Nous ne louons pas le grand diplomate d'avoir mis la main, même par
contrainte, dans le traité de Fontainebleau, quoique ce traité, réduit
à ces proportions, fût une immense atténuation de la diplomatie
napoléonienne en Espagne. Cette diplomatie, qui troque des provinces
et qui solde les différences avec les dépouilles d'un tiers sacrifié à
la convenance de deux contractants, manque d'honnêteté, et par
conséquent de cette probité en plein jour qui fait la sûreté des
contrats, parce qu'elle fait la conscience des nations.
Mais, si le traité de Fontainebleau manquait d'honnêteté, du moins ne
manquait-il pas d'honneur et de vue. Il ne trahissait personne; il
conservait à l'Espagne sa dynastie et ses droits de nation; il
épargnait des torrents de sang; il assurait à Napoléon l'alliance de
la famille de Louis XIV. C'était une paix mal assise, mais enfin
c'était la paix du Midi.
L'opposition de M. de Talleyrand fut si forte et si péremptoire au
détrônement des Bourbons d'Espagne et à la trahison de Bayonne, que ce
fut la cause de la rupture définitive entre l'empereur et le
diplomate. Napoléon tira de cette opposition une puérile vengeance, en
ordonnant à M. de Talleyrand de recevoir les princes espagnols
prisonniers dans son château de Valencay, changé en prison royale,
comme pour compromettre par là son ministre dans la mesure qu'il avait
le plus réprouvée, en donnant à ce ministre l'apparence du rôle de
geôlier de la dynastie des Bourbons.