VIII

On dira peut-être: pourquoi, si tant de faits,--et il s’en accumule

chaque jour davantage,--entrent de plus en plus difficilement dans

l’hypothèse télépathique, médiumnique ou psychométrique, pourquoi ne pas

franchement accepter l’explication spirite qui est la plus simple,

répond à tout et ronge peu à peu toutes les autres? Il est vrai, c’est

l’hypothèse la plus simple, elle l’est même trop, et, comme l’hypothèse

divine, dispense de tout effort, de toute recherche. Nous n’avons à lui

opposer que l’hypothèse médiumnique qui, sans doute, ne rend pas

exactement compte de bien des choses, mais qui, du moins, se trouve sur

le versant de la vie que nous occupons, et demeure parmi nous, sur notre

terre, à portée de nos yeux, de nos mains, de nos pensées et de nos

investigations. Autrefois, nous attribuions indistinctement à la colère

du ciel la foudre, les épidémies et les tremblements de terre.

Aujourd’hui que nous connaissons à peu près les causes des grandes

maladies contagieuses, elles ont déserté les mains de la Providence; et

bien que nous ignorions encore la nature de l’électricité et les lois

qui régissent les secousses sismiques, nous ne songeons plus, en

attendant que nous en apprenions davantage, à en chercher les sources

dans la justice ou l’irritation d’un être imaginaire. Agissons de même

en cette occurrence.

Il importe avant tout d’éviter les explications qui brûlent les étapes

en abandonnant sur la route une foule de choses qui ne semblent

inconnues ou inconnaissables que parce qu’on n’a pas encore fait

l’effort nécessaire pour les connaître. Au résumé, s’il ne faut pas

écarter l’hypothèse spirite, il ne faut pas non plus s’en contenter. Il

est même préférable de ne pas s’y attarder tant qu’elle ne nous aura pas

fourni d’arguments décisifs, car c’est à elle, qui nous sort brutalement

de notre sphère, de nous les apporter. Pour l’instant, elle relègue

simplement aux régions d’outre-tombe des phénomènes qui se passent

apparemment en nous; elle ajoute un inconnu superflu et une difficulté

inutile à l’inconnu médiumnique d’où elle part. S’il s’agissait de faits

qui n’ont aucun point d’appui en ce monde, il faudrait bien porter les

yeux d’un autre côté; mais nous voyons s’accomplir un grand nombre

d’actes aussi inexplicables et de même nature que ceux qu’on attribue

aux désincarnés, et auxquels nous savons qu’ils sont complètement

étrangers. Quand il sera prouvé que les morts interviennent, nous nous

inclinerons devant le fait aussi volontiers que nous nous inclinons

devant les mystères médiumniques; c’est une question d’ordre, de police

intérieure et de méthode scientifique beaucoup plus que de

vraisemblance, de crainte ou de préférence. L’heure n’est pas encore

venue d’abandonner le principe que j’ai formulé ailleurs, à propos de

nos communications avec les défunts: à savoir qu’il est naturel que nous

demeurions chez nous, dans notre monde, tant que nous y pourrons tenir,

tant que nous n’en serons point violemment expulsés par une série de

preuves irrésistibles et irrécusables, issues de l’abîme voisin. La

survivance d’un esprit n’est pas plus invraisemblable que les

prodigieuses facultés que nous sommes obligés d’attribuer aux médiums si

nous les enlevons aux morts. Mais l’existence du médium, au rebours de

celle de l’esprit, est incontestable; c’est donc à celui-ci ou à ceux

qui s’en réclament, de prouver d’abord qu’il existe. Avant de nous

tourner vers l’inconnu d’outre-tombe, vidons jusqu’au fond tout

l’inconnu terrestre.

L'hôte inconnu · 第 22 / 114 题