IV

Contentons-nous d’abord de les énumérer. Nous avons donc: les tables

tournantes avec leurs «raps», les déplacements et les apports d’objets

sans contacts, les phénomènes lumineux, les matérialisations, les

attouchements spirites, la lévitation et certains tours inexpliqués des

jongleurs indiens, la prémonition, précognition, lucidité ou

clairvoyance, la xénoglossie, les apparitions ou hallucinations

véridiques, les maisons hantées, bilocations, etc., les communications

avec les morts, la baguette divinatoire, les cures miraculeuses de

Lourdes ou d’ailleurs, l’asepsie fluidique et enfin les fameux animaux

pensants d’Elberfeld et de Mannheim; voilà, si je ne me trompe, après

avoir éliminé tout ce qui est insuffisamment constaté ou prouvé, le

résidu, ou si l’on veut, le _caput mortuum_ du miracle actuel.

Tout le monde a entendu parler des tables tournantes; c’est un peu l’a,

b, c, de l’occultisme. Le phénomène est si commun et se produit si

facilement que la _Société des Recherches psychiques_ n’a pas cru devoir

s’en occuper d’une façon spéciale. Nous ne nous en occuperons pas

davantage; tous les problèmes qu’il soulève se retrouvant dans la

plupart des manifestations psychiques que nous étudierons. On sait qu’il

suffit, mais qu’il est indispensable, pour obtenir ces mouvements

mystérieux, que parmi ceux qui font la chaîne, se trouve un sujet doué

de facultés médiumniques. Je le répète, l’expérience est à la portée de

qui veut la tenter sérieusement dans les conditions requises, et aussi

incontestable que la polarisation de la lumière ou la cristallisation

par les courants électriques.

On peut mettre dans le même groupe, les déplacements et les apports

d’objets sans contacts, les attouchements de mains spirites, les

phénomènes lumineux et les matérialisations. Comme les tables

tournantes, ils exigent la présence d’un médium. Inutile de faire

observer que nous sommes ici dans la terre promise de la fraude, et que

même les médiums les plus puissants, ceux qui possèdent les dons les

plus réels et les moins contestables, la célèbre Eusapia Paladino par

exemple, sont à l’occasion, et cette occasion se présente trop souvent,

d’incorrigibles simulateurs. Mais quelque grande que soit la part faite

à la supercherie, il n’en reste pas moins un nombre considérable de

faits si rigoureusement contrôlés qu’il faut bien les admettre ou

renoncer à toute certitude humaine.

Il n’en va pas tout à fait de même de la lévitation et des prodiges

qu’accomplissent, au dire des voyageurs, certains jongleurs indiens. Si

l’inhumation prolongée d’un être vivant est à peu près prouvée et peut

sans doute s’expliquer physiologiquement, il y a nombre d’autres tours

sur lesquels nous n’avons pas jusqu’ici d’études décisives. Je passe

sous silence le _Mango tree_ et le _Basket trick_ qui ne sont que de la

prestidigitation; mais le _Fire Walk_ et le fameux _Rope climbing

trick_, demeurent plus mystérieux.

Le _Fire Walk_, ou marche sur des pierres rougies ou des charbons

ardents, est une sorte de cérémonie religieuse qui se pratique aux

Indes, dans certaines îles de la Polynésie, dans l’île Maurice, etc. A

la suite d’incantations du grand-prêtre, les pieds nus des fidèles qui

le suivent sur le lit de galets ou de tisons incandescents, paraissent à

peu près insensibles aux morsures du feu. La chaleur de l’aire traversée

est-elle réellement intolérable, l’endurance extraordinaire

s’explique-t-elle par l’épaisseur de la substance cornée qui protège la

plante des pieds des indigènes, y a-t-il brûlure ou la peau reste-t-elle

indemne? Les voyageurs sont loin d’être d’accord; et, dans l’état

présent, la question est trop incertaine pour qu’il soit utile de s’y

arrêter.

Le _Rope climbing_ est plus extraordinaire. Sur une place publique, loin

de tout arbre et de tout édifice, s’installe le jongleur. Il n’a, pour

bagage, qu’un paquet de cordes et un vieux sac de toile. Un enfant

l’accompagne. Le jongleur lance en l’air un bout de la corde, et

celle-ci, comme attirée par un crochet invisible, se déroule et s’élève

toute droite dans le ciel, jusqu’à ce que son extrémité disparaisse aux

regards. L’enfant grimpe alors le long de la corde, disparaît également;

et peu après, tombent de l’azur, des bras, des jambes, une tête, etc.,

que le sorcier ramasse et fourre dans le sac. Il prononce ensuite sur

celui-ci quelques paroles magiques, l’ouvre, et l’enfant souriant, salue

les spectateurs.

Voilà, à quelques variantes près, la forme habituelle du sortilège. Il

est assez rare et ne semble pratiqué que par une secte particulière

originaire des provinces du Nord-Ouest. Il n’est peut-être pas encore

suffisamment constaté et étudié pour qu’on puisse le ranger parmi les

faits acquis mentionnés plus haut. S’il était tel qu’on le décrit, il ne

pourrait guère s’expliquer que par une étrange puissance hallucinatoire

qui émanerait du jongleur ou de l’illusionniste. Il «suggestionnerait»

l’assistance et lui ferait voir ce qu’il voudrait, et cette suggestion

ou cette hallucination collective, embrasserait une aire fort étendue.

On a vu en effet des spectateurs, des Européens, accoudés aux balcons de

maisons assez éloignées de la foule indigène, la subir également. On

trouverait là une des manifestations les plus curieuses de cet «hôte

inconnu» dont nous reparlerons quand, après avoir énuméré ses faits et

gestes, nous tenterons de scruter et de fixer les bizarreries de son

caractère.

La lévitation proprement dite, c’est-à-dire l’élévation, sans contact,

et le flottement d’un objet ou même d’un être vivant, pourrait être due

à la même puissance hallucinatoire; mais on n’en a pas jusqu’ici

d’exemples assez nombreux et authentiques pour qu’il soit possible de

conclure. Du reste, nous la retrouvons quand nous arrivons au chapitre

des matérialisations avec lequel elle fait corps.

I

L'hôte inconnu · 第 15 / 114 题