«Déroulez-moi sur cette table la carte actuelle de l'Europe et de
l'Asie, aurait-il dit à ses auditeurs, et suivez mon doigt sur ces
continents, ces îles, ces mers, qui sont chacun une lettre de cet
alphabet diplomatique de puissances, et qui forment en se combinant la
langue politique et les systèmes de guerre ou de paix de tout
l'univers. Il y a beaucoup de morts, beaucoup de cadavres de
puissances dans tout cela; nous vous en parlerons bientôt à leur
place, mais nous vous parlons d'abord des vivants.
«Voici d'abord l'Angleterre, la plus bornée par l'espace insulaire de
son domaine, la plus répandue, et on pourrait dire la plus universelle
de toutes les puissances politiques (à l'exception de la Chine) qui
ont jamais occupée une part du globe. Quelle que soit l'antipathie
plus ou moins jalouse que l'on puisse porter comme Français à
l'Angleterre, il suffit d'être homme pour s'enorgueillir, comme homme,
d'une puissance de civilisation, de richesse, de commerce,
d'intelligence, de navigation, d'armées de mer et d'armées de terre,
capable d'avoir créé, dans cette poignée d'Anglo-Saxons, sinon les
maîtres, du moins les modèles des peuples civilisés.»