_Susanne._ Je demande une fille à l’âge de dix et huict ans,

médiocrement grasse, et qui ayt la taille droicte et haute, non

pas trop, l’air du visage noble et majestueux; qu’elle ayt la teste

bien plantée, les yeux doux et riants, de couleur noire, la bouche

médiocrement grande, les dents blanches et bien rangées, le front

plus petit que grand, mais doucement courbé dans ce qu’il monstre,

les jouës pleines, les cheveux noirs, le tour du visage rond. Je

veux à ceste heure qu’elle ayt le tour des espaules un peu large et

fourny, la gorge pleine et unie, les tetons durs et séparés, qui se

soustiennent d’eux-mesmes, les bras gros et postelés, la peau non

pas trop blanche ny trop brune mais d’une teinture esgale entre les

deux et qui avec l’embonpoint de la chair qui la faict pousser ne

laisse paroistre aucune rudesse ny tacheture dessus, et je veux qu’à

son bras soit joincte une main d’yvoire, qui estant fournie avec

proportion à l’endroit du poignet, vienne en diminuant insensiblement

jusqu’à l’extrémité des doigts. Quant aux mœurs, je veux qu’elle

soit proprement vestue, qu’elle soit modeste, gaye dans ses actions,

qu’elle parle peu et finement, et qu’avec tout cela elle paroisse

estre spirituelle, ne disant pas tout ce qu’elle sçait, mais laissant

deviner à ceux qui l’escoutent qu’elle entendroit mieux les matières

seul à seul qu’elle n’en faict le semblant devant le monde; si bien

que tous ses discours, soit à dessein ou autrement, ne tendent qu’à

donner de l’amour et persuader en mesme temps qu’elle en peut prendre,

se réservant pourtant tousjours devers soy un prétexte d’honnesteté

qui ne donnera aucune prise à ses ennemis et qui la mettra à couvert

toutes les fois qu’ils luy en voudront faire le reproche, promettant

affirmativement qu’elle ne sçait ce que c’est dont on luy parle

et qu’elle n’y entend point de finesse. Je veux aussi qu’elle soit

sobre à table et aux festins où elle se trouvera, boive peu et mange

médiocrement, parce que c’est là encore qu’on reconnoît mieux l’humeur

d’une fille, selon qu’elle est plus ou moins portée aux autres

plaisirs, et que les discours et les actions y sont ordinairement plus

libres. C’est pourquoy elle prendra garde de ne point faire d’excès, et

si elle est excitée à commettre quelques libertés pour donner carrière

à son esprit, il faut qu’elle y soit emportée par l’exemple ou le

consentement de toute la compagnie qui n’y trouvera rien à redire;

autrement elle s’en doibt empescher. De plus, elle doibt sçavoir

danser, chanter, aymer la lecture des livres d’amour, soubs prétexte

de s’instruire à parler proprement sa langue naturelle, et n’y point

faire de faute; avoir son esprit souple aux belles passions d’amour

qui y sont représentées, en sorte qu’elle se laisse captiver comme

pour soy-mesme aux incidens du roman et aux récits qui sont les plus

capables d’insinuer l’amour dans les cœurs.

_Fanchon._ Cela est bien galand, ma cousine.

_Susanne._ Avec toutes ces dispositions tant intérieures

qu’extérieures, car je n’ay pas encore descrit toutes les perfections

du corps, je veux, quand elle sera déshabillée, que l’on voye reluire

toutes les beautez que la robe cache, comme un soleil qui sort d’une

nue, et qu’elle frappe la veuë et les sens de celuy qui la regarde,

comme un beau lieu de délices qui se descouvre tout à plain à celuy

qui le cherche avec impatience et qui le trouve infiniment plus

beau qu’il ne se l’estoit imaginé. Je veux, parmy toutes ces grâces

qui l’accompagnent, qu’on voye pousser son ventre plein et arrondy,

comme l’escueil délicieux où se brisent tous les désirs amoureux; son

estomach sera douillet et charnu; elle aura les pieds petits et bien

mignons et bien tournés en dehors, pour dénoter qu’elle les a bien

placés; la jambe grassette par le milieu, les genoux courts et menus,

la cuisse grosse, en remontant, et bien garnie, où troussent deux

fesses dures et rebondies et séparées comme à des statues de marbre;

le croupion court, les hanches larges médiocrement, le corps menu par

la ceinture, les reins forts et souples, pour le mouvement du con, et

plus que tout cela, une mothe grassette et bien ferme, cotonnée d’un

poil brun qui serve de haye et rempart à la fossette, laquelle sera

fendue jusques à six doigts au dessoubs du nombril. Je veux qu’elle ayt

tant de beautez espanchées sur le corps, et je veux que la peau en soit

tellement bandée, unie et lissée soubs la main de celuy qui la taste,

qu’elle ne se puisse tenir dessus non plus que le pied sur la glace, et

que la faisant glisser tout autour du corps et par entre ses pilliers

de marbre, où l’on ne verra partout pousser aucun poil, elle coule en

un instant d’un lieu en un autre; les deux babines un peu retroussées

et colorées d’un rouge attrahant qui passe un peu au dehors entre les

cuisses, que le dedans soit bien replié de peau douillette qui soit

encontinuée jusques à l’orifice du ventre, qui soit bien percé pour

éjaculer la semence en temps et proportion, afin que, quand le vit aura

forcé la première barrière, ayant reouvert l’entrée du con, venant

un peu plus avant, il repousse toutes ces petites tayes et pousse

jusqu’au milieu, où faisant derechef force, tout se puisse exécuter

d’un costé et d’autre et donner place à ce vaillant capitaine qui a si

valeureusement advancé jusques au logement du milieu, où y trouvant

la place vide, il brusque la fortune si avant qu’il vienne jusques à

l’entrée de la matrice où se fera le combat naturel qui causera tant

de plaisir à ma belle depucellée; bref, je veux qu’elle ayt tant de

beautez que le galant soit (87) desjà perdu d’ayse et de transport

avant que d’estre arrivé jusques au noir.

_Fanchon._ C’est donc encore ainsi que vous appelez le con?

_Susanne._ Ouy, en paroles de philosophie et couvertes, en prenant la

qualité pour la chose ou le corps.

_Fanchon._ Certainement il pasmeroit de douceur, comme vous dites. S’il

arrivoit qu’il pourroit une fois mettre la main dessus, il n’auroit

point la force d’y mettre autre chose. Quel crève-cœur ce seroit, s’il

venoit à mourir sans avoir peu enfiler tant de beautez ensemble!

(88) _Susanne._ Ma foy, je le pense, mais le plaisir n’est pas moindre

pour la fille quand toutes les qualitez requises se rencontrent en

celuy qui la caresse.

_Fanchon._ Or, voyons donc celles qu’il doibt avoir aussi, et puis nous

ferons un assemblé parfaict de ces deux moitiés accouplées.

_Susanne._ Presque toute la beauté de l’homme consiste en la belle

taille et en la force du corps, non pas en la délicatesse, comme celle

de la femme. Je veux pourtant qu’il soit propre en ses habits et en

sa personne, qu’il ayt la face grave et majestueuse, les yeux doux

et brillans, le nez un peu grandelet et rien de difforme en tout le

visage. Je veux qu’il soit de l’âge de vingt-cinq ans, un peu plus

maigre que gras, que son poil soit noir et vif, ses cheveux longs, pour

la bonne grâce, et bouclez sur les espaules. Il aura le col court et

libre pourtant, l’estomach un peu velu et douillet, s’il se peut; aux

endroits du corps où il n’aura point de poil, comme aux espaules, aux

reins et sur les fesses qu’il aura larges et bien formées, avec un peu

de beauté il faut qu’on remarque beaucoup de force, c’est pourquoy il

fera paroistre ses nerfs quelquefois en se remuant, afin qu’embrassant

bien estroittement sa maistresse, il la porte où il voudra, la jette

sur un lict à la renverse, luy prenne ses deux cuisses sur ses espaules

et la porte en ceste posture, après qu’il l’a faict culebuter, et la

demeine comme une marionnette que l’on agence à son plaisir. Car il

arrive bien souvent que le premier soir qu’une jeune pucelle couche

avec un garçon qui entend le jeu dont elle est entièrement ignorante,

il aura beau la prier, la caresser, luy monter dessus, si elle n’ouvre

pas bien les jambes il est impossible qu’il la puisse bien engaigner,

et bien souvent est contraint de faire la première descharge sur la

mothe, tellement qu’il faut qu’il ayt la force d’appuyer si fort ses

cuisses sur les siennes qu’elle n’ayt moyen de remuer jusques à ce

qu’elle se sent brouiller les opopondrilles avec son instrument, dont

elle n’avoit point encore accoustumé de jouer pour se divertir. Et à

cest effect il aura le pied bien petit et bien planté, la jambe droicte

et advenante et non cagneuse, les cuisses grosses et nerveuses et un

peu velues, et fera cognoistre, s’appuyant dessus, qu’il a beaucoup

de vigueur en tout ce qu’il veut entreprendre. Tu t’estonnes en cest

endroit (89), cousine, mais si tu sçavois combien ceste beauté masle

et vigoureuse de l’homme a d’attraicts et d’alléchemens quand elle

est unie avec ceste autre beauté plus délicate que la sienne, tu n’en

voudrois jamais gouster d’autre, et particulièrement quand elle est

ombragée au dessoubs du nombril d’un poil large et espais, du milieu

duquel on voit sortir un bel ouvrier de nature, fort bandé, qui à bon

droit mérite estre appelé membre, pour sa force et vertu, et qui estant

accompagné de deux battans au dessoubs qui luy servent d’ornement et de

parade, fasse paroistre toute sa beauté, quand il bande, à faire sortir

la petite teste rouge et fendre deux doigts dehors sa peau, qui ne peut

souffrir d’autres attouchemens que la peau délicate du con d’une fille,

et n’entendant point raillerie en tel estat, il saccage tout ce qu’il

rencontre dans le con d’une tendre pucelle, quand il pousse de vive

force.

_Fanchon._ Quelle douce cruauté! J’enrage.

_Susanne._ Je veux donc que tu sçaches que je ne donnerois pas un

festu d’un homme, pour beau et bien faict qu’il fust, s’il n’a les

perfections de son manche, et qu’il estonne la femme par son regard

tout enflammé, au premier coup qu’elle doibt estre percée, et voylà

toute la beauté que je requiers en luy, pour l’accomparer à celle de

la femme, car pour les autres vertus qu’il doibt avoir, nous en avons

desjà assez discouru dans nos premiers entretiens.

(90) _Fanchon._ Et cela estant, trouvez-vous qu’une jouyssance

consommée de ceux qui sont pourvus de toutes ces belles qualitez doibve

estre accomplie en tous les points?

_Susanne._ Nenny dea, ce n’est pas assez, car je veux de plus que

dans le temps de l’accouplement ils observent les convenances qui

suivent. Je veux que la fille soit un peu honteuse à certaines choses

et que l’homme soit plus hardy; je ne veux pourtant pas qu’elle soit

si honteuse que de luy refuser sottement quelque chose que l’amour

exige d’elle, mais je veux seulement que sa honte tesmoigne qu’elle

n’oseroit faire ce qu’elle voudroit bien, et qu’elle ne serve à son

amy que d’attraicts pour luy donner plus d’envie de faire, de rapiner

des choses que elle luy voudroit refuser ou défendre. Il faut que

le garçon ose tout, car la fille n’a pas bonne grâce de tout oser

et est bien ayse d’estre prévenue dans le choix des plaisirs qu’elle

voudroit sentir et qu’elle n’ose déclarer par crainte. C’est pourquoy

il aura l’œil à tout, et qu’il prenne garde aux moindres indices qui

partent d’elle, soit aux souspirs, aux gestes ou aux paroles ambiguës,

pour conjecturer de là le véritable motif qu’elle a et la satisfaire

en ce qu’elle désire. Au contraire, quand il luy aura mis le vit au

con, comme il n’est plus temps de délibérer, je veux qu’il la secoue

effrontément et sans garder aucune mesure pour considération d’honneur

ny de bienséance, et qu’elle, en le regardant, tienne honteusement

la veuë collée sur luy, feignant de s’estonner des douces violences

qu’il commet en son endroit. Et je veux qu’en l’approchement des deux

culs l’eschine du garçon se vienne à recourber en arc jusqu’au bout du

croupion, comme à l’endroit où tient par devant la corde de l’arc qui

se tire, qu’en suite elle vienne à s’ouvrir droicte en se relaschant

et que, se rapprochant subitement à son premier estat d’être courbe,

elle fasse juger que la nature est en souffrance quand elle est ainsi

droicte, et qu’il lui est plus naturel et plaisant de retourner à son

ply. Bref, je veux qu’il n’ayt point autre pensée en l’esprit que celle

de practiquer aveuglément tous les moyens qu’il pourra pour l’enfiler

mieux à son advantage; la fille de son costé, pour estre tendre et

délicate, se plaindra un peu d’abord, par bienséance, de l’effort, et

luy dira par forme qu’il luy faict mal, mais pourtant qu’il ne craigne

rien et que le mal soit si grand que le plaisir. Et pour grand que soit

son vit, pourveu qu’il soit assez bandé pour faire bresche, il entrera

bien dedans, et alors le plaisir en sera tant plus grand par après,

de sorte qu’il faut qu’elle soit souple et obéissante à ses volontez

et qu’elle ne soit pas si sotte de luy rien refuser de tout ce qu’il

luy demandera pour adoucir son plaisir, car elle seroit bien niaise et

malheureuse d’un contentement qui luy en devroit tant causer. Et luy,

pour cela, sans discontinuer de pousser, luy donnera courage, il la

baisera et l’amadoüera par douces paroles, achevant l’ouvrage commencé.

Je veux au reste que la fille soit souple et obéissante aux désirs

du garçon, qu’elle s’agence en toutes les postures, qu’elle remue de

toutes les façons, qu’elle fasse de ses mains tout ce qu’il voudra,

bref, que son corps ne soit point à elle et qu’elle ne luy puisse

rien refuser de tout ce qu’il luy voudra demander. Cela luy tournera

tousjours à honneur et profit, de quelque façon que ce soit, car si

elle est ignorante ou qu’elle la veuille faire, comme elle ne devra pas

sçavoir ce qui est honneste de permettre ou ce qui ne l’est pas, elle

aura tousjours bonne grâce de luy accorder tout par amour et de dire

cependant qu’elle ne sçait si cela est bien; et si elle est sçavante

et rusée, au contraire, elle auroit tort d’avoir honte d’une chose

qu’elle auroit desjà faicte, et elle seroit bien sotte, encore bien que

malicieuse, de se priver d’un plaisir qui en devroit tant donner à ce

qu’elle ayme. Je veux donc qu’elle soit privée de tous ces scrupules

qui vont directement à la destruction du plaisir. Je ne veux pas non

plus qu’elle fasse sortir avec la main le membre de celuy qui est bien

intentionné à la chevaucher, c’est un trouble qu’elle ne répareroit

jamais, mais si elle a quelque chose à luy tesmoigner, que ce soit

seulement de bouche, sans user de main mise, et qu’elle l’oblige à user

de plus de douceur envers elle en luy disant ses raisons. Il sera peut

estre sensible à la pitié; au pis aller, si elle ne le peut esmouvoir

et qu’elle trouve le membre un peu trop gros, je veux qu’elle se

contraigne pour l’amour de luy, et se laissant surmonter par son propre

amour, qui est plus fort que toutes choses, à mesure qu’elle fera ses

hélas! et ses complaintes, il faut qu’elle l’estraigne de plus en plus

fort et luy laisse deviner, quand elle crie, si c’est de douleur ou de

plaisir.

(91) _Fanchon._ Ma cousine, quand je vous escoute, ces leçons sont

bien esloignées de celles qu’une mère faict à sa fille quand elle lui

presche la vertu et l’honnesteté.

_Susanne._ Ainsi va le monde, ma pauvre cousine: le mensonge gouverne

la vérité, la raison veut reprendre l’expérience, et les sottises

s’érigent en titre de bonnes choses. La virginité est une très-belle

chose en paroles et très-laide en ses effects; au rebours, la

paillardise n’a rien de plus hydeux que le nom et rien de plus doux

que les effects. Les gens mariés paillardent aussi bien que les autres,

ils font toutes les mesmes actions et postures, et encore plus souvent

que les garçons et les filles; les plus scrupuleux, c’est toujours le

vit au con qu’ils agissent, et la cérémonie ne change rien au mistère

d’amour. Mais c’est assez prescher pour un coup, nous ne sommes point

icy pour corriger le monde: il faut qu’il y ayt des fols pour faire

paroistre les sages, et ceux-cy ont d’autant de plaisir à cela qu’ils

sont seuls à le cognoistre et qu’ils se mocquent de la folie des

autres.

_Fanchon._ Ma cousine, c’est bien dit; au lieu de nous instruire, nous

serions les correcteurs sans gages de la folie d’autruy. Chacun vive

à sa mode, et pour nous, achevons ce que nous avons commencé, car il

me semble qu’il n’y a rien de plus plaisant que l’amour, et toutes les

heures qui sont employées à son exercice sont les plus agréables de

nostre vie. Vive un bon gros vit bien nerveux et tendu, vive un joly

petit con, avec sa mothe velue, qui nous causent tant de délices. Il

n’y a le plus souvent que le foutre qui defaut dedans le vit qui faict

qu’il ne peut pas si bien bander, mais tant qu’il y en a, nostre con

est toujours prest à l’avaller, quand il couleroit en nous tout entier.

Chevaucher trois ou quatre coups ne faict que mettre en appétit; il

faut continuer tant qu’il y en a, pour nous donner du passe temps. (92)

Je voudrois bien encore vous faire une question: qui sont les personnes

le plus propres à traicter l’amour, des femmes ou des filles?

_Susanne._ Ce sont les femmes, et sans doute parce qu’elles ont plus

d’expérience et qu’elles cognoissent mieux les délicatesses propres à

ceste passion.

_Fanchon._ Et pourquoy est-ce donc qu’il y en a qui ayment mieux les

filles?

_Susanne._ C’est qu’ils prennent plaisir à instruire des innocentes

et qu’ils trouvent bien plus d’obéissance en elles dans les façons de

s’agencer, et que leur con n’estant pas si élargi, le vit y est placé

plus à l’estroit et donne plus de chatouillement à l’un et à l’autre.

_Fanchon._ Et pourquoy est-ce aussi qu’il y en a qui ayment mieux

chevaucher les femmes?

(93) _Susanne._ C’est, comme j’ay desjà dit, qu’elles sont plus habiles

à donner de l’amour, aussi qu’il n’y a pas tant de danger à courir avec

elles comme avec les filles.

_Fanchon._ Et quel danger y a-t-il?

_Susanne._ Le danger est qu’elles peuvent devenir grosses, et c’est ce

qui donne encore de la peine à elles et aux hommes pour empescher qu’on

ne le sçache, et quant à eux, il leur en couste bien du bon argent

à la justice, quand on vient à le sçavoir, et tout au moins quand

il faut payer des nourrices, des loüages de chambres, ou des robes,

à cause qu’elles n’ont point le plus souvent de quoy s’entretenir.

Ajoute à cela les ressentimens des parents de la fille, qui se veulent

venger quelquefois quand ils le sçavent et tirer raison, suivant la

coustume, de ceste offence imaginaire. (94) Mais quand au lieu de

filles ce sont des femmes, dame, le mary sert de couverture à tout, et

on dit tousjours, quoy qu’il en soit rien, que c’est luy qui a faict

la besoigne; outre qu’il ne faut point d’argent pour les entretenir, à

cause que leur maison est desjà toute faicte, et pourtant on gouste le

plaisir d’une part et d’autre avec moins d’embarras, et ils y prennent

bien de plus grandes douceurs que s’ils avoyent quelque chose à

craindre.

(95) _Fanchon._ Tellement doncques que je n’ay plus qu’à songer de me

marier vistement pour bien passer mon temps et me mettre en l’estat de

n’avoir plus rien à apprehender.

_Susanne._ Dame ouy, quand tu seras ainsi pourveuë, tu pourras alors,

aux heures de loisir, quand ton mary n’y sera pas, te divertir

agréablement avec un autre et passer quelquefois de bonnes nuicts

ensemble. A ceste heure, tu n’en aymeras pas moins ton mary pour ce

petit plaisir que tu luy desroberas, tant s’en faut, car s’il falloit

le préférer à ton ami, tu le ferois asseurement; mais tu gousteras

seulement des embrassemens tantost de l’un tantost de l’autre, et ce

changement de vit te plaira pour le moins autant que si tu ne mangeois

tous les jours que d’une sorte de viande.

(96) _Fanchon._ Ma cousine, si je vous disois qu’il y a desjà quelqu’un

qui m’en conte depuis que j’ay gousté vos instructions et que ces

gentillesses d’amour m’ont un peu poly l’esprit, me croiriez-vous?

_Susanne._ Est-ce pour le mariage?

_Fanchon._ Vrayement ouy, et quoy donc?

_Susanne._ Laisse moy gouverner ceste affaire, car c’est mon mestier

cela, et c’est un grand hazard, au cas que la personne t’ayme un tant

soit peu, si je n’en viens à bout. J’ay faict des mariages plus d’un,

penses-tu. Mais voylà l’horloge qui sonne; adieu, nous parlerons de

cela à une autre fois.

_Fanchon._ Adieu, ma cousine, en vous remerciant.

_Fanchon._ Adieu, jusques à revoir.

_Quo me fata trahunt._

FIN DE L’ESCOLE DES FILLES.

LE COMBAT DU VIT ET DU CON ET LES RAISONS DE PERRETTE.

LE COMBAT DU VIT ET DU CON.

L'escole des filles réimpression complète du texte original sur la contrefaçon hollandaise de 1668 · 第 8 / 9 段