée de l’une quelconque des

conditions indiquées.

L’inventaire descriptif et estimatif des œuvres et collections

offertes par M. Auguste Rodin a été effectué par les soins des

conservateurs des musées nationaux, qui en ont apprécié la valeur à près

de deux millions, c’est-à-dire à une somme très supérieure à la valeur

des avantages stipulés en sa faveur par le généreux donateur.

En l’état de la législation, il n’appartient pas aux ministres

d’accepter les libéralités qui sont faites à l’État lorsque ces

libéralités sont affectées de charges ou de conditions dont le Parlement

seul peut autoriser l’exécution. Or, il en est ainsi tout au moins de

la charge imposée par M. Auguste Rodin de lui abandonner sa vie durant

la jouissance gratuite de l’hôtel Biron et de la chapelle désaffectée

voisine, qui sont la propriété de l’État, car l’article 7 de la loi du 6

décembre 1897 subordonne à l’autorisation du Parlement les baux de biens

domaniaux d’une durée de plus de dix-huit ans, et l’article 56 de la loi

de finances du 25 février 1901 n’autorise à concéder gratuitement des

logements dans les bâtiments de l’État par voie de décret qu’en raison

des besoins des services publics.

Un projet de loi spécial a, d’ailleurs, été déposé le 18 juillet 1916

pour demander l’ouverture, sur l’exercice 1916, d’un crédit de 10.813

francs nécessaire pour la création du musée Rodin et permettre ainsi

l’exécution des conditions de la donation.

Depuis longtemps déjà, les amis et les admirateurs du statuaire avaient

conçu l’idée de créer à Paris un «musée Rodin». Son œuvre est, en

effet, bien plus considérable qu’on ne l’imagine et le public est loin

de pouvoir en jouir dans sa totalité. Une grande partie en est enfermée

dans les différents ateliers du maître. Des centaines de dessins, qui

suffiraient à constituer la renommée d’un artiste, sont serrés dans des

cartons. Plusieurs monuments, dont M. Rodin lui-même ne possède pas de

répliques complètes, se trouvent à l’étranger. Il paraît donc infiniment

désirable qu’un ensemble aussi riche soit rassemblé avec soin dans un

local adapté à ce but et présenté le plus tôt possible au public.

Nous avons, en conséquence, l’honneur de soumettre à vos délibérations

le projet de loi ci-après:

Rodin à l'hotel de Biron et à Meudon · 第 81 / 252 题