PAYS SCANDINAVES

Monseigneur CHABOT

Prélat de Sa Sainteté

CURÉ DE PITHIVIERS (LOIRET)

NOËL

DANS

LES PAYS ÉTRANGERS

1906

[Note du transcripteur: Tout le matériel hors propos de l'édition qui

a servi à la production de ce document est reporté à la fin du document

pour ceux que ce matériel pourrait intéresser.]

NOËL

DANS

LES PAYS DU NORD.

SUÈDE ET NORWÈGE

ANGLETERRE--ALLEMAGNE

Les fêtes de Noël, dans les pays du Nord, ont un double caractère

religieux et familial. Les offices diffèrent peu des nôtres, si ce n'est

que les chants d'église sont plus souvent exécutés en langue vulgaire.

Nous ne citerons que l'adaptation de l'_Adeste fidèles: Oh! come all ye

faithful!_ (Oh! venez tous, fidèles) si populaire en Angleterre, et

le _Cantique des Anges_ (Engelenzang) que des chanteurs éminents font

entendre, chaque année, dans l'église protestante de Moïse et Aaron, à

Amsterdam.

Noël est vraiment la fête de famille par excellence, dans les contrées

septentrionales de l'Europe.

PAYS SCANDINAVES

Huit jours avant la solennité de Noël, les places de Stockholm sont

couvertes de sapins que les paysans coupent dans les forêts voisines et

viennent vendre en ville. Toute famille, si pauvre soit-elle, a pour la

grande veillée son arbre de Noël orné de lumières et garni de jouets

et friandises de toutes sortes.--Les pauvres ne sont pas oubliés:

on organise pour eux des fêtes et ils reçoivent des vêtements et

d'abondantes aumônes en argent.

En Norwège, la fête de Noël jouissait autrefois de certains privilèges.

Ainsi les poursuites de la justice étaient suspendues pendant plusieurs

jours, le plus généralement de Noël à l'Épiphanie. Cette trêve de procès

variait suivant les lois locales; parfois sa durée s'étendait jusqu'à

vingt jours.

Dans tous les Pays scandinaves, la fête de Noël se prépare discrètement

et dans le mystère, afin que les cadeaux offerts ce jour là apportent à

la fois surprise et contentement.

En secret, les petites filles mettent la dernière main à leur travail;

l'une a brodé une paire de pantoufles pour son père, l'autre un coussin

de canapé pour sa mère. Leurs soeurs aînées enveloppent dans un fin

papier blanc une bourse de soie faite au crochet et entourée d'une

faveur rose, ou encore confectionnent de belles et riches dentelles

qu'elles offriront comme nappes d'autel à leur église.

Dans quelques pays, la distribution des cadeaux est des plus originales.

Le présent, dissimulé soigneusement dans une gerbe de fleurs, une botte

de foin ou de paille, ou dans de multiples enveloppes d'étoffes, de

feuillage ou de papier, porte en grosses lettres le nom de la personne

à laquelle il est destiné. Le messager chargé de le remettre frappe

fortement à la porte, qui s'ouvre sans retard, et jette furtivement

le _Juleklap_ (c'est le nom suédois du présent) dans la chambre où la

famille se trouve réunie. Alors commence une scène fort distrayante. Le

destinataire se met à explorer minutieusement, au milieu des cris de

joie de tous les assistants, fleurs, foin, paille, feuillage ou papier,

afin d'arriver à l'objet convoité. Tantôt il trouve une épingle

d'or, tantôt un vase précieux, quelquefois une élégante et gracieuse

statuette, quelquefois aussi, après avoir déroulé les enveloppes

mystérieuses, il ne trouve... rien. Une explosion de rire accueille la

déconvenue du patient, victime de cette innocente supercherie.

Le _Juleklap_ a quelquefois un caractère moral et satirique. La dame

trop élégante reçoit une poupée bizarrement attifée; le châtelain qui,

dans son salon, ménage trop la lumière ou laisse son antichambre dans

l'obscurité, reçoit une douzaine de lampions. A un bavard on adresse un

oreiller ou un éteignoir, à un fat, un col d'acier.

Quand il ne reste plus rien au fond de la corbeille, que les enfants ont

bien cherché dans les papiers éparpillés sur le plancher, pour voir si

l'on n'aurait rien laissé, la famille se rend à la salle à manger, où

l'attend un souper composé exclusivement de mets nationaux.

«Aux Pays scandinaves, le repas de Noël se distingue des autres par le

caractère traditionnel des plats qui y figurent. Pas de souper de Noël

sans jambon, accompagné de riz chaud arrosé de lait froid; puis du

_Vortbrod_, sorte de pain fait avec de la farine de froment délayée

dans de la bière non fermentée; enfin l'indigeste _lustsfisk_. Qu'on

s'imagine une _merluche_ ou morue sèche dessalée, bouillie pendant trois

jours dans une eau de cendre mêlée de chaux vive, et farcie ensuite avec

du poivre, de la moutarde et du raifort: voilà le _lustsfisk_» [1]. Les

vins d'Espagne fortement alcoolisés peuvent seuls faire digérer un si

plantureux repas.

[Note 1: M. Bitard, _Noël_.]

Le soir de la veille de Noël, vers onze heures, dans les hameaux,

tout le monde monte en traîneau et se rend à l'office. Mille étoiles

scintillent dans le silence de la nuit, troublée seulement par les

grelots des chevaux qui font craquer la neige sous leurs pieds.

Ordinairement, auprès de l'église du village un vaste hangar offre un

abri: des bancs pour les paysans et des râteliers pour leurs chevaux.

Aussitôt l'office terminé, chacun regagne son logis au plus vite.

«Ce moment donne lieu, en Finlande, à une scène des plus divertissantes.

Une vieille croyance promet la meilleure récolte de l'année à celui qui

rentrera le premier dans sa maison, après l'office de Noël. C'est alors

toute une conspiration contre les équipages. Les jeunes garçons sortent

furtivement de l'église pendant l'office, détellent les chevaux,

lient les traîneaux les uns avec les autres, changent les colliers,

embrouillent les harnais, etc. On conçoit le désordre qui s'en suit, des

cris, parfois des coups; la place de l'église se change en véritable

champ de bataille. Enfin, les traîneaux sont retrouvés, chacun répare

son attelage et part au galop: le combat finit par une course au

clocher»[2].

[Note 2: Desclées, _Noël_.]

Dans la plupart des campagnes, les ménagères veillent à ce que, pendant

les fêtes de Noël, l'ordre et la propreté règnent dans toute leur

demeure. Il est d'usage de joncher les dalles de paille fraîche, ce qui

donne à la chambre de famille l'aspect d'une grange où l'on a étendu

les gerbes avant le battage. Est-ce en souvenir de la paille et de la

pauvreté de la crèche? Nous serions portés à le croire. Quoi qu'il

en soit, cette paille de Noël a, dit-on, une vertu merveilleuse: les

animaux qui en mangent sont préservés de toute maladie pendant l'année.

En Suède, les paysans veulent que tous les animaux prennent part à la

solennité de Noël: «Ce jour-là, dit M. Léouzon le Duc, ils donnent la

liberté aux chiens de garde, ils servent à leurs bestiaux un fourrage

d'élite»[3].

[Note 3: _La fête de Noël en Suède et en Finlande_.]

C'est un usage assez répandu, en Suède et en Norwège, d'offrir, le jour

de Noël, un _repas aux oiseaux_. La dernière gerbe de la moisson est

soigneusement conservée, chez les pauvres comme chez les riches, jusqu'à

la veille de la grande solennité. Le vingt-cinq Décembre, au matin, on

la fixe au bout d'une perche et on en décore le pignon de la maison.

C'est un charmant et étourdissant concert que celui de la gent granivore

faisant tapage autour de ce mât pour picorer les épis de blé. Tous les

petits habitants de l'air prennent, eux aussi, leur joyeux festin et

rendent grâces à la Providence qui, dans un jour si heureux, a voulu les

combler d'allégresse. Cette ravissante coutume suédoise nous rappelle

ces deux vers si connus:

Aux petits des oiseaux il donne leur pâture

Et sa bonté s'étend sur toute la nature[4].

[Note 4: Racine, _Athalie_, acte II, scène VII.]

Un de nos meilleurs poëtes a gracieusement chanté ce _Réveillon des

petits oiseaux_:

Et les oiseaux des champs? Ne feront-ils la fête?...

Eux que l'hiver cruel décime tous les jours,

Eux que le froid transit, que la famine guette

Sur l'arbre dépouillé du nid de leurs amours!

Oh, non! Pour eux, l'on cherche une gerbe emmêlée

Où des milliers d'épis se courbent sous le grain,

On l'étend sur la neige: «--Accourez gent ailée,

«Car votre nappe est mise, et prêt est le festin!»

Et vous voyez d'ici le pinson, la fauvette,

Le menu roitelet voleter à l'appel.....

Tout en mangeant le grain, ils relèvent la tête,

Pour lancer une gamme, un cri de joie au ciel![5]

[Note 5: Comtesse O'Mahony.]

Noël dans les pays étrangers · 第 1 / 16 题