On dira peut-être: pourquoi, si tant de faits,--et il s’en accumule
chaque jour davantage,--entrent de plus en plus difficilement dans
l’hypothèse télépathique, médiumnique ou psychométrique, pourquoi ne pas
franchement accepter l’explication spirite qui est la plus simple,
répond à tout et ronge peu à peu toutes les autres? Il est vrai, c’est
l’hypothèse la plus simple, elle l’est même trop, et, comme l’hypothèse
divine, dispense de tout effort, de toute recherche. Nous n’avons à lui
opposer que l’hypothèse médiumnique qui, sans doute, ne rend pas
exactement compte de bien des choses, mais qui, du moins, se trouve sur
le versant de la vie que nous occupons, et demeure parmi nous, sur notre
terre, à portée de nos yeux, de nos mains, de nos pensées et de nos
investigations. Autrefois, nous attribuions indistinctement à la colère
du ciel la foudre, les épidémies et les tremblements de terre.
Aujourd’hui que nous connaissons à peu près les causes des grandes
maladies contagieuses, elles ont déserté les mains de la Providence; et
bien que nous ignorions encore la nature de l’électricité et les lois
qui régissent les secousses sismiques, nous ne songeons plus, en
attendant que nous en apprenions davantage, à en chercher les sources
dans la justice ou l’irritation d’un être imaginaire. Agissons de même
en cette occurrence.
Il importe avant tout d’éviter les explications qui brûlent les étapes
en abandonnant sur la route une foule de choses qui ne semblent
inconnues ou inconnaissables que parce qu’on n’a pas encore fait
l’effort nécessaire pour les connaître. Au résumé, s’il ne faut pas
écarter l’hypothèse spirite, il ne faut pas non plus s’en contenter. Il
est même préférable de ne pas s’y attarder tant qu’elle ne nous aura pas
fourni d’arguments décisifs, car c’est à elle, qui nous sort brutalement
de notre sphère, de nous les apporter. Pour l’instant, elle relègue
simplement aux régions d’outre-tombe des phénomènes qui se passent
apparemment en nous; elle ajoute un inconnu superflu et une difficulté
inutile à l’inconnu médiumnique d’où elle part. S’il s’agissait de faits
qui n’ont aucun point d’appui en ce monde, il faudrait bien porter les
yeux d’un autre côté; mais nous voyons s’accomplir un grand nombre
d’actes aussi inexplicables et de même nature que ceux qu’on attribue
aux désincarnés, et auxquels nous savons qu’ils sont complètement
étrangers. Quand il sera prouvé que les morts interviennent, nous nous
inclinerons devant le fait aussi volontiers que nous nous inclinons
devant les mystères médiumniques; c’est une question d’ordre, de police
intérieure et de méthode scientifique beaucoup plus que de
vraisemblance, de crainte ou de préférence. L’heure n’est pas encore
venue d’abandonner le principe que j’ai formulé ailleurs, à propos de
nos communications avec les défunts: à savoir qu’il est naturel que nous
demeurions chez nous, dans notre monde, tant que nous y pourrons tenir,
tant que nous n’en serons point violemment expulsés par une série de
preuves irrésistibles et irrécusables, issues de l’abîme voisin. La
survivance d’un esprit n’est pas plus invraisemblable que les
prodigieuses facultés que nous sommes obligés d’attribuer aux médiums si
nous les enlevons aux morts. Mais l’existence du médium, au rebours de
celle de l’esprit, est incontestable; c’est donc à celui-ci ou à ceux
qui s’en réclament, de prouver d’abord qu’il existe. Avant de nous
tourner vers l’inconnu d’outre-tombe, vidons jusqu’au fond tout
l’inconnu terrestre.