À l'aide de toutes ces suppositions, et avec ces conditions de
grandeur, de vertu, d'ostracisme et d'infortune réunies, on aura un
motif de poésie conforme à ce poëme. Mais, en ce qui me concerne
moi-même (je le dis sans fausse modestie), on n'aura rien qu'un homme
incomplet, un poëte tel quel, un citoyen honnête, trompé dans son
ambition désintéressée pour son pays, une fortune en ruines, une
vieillesse onéreuse, une âme sans regrets mais sans illusion pour sa
patrie.
Les beaux vers qu'on va lire ne me font donc aucune vanité en ce qui
me touche; quiconque se juge est incapable de se glorifier. Mais, je
le répète, mettez un autre nom à la place du mien: Washington dans la
détresse, relégué à Mont-Vernon, par exemple, ou Jefferson, second
président des États-Unis, forcé par la misère domestique à mettre en
loterie le toit et le champ de ses pères, et mourant sans avoir pu
placer ses lots parmi ses concitoyens; et alors qu'on lise le petit
poëme lyrique intitulé _les Vendanges_:
Saint-Point, octobre 185...