XLIII

M. de Talleyrand pouvait-il proposer à cette Europe monarchique la

résurrection d'une république nationale en France comme gage de paix

et de sécurité?

Mais, outre que M. de Talleyrand, quoique ayant servi la république

par nécessité et par diplomatie alors, n'était pas républicain, quel

gage à offrir à l'Europe monarchique armée, victorieuse, campée sur la

place de la Révolution, autour des traces de l'échafaud de Louis XVI

et de toute une famille royale, qu'une république le pied sur la tête

d'un roi décapité?

Il n'y avait donc aucune option pour un homme d'État aussi clairvoyant

que M. de Talleyrand alors: ou la ruine de sa patrie, ou la dynastie

des Bourbons rapportant à la fois, d'un long exil, la conciliation

avec l'Europe, l'amnistie de tous les actes et de toutes les opinions

de la révolution, et la liberté constitutionnelle garantie à la France

par la monarchie représentative.

C'est ce que M. de Talleyrand, redevenu en une heure l'oracle de la

France et de l'Europe, définit admirablement dans le conseil des rois:

«La république est une impossibilité; la régence, c'est Napoléon

continué, avec le ressentiment de sa déchéance et l'inimitié de

l'Europe; Bernadotte (candidat alors de la Russie), c'est une

intrigue: la légitimité seule est un principe.»

Cette note verbale était l'expression exacte et forte de la France, de

l'Europe et du temps; elle portait en peu de mots un sens souverain et

irréfutable. C'était l'axiome de la diplomatie; il forçait la

conviction des puissances: une acclamation l'adopta. M. de Talleyrand,

maître par ce seul mot des convictions au dedans et au dehors, n'eut

qu'à ménager, par son habileté, la transition de la révolution à la

légitimité, de l'invasion à la paix, du despotisme à la liberté

représentative. Les Bourbons furent rappelés: la France fut sauvée.

Premier ministre et ambassadeur à la fois au congrès de Vienne, M. de

Talleyrand domina, quoique vaincu, les vainqueurs; les Bourbons

rentrèrent de plain-pied, et avec la France ancienne tout entière,

dans la société des rois et des peuples. M. de Talleyrand fut

véritablement arbitre de l'univers au congrès des rois; il ne dut

cette autorité personnelle qu'à son génie de diplomate, et non à son

titre de plénipotentiaire. Ce fut sa personne qui négocia; il portait

dans sa tête ses instructions: un signe de ses sourcils faisait taire

les ennemis de la France.

Cours familier de Littérature - Volume 10 · 第 129 / 171 题