Les bibliothèques de ces actes de la littérature diplomatique sont les
archives de nos ministères des affaires étrangères. Ces archives
recueillent ces actes comme les titres des nations; là sont
enregistrés leurs droits et leurs limites. C'est dans les congrès,
tribunaux suprêmes de la société internationale, que sont débattus,
rejetés ou admis ces titres. Ils font la loi des nations entre elles
tant qu'un grand criminel d'État ne vient pas les déchirer à la face
de Dieu et des hommes. Pendant cet interrègne de la violence et de la
conquête, le droit se tait, la fortune seule juge, le monde légal
cesse d'exister pendant une période d'attentats heureux ou malheureux;
puis les armes tombent, par lassitude, des mains de l'Europe. La
diplomatie arrive, envisage ces débris, examine tous les droits, même
ceux de la conquête, sanctionne, compense, indemnise, refait la carte
légale du monde et rend la paix aux peuples.
Puis vient en dernier lieu l'histoire, l'histoire, qui, telle que
celle _du Consulat et de l'Empire_, de M. Thiers, par exemple,
compulse toutes les négociations et tous les actes de ces diplomaties
diverses, et les étale sous les yeux des siècles pour l'instruction
des diplomates présents et futurs, de façon que chaque nation
reconnaisse sa pensée, bonne ou mauvaise, dans les actes de son
gouvernement, et qu'un nouveau droit public devienne la loi pacifique
des nations.
C'est cette conclusion des grandes crises perturbatrices du genre
humain qui devient la géographie légale du globe, en d'autres termes,
le _droit public_, la légitimité des nations.