Remarquons que cette survivance des morts, telle que la conçoivent les
néo-spirites, semble bien moins invraisemblable depuis qu’on étudie de
plus près les manifestations de l’extraordinaire et incontestable
puissance spirituelle qui se cache au fond de nous. Ne dépendant ni de
notre pensée, ni de notre conscience, ni de notre volonté, il est fort
possible qu’elle ne dépende pas davantage de notre vie. Tandis que nous
respirons encore sur cette terre, elle surmonte déjà la plupart des
grands obstacles qui limitent et paralysent notre existence. Elle agit
au loin et pour ainsi dire sans organes. Elle passe à travers la
matière, la désagrège et la reconstitue. Elle semble avoir le don
d’ubiquité. Elle ignore le temps et l’espace. Elle échappe aux lois de
la pesanteur et soulève des poids qui n’ont parfois aucun rapport avec
la force réelle et mensurable du corps dont on croit qu’elle émane. Elle
se dégage et s’éloigne de celui-ci; elle va et vient librement et revêt
des substances et des formes qu’elle emprunte autour d’elle; il n’est
donc plus aussi étrange de la voir survivre quelque temps à ce corps
auquel elle ne semble pas, comme notre existence consciente,
indissolublement liée. Est-il nécessaire d’ajouter que cette survivance
d’une partie de nous-mêmes que nous ne connaissons guère et qui paraît
d’ailleurs incomplète, incohérente et éphémère, ne préjuge nullement
notre sort durant l’éternité des mondes? Mais c’est là une question que
nous n’avons pas à étudier ici.