Mais il est bon de chercher malgré tout une explication à
l’inexplicable; c’est en l’attaquant de toutes parts, à tout hasard,
qu’on finira peut-être par l’élucider. On peut donc encore se dire que
notre subconscient, quand il nous avertit qu’un malheur va fondre sur
nous, voyant tout l’avenir, sait nécessairement que ce malheur est déjà
accompli. Comme en lui se mêlent nos deux vies, il s’inquiète, il
s’agite autour de notre ignorance trop rassurée. Il cherche à nous
prévenir, par énervement, par pitié, afin d’atténuer la cruauté trop
soudaine du coup. Il dit toutes les paroles qui peuvent préparer sa
venue, le préciser, l’identifier; mais il lui est impossible de
prononcer celles qui pourraient l’empêcher d’arriver, attendu qu’il est
arrivé, qu’il est déjà présent et peut-être passé, flagrant,
ineffaçable, sur un autre plan que celui où nous vivons et que seul nous
pouvons apercevoir. Il se trouve, en un mot, dans la situation de celui
qui, parmi des gens paisibles, heureux et trop confiants, connaît seul
une mauvaise nouvelle. Il ne peut ni ne veut l’annoncer, ni la cacher
entièrement. Il hésite, il s’attarde, il fait des allusions plus ou
moins transparentes, mais ne dit pas non plus le dernier mot qui
déchaînerait pour ainsi dire la catastrophe dans le cœur de ceux qui
l’entourent, car pour ceux-ci qui l’ignorent, cette catastrophe est
encore comme si elle n’était pas. Notre subconscient agirait donc envers
l’avenir comme nous agissons envers le passé, les deux temps étant pour
lui identiques au point qu’il les confond souvent, ainsi qu’on le peut
voir notamment dans le célèbre cas «Marmontel» où il se trompe
manifestement et rapporte comme accompli un incident qui ne doit avoir
lieu que deux mois et demi plus tard. Il nous est naturellement
impossible, du point où nous sommes, de comprendre cet emmêlement ou
cette coexistence du passé, du présent et du futur; mais ce n’est pas
une raison pour la nier; loin de là, c’est probablement ce que l’homme
comprend le moins qui s’approche le plus de la vérité.