XXXVI

Voilà pour l’intelligence. D’autre part, ce qu’on lui conteste, on est

contraint de l’accorder au subliminal; et la révélation est encore plus

déconcertante. Il faudrait donc admettre qu’il y a dans le cheval,--et

dès lors fort probablement dans tout ce qui vit sur cette terre,--une

puissance psychique analogue à celle qui se cache sous le voile de notre

raison et qui, à mesure que nous apprenons à la connaître, étonne,

déborde et domine davantage celle-ci. Cette puissance psychique où nous

serons sans doute forcé de reconnaître un jour le génie même de

l’univers, paraît, nous l’avons maintes fois constaté, tout savoir, tout

prévoir, tout pouvoir. Elle a, lorsqu’il lui plaît de communiquer avec

nous ou qu’il nous est donné de pénétrer en elle, réponse à toutes les

questions et peut-être remède à tous les maux. Nous n’allons pas, une

fois de plus, recenser ses vertus. Il suffira de nous rappeler avec

quelle aisance elle se joue de l’espace, du temps et de tous les

obstacles qui emprisonnent notre pauvre science et notre pauvre

entendement humains. Nous l’avions crue, comme tout ce qui nous semble

supérieur et merveilleux, le propre intangible, inaliénable et

incommunicable de l’homme, à meilleur droit encore que son intelligence.

Or, voici qu’un hasard, étrangement tardif, il est vrai, nous apprend

que sur un point précis, le plus bizarre, le moins prévu de tous, le

cheval et le chien puisent plus aisément peut-être et plus directement

que nous à ses immenses réservoirs. Par la plus inexplicable des

anomalies, du reste assez conforme au caractère fantasque du subliminal,

ils n’y paraissent avoir accès qu’à l’endroit le plus éloigné, le plus

inconnu de leurs habitudes, car il n’est rien au monde dont les bêtes se

soucient moins que des chiffres. Mais n’est-ce peut-être pas pour la

raison que nous ne voyons point ce qui se passe ailleurs? Il se trouve

que le mystère infini des nombres peut parfois s’exprimer à l’aide de

quelques mouvements fort simples et naturels à la plupart des animaux;

mais il n’est pas dit que si nous pouvions amener le cheval ou le chien

à rattacher à ces mêmes mouvements l’expression d’autres mystères, ils

n’y puiseraient pas avec une égale facilité. On a réussi à leur donner

une idée plus ou moins nette de la valeur de quelques chiffres et

peut-être de la marche et de la nature de certaines opérations

élémentaires; et cela paraît avoir suffi à leur ouvrir les plus secrètes

régions de la mathématique où toutes les questions sont répondues

d’avance. Il n’est pas absolument chimérique de supposer que si nous

pouvions leur inculquer par exemple une notion analogue de l’avenir en

même temps que la manière de nous traduire ce qu’ils y aperçoivent, ils

n’auraient pas également accès à d’étranges visions d’un autre ordre,

dont nous écartent jalousement les gardiens trop vigilants de notre

intelligence. Il y a là des expériences à tenter qui seront sans doute

font ardues; car l’avenir ne se voit et surtout ne s’interprète et ne se

traduit pas aussi facilement qu’un chiffre. Il est du reste possible,

quand on saura s’y prendre, qu’on obtienne la plupart des phénomènes

médiumniques humains: raps, déplacements d’objets, matérialisations

même, et Dieu sait quelles autres surprises que nous tient en réserve

cet étonnant subliminal dont les fantaisies ne paraissent pas avoir de

bornes. En tout cas, si nous admettons la divination des nombres, comme

nous y sommes presque forcés, il est à peu près certain que d’autres

divinations doivent suivre celle-ci. Une brèche inattendue est faite à

l’enceinte où s’accumulent les grands secrets qui, à mesure que se

développaient notre science et notre civilisation, semblaient nous

devenir plus étrangers et plus inaccessibles. La brèche est étroite, il

est vrai; mais c’est la première qu’on ait pratiquée à la partie du mur

jusqu’ici sans fissure qui n’est pas tournée vers les hommes. Qu’en

sortira-t-il? Nul ne saurait prévoir ce qu’on peut espérer.

L'hôte inconnu · 第 98 / 114 题