Voilà pour l’intelligence. D’autre part, ce qu’on lui conteste, on est
contraint de l’accorder au subliminal; et la révélation est encore plus
déconcertante. Il faudrait donc admettre qu’il y a dans le cheval,--et
dès lors fort probablement dans tout ce qui vit sur cette terre,--une
puissance psychique analogue à celle qui se cache sous le voile de notre
raison et qui, à mesure que nous apprenons à la connaître, étonne,
déborde et domine davantage celle-ci. Cette puissance psychique où nous
serons sans doute forcé de reconnaître un jour le génie même de
l’univers, paraît, nous l’avons maintes fois constaté, tout savoir, tout
prévoir, tout pouvoir. Elle a, lorsqu’il lui plaît de communiquer avec
nous ou qu’il nous est donné de pénétrer en elle, réponse à toutes les
questions et peut-être remède à tous les maux. Nous n’allons pas, une
fois de plus, recenser ses vertus. Il suffira de nous rappeler avec
quelle aisance elle se joue de l’espace, du temps et de tous les
obstacles qui emprisonnent notre pauvre science et notre pauvre
entendement humains. Nous l’avions crue, comme tout ce qui nous semble
supérieur et merveilleux, le propre intangible, inaliénable et
incommunicable de l’homme, à meilleur droit encore que son intelligence.
Or, voici qu’un hasard, étrangement tardif, il est vrai, nous apprend
que sur un point précis, le plus bizarre, le moins prévu de tous, le
cheval et le chien puisent plus aisément peut-être et plus directement
que nous à ses immenses réservoirs. Par la plus inexplicable des
anomalies, du reste assez conforme au caractère fantasque du subliminal,
ils n’y paraissent avoir accès qu’à l’endroit le plus éloigné, le plus
inconnu de leurs habitudes, car il n’est rien au monde dont les bêtes se
soucient moins que des chiffres. Mais n’est-ce peut-être pas pour la
raison que nous ne voyons point ce qui se passe ailleurs? Il se trouve
que le mystère infini des nombres peut parfois s’exprimer à l’aide de
quelques mouvements fort simples et naturels à la plupart des animaux;
mais il n’est pas dit que si nous pouvions amener le cheval ou le chien
à rattacher à ces mêmes mouvements l’expression d’autres mystères, ils
n’y puiseraient pas avec une égale facilité. On a réussi à leur donner
une idée plus ou moins nette de la valeur de quelques chiffres et
peut-être de la marche et de la nature de certaines opérations
élémentaires; et cela paraît avoir suffi à leur ouvrir les plus secrètes
régions de la mathématique où toutes les questions sont répondues
d’avance. Il n’est pas absolument chimérique de supposer que si nous
pouvions leur inculquer par exemple une notion analogue de l’avenir en
même temps que la manière de nous traduire ce qu’ils y aperçoivent, ils
n’auraient pas également accès à d’étranges visions d’un autre ordre,
dont nous écartent jalousement les gardiens trop vigilants de notre
intelligence. Il y a là des expériences à tenter qui seront sans doute
font ardues; car l’avenir ne se voit et surtout ne s’interprète et ne se
traduit pas aussi facilement qu’un chiffre. Il est du reste possible,
quand on saura s’y prendre, qu’on obtienne la plupart des phénomènes
médiumniques humains: raps, déplacements d’objets, matérialisations
même, et Dieu sait quelles autres surprises que nous tient en réserve
cet étonnant subliminal dont les fantaisies ne paraissent pas avoir de
bornes. En tout cas, si nous admettons la divination des nombres, comme
nous y sommes presque forcés, il est à peu près certain que d’autres
divinations doivent suivre celle-ci. Une brèche inattendue est faite à
l’enceinte où s’accumulent les grands secrets qui, à mesure que se
développaient notre science et notre civilisation, semblaient nous
devenir plus étrangers et plus inaccessibles. La brèche est étroite, il
est vrai; mais c’est la première qu’on ait pratiquée à la partie du mur
jusqu’ici sans fissure qui n’est pas tournée vers les hommes. Qu’en
sortira-t-il? Nul ne saurait prévoir ce qu’on peut espérer.