I
Quand j’écrivais, en 1913, les pages qu’on va lire, personne ne
prévoyait et n’avait annoncé la guerre en suspens sur le monde. Les deux
ou trois prophéties, seules authentiques et acceptables parmi beaucoup
d’autres, que j’examine dans un chapitre des _Débris de la Guerre_, sont
vagues, incertaines et presque insignifiantes. Il est vrai que depuis un
certain temps, les clairvoyants, plus ou moins professionnels,
découvraient, parmi ceux qui les consultaient, une sorte d’épidémie de
morts individuelles, dont ils ne pouvaient rendre compte.
Il importe, au début de cette étude, de faire loyalement cette
constatation: le plus formidable fléau, qui, de mémoire humaine, ait
dévasté la terre, bien qu’effleurant déjà la tête de plusieurs millions
d’hommes, n’avait pas été prédit. Ainsi se confirme une fois de plus ce
principe, auquel, en attendant mieux, il est prudent de se tenir; à
savoir que la connaissance de l’avenir, dès qu’il ne s’agit pas d’un
fait strictement personnel et très prochain, est presque toujours
illusoire.