Or il y avait alors, comme il y a encore en France, deux esprits
révolutionnaires très-distincts et très-opposés: l'esprit
philosophique de la révolution, et l'esprit turbulent de la guerre.
L'un était l'esprit des hautes classes, y compris le club des
Jacobins, les hommes de paroles, de systèmes, d'utopies, de réformes,
de liberté, d'égalité pratiques: ceux-là regardant la paix et la
fraternité entre les peuples comme le premier bienfait de la
révolution; les autres, passions populaires et soldatesques plus
qu'intelligentes, vociférant la guerre universelle à grands cris, et
surtout la guerre à l'Angleterre, par ce vieux ressentiment hébété qui
fait partout appel à son bras, ne pouvant pas faire appel à sa tête,
brutalité des places publiques et des casernes, qui n'a pour
diplomatie que des vociférations et pour traités que des levées en
masse.
Les assemblées, les journaux et les clubs voyaient lutter dans leurs
feuilles, dans leurs harangues, ces deux esprits. La guerre à tout le
monde, et, avant tout le monde, à l'Angleterre, était le texte
délirant des sociétés les plus populaires, à l'exception des
supériorités de ce parti, assez hommes d'État pour comprendre que la
guerre dévorerait, au premier coup de tambour, la liberté et la
révolution.