Quant aux théories qui tentent de l’expliquer, j’accorde volontiers
qu’elles sont encore assez confuses. Ce qui importe pour l’instant,
c’est l’accumulation de faits et d’expériences qui s’en iront tâtonner
de plus en plus loin par toutes les routes de l’inconnu. En attendant,
ce que nous avons appris ouvre déjà, au fond de nos vieilles certitudes,
plus d’une porte imprévue, d’où se projette, sur la vie et les habitudes
de notre être secret, une lumière suffisante à nous intriguer durant de
longs jours. Nous voici ramenés une fois de plus devant l’omniscience et
peut-être l’omnipotence de notre hôte caché, au pied du mystérieux
réservoir de toutes connaissances que nous retrouverons lorsqu’il
s’agira de l’avenir, des chevaux qui parlent, de la baguette
divinatoire, des matérialisations, des miracles, en un mot, dans toutes
les circonstances où nous dépassons l’horizon de notre petite vie
quotidienne. A mesure qu’on avance ainsi, à pas lents et circonspects,
dans ces terres encore désertes et bien nébuleuses de la métapsychique,
on est forcé de reconnaître que doit exister quelque part, en ce monde
ou dans les autres, un lieu où tout se sait, où tout se peut, où tout
va, d’où vient tout, qui appartient à tous, où tous ont libre accès,
mais dont nous avons à rapprendre, comme des enfants perdus, les chemins
trop longtemps oubliés. Nous croiserons souvent ces chemins difficiles,
au cours de notre étude; et nous aurons à reparler plus d’une fois du
lieu profond où viennent se déverser, à moins qu’ils n’y prennent leur
source, tous les faits surnaturels de notre existence. Pour le moment,
ce qui, dans ces phénomènes psychométriques, doit avant tout fixer notre
attention, c’est leur caractère purement, exclusivement humain. Ils se
passent de vivants à vivants, sur notre terre ferme, dans le monde que
nous avons sous les yeux; et les esprits, les morts, les dieux et les
intelligences interplanétaires y semblent totalement étrangers. Ce n’est
guère que dans les manifestations tout aussi déroutantes de la baguette
divinatoire et dans certaines matérialisations que nous retrouverons,
avec la même netteté, ce même caractère pour ainsi dire spécifique. Il y
a là un précieux enseignement. Il nous montre qu’il se produit dans
notre vie de tous les jours des phénomènes aussi déconcertants et
exactement du même ordre et de la même nature que ceux qu’en d’autres
occurrences, nous attribuons à d’autres forces que les nôtres. Il nous
montre encore qu’il nous faut d’abord diriger et épuiser notre enquête
ici-bas, entre nous, avant de passer de l’autre côté; car notre premier
souci doit être de simplifier les interprétations et les explications et
de ne point chercher ailleurs, dans des suppositions, ce qui,
probablement, se dissimule en nous. Après, si l’inconnu nous accable
sans miséricorde, si les ténèbres nous débordent sans espoir, il sera
toujours temps d’aller, on ne sait où, interroger les divinités ou les
morts.