Et au-dessous:
DINÉE DU VOYAGEUR À CHEVAL, DOUZE SOLS;
COUCHÉE DUDIST, VINGT SOLS.
Des lettres du roi maintenaient les priviléges des aubergistes. Un
voyageur à pied ne pouvait être hébergé dans une hôtellerie de
cavaliers, et réciproquement.
«Les lois françaises empêchent l'un de trop dépenser, l'autre de ne pas
dépenser assez[24].»
Mario, qui voyait l'auberge éclairée, ne s'étonna pas du hennissement de
joie que poussa son petit cheval, environ à deux cents pas de l'auberge.
Il pensa qu'il reconnaissait les êtres.
Mais ce qui l'étonna, c'est que, tout d'un coup, il détourna à gauche et
fit des difficultés pour reprendre le droit chemin.
L'enfant, qui était sur ses gardes, prêta l'oreille.
Il lui sembla entendre un bruit de chevaux venant de l'auberge, que lui
masquaient encore les vapeurs de la nuit. Il s'en réjouit.
--Mon père est là, se dit-il, avec tout son monde; peut-être avec M.
d'Ars ou sa suite. Avançons vite.
Mais Coquet se fit tellement prier pour avancer, que le jeune cavalier
crut devoir chercher à comprendre _son idée_. Il l'arrêta court, et
entendit, beaucoup plus près de lui que l'écurie de l'auberge, le
hennissement, à lui bien connu, de Rosidor, le fidèle palefroi du
marquis.
--Mon père est donc par là? se dit-il encore. Il ne faudrait pas se
croiser en route.
Et, comme il ne distinguait sur sa gauche qu'une sorte de taillis épais,
il mit la bride sur le cou de Coquet, avec la certitude qu'il saurait
rejoindre son camarade.
En effet, Coquet entra dans le taillis et s'arrêta devant une masure
déjetée et crevassée.
C'était l'ancienne auberge du _Geault-Rouge_, abandonnée à sa propre
ruine depuis une vingtaine d'années; Bois-Doré, Guillaume et M. Robin
s'étant cotisés pour bâtir la nouvelle et en faire don à maître Pignoux
comme en témoignage de leur estime pour sa probité et ses talents
culinaires.