Contentons-nous d’abord de les énumérer. Nous avons donc: les tables
tournantes avec leurs «raps», les déplacements et les apports d’objets
sans contacts, les phénomènes lumineux, les matérialisations, les
attouchements spirites, la lévitation et certains tours inexpliqués des
jongleurs indiens, la prémonition, précognition, lucidité ou
clairvoyance, la xénoglossie, les apparitions ou hallucinations
véridiques, les maisons hantées, bilocations, etc., les communications
avec les morts, la baguette divinatoire, les cures miraculeuses de
Lourdes ou d’ailleurs, l’asepsie fluidique et enfin les fameux animaux
pensants d’Elberfeld et de Mannheim; voilà, si je ne me trompe, après
avoir éliminé tout ce qui est insuffisamment constaté ou prouvé, le
résidu, ou si l’on veut, le _caput mortuum_ du miracle actuel.
Tout le monde a entendu parler des tables tournantes; c’est un peu l’a,
b, c, de l’occultisme. Le phénomène est si commun et se produit si
facilement que la _Société des Recherches psychiques_ n’a pas cru devoir
s’en occuper d’une façon spéciale. Nous ne nous en occuperons pas
davantage; tous les problèmes qu’il soulève se retrouvant dans la
plupart des manifestations psychiques que nous étudierons. On sait qu’il
suffit, mais qu’il est indispensable, pour obtenir ces mouvements
mystérieux, que parmi ceux qui font la chaîne, se trouve un sujet doué
de facultés médiumniques. Je le répète, l’expérience est à la portée de
qui veut la tenter sérieusement dans les conditions requises, et aussi
incontestable que la polarisation de la lumière ou la cristallisation
par les courants électriques.
On peut mettre dans le même groupe, les déplacements et les apports
d’objets sans contacts, les attouchements de mains spirites, les
phénomènes lumineux et les matérialisations. Comme les tables
tournantes, ils exigent la présence d’un médium. Inutile de faire
observer que nous sommes ici dans la terre promise de la fraude, et que
même les médiums les plus puissants, ceux qui possèdent les dons les
plus réels et les moins contestables, la célèbre Eusapia Paladino par
exemple, sont à l’occasion, et cette occasion se présente trop souvent,
d’incorrigibles simulateurs. Mais quelque grande que soit la part faite
à la supercherie, il n’en reste pas moins un nombre considérable de
faits si rigoureusement contrôlés qu’il faut bien les admettre ou
renoncer à toute certitude humaine.
Il n’en va pas tout à fait de même de la lévitation et des prodiges
qu’accomplissent, au dire des voyageurs, certains jongleurs indiens. Si
l’inhumation prolongée d’un être vivant est à peu près prouvée et peut
sans doute s’expliquer physiologiquement, il y a nombre d’autres tours
sur lesquels nous n’avons pas jusqu’ici d’études décisives. Je passe
sous silence le _Mango tree_ et le _Basket trick_ qui ne sont que de la
prestidigitation; mais le _Fire Walk_ et le fameux _Rope climbing
trick_, demeurent plus mystérieux.
Le _Fire Walk_, ou marche sur des pierres rougies ou des charbons
ardents, est une sorte de cérémonie religieuse qui se pratique aux
Indes, dans certaines îles de la Polynésie, dans l’île Maurice, etc. A
la suite d’incantations du grand-prêtre, les pieds nus des fidèles qui
le suivent sur le lit de galets ou de tisons incandescents, paraissent à
peu près insensibles aux morsures du feu. La chaleur de l’aire traversée
est-elle réellement intolérable, l’endurance extraordinaire
s’explique-t-elle par l’épaisseur de la substance cornée qui protège la
plante des pieds des indigènes, y a-t-il brûlure ou la peau reste-t-elle
indemne? Les voyageurs sont loin d’être d’accord; et, dans l’état
présent, la question est trop incertaine pour qu’il soit utile de s’y
arrêter.
Le _Rope climbing_ est plus extraordinaire. Sur une place publique, loin
de tout arbre et de tout édifice, s’installe le jongleur. Il n’a, pour
bagage, qu’un paquet de cordes et un vieux sac de toile. Un enfant
l’accompagne. Le jongleur lance en l’air un bout de la corde, et
celle-ci, comme attirée par un crochet invisible, se déroule et s’élève
toute droite dans le ciel, jusqu’à ce que son extrémité disparaisse aux
regards. L’enfant grimpe alors le long de la corde, disparaît également;
et peu après, tombent de l’azur, des bras, des jambes, une tête, etc.,
que le sorcier ramasse et fourre dans le sac. Il prononce ensuite sur
celui-ci quelques paroles magiques, l’ouvre, et l’enfant souriant, salue
les spectateurs.
Voilà, à quelques variantes près, la forme habituelle du sortilège. Il
est assez rare et ne semble pratiqué que par une secte particulière
originaire des provinces du Nord-Ouest. Il n’est peut-être pas encore
suffisamment constaté et étudié pour qu’on puisse le ranger parmi les
faits acquis mentionnés plus haut. S’il était tel qu’on le décrit, il ne
pourrait guère s’expliquer que par une étrange puissance hallucinatoire
qui émanerait du jongleur ou de l’illusionniste. Il «suggestionnerait»
l’assistance et lui ferait voir ce qu’il voudrait, et cette suggestion
ou cette hallucination collective, embrasserait une aire fort étendue.
On a vu en effet des spectateurs, des Européens, accoudés aux balcons de
maisons assez éloignées de la foule indigène, la subir également. On
trouverait là une des manifestations les plus curieuses de cet «hôte
inconnu» dont nous reparlerons quand, après avoir énuméré ses faits et
gestes, nous tenterons de scruter et de fixer les bizarreries de son
caractère.
La lévitation proprement dite, c’est-à-dire l’élévation, sans contact,
et le flottement d’un objet ou même d’un être vivant, pourrait être due
à la même puissance hallucinatoire; mais on n’en a pas jusqu’ici
d’exemples assez nombreux et authentiques pour qu’il soit possible de
conclure. Du reste, nous la retrouvons quand nous arrivons au chapitre
des matérialisations avec lequel elle fait corps.
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