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Enfin la poésie est l'expression de l'idéal; or le beau idéal, c'est

l'amour enthousiaste, la prière, la miséricorde, la charité du genre

humain, comme dit Cicéron. Voilà le thème des poëtes. Quand ces poëtes

politiques, fussent-ils, comme Juvénal ou Gilbert, les suprêmes

satiristes, passent du beau idéal au laid idéal, objet de leur satire,

ils sortent de leur vraie nature et faillissent à leur vraie mission.

Ils font haïr: c'est le contraire de faire aimer. La haine est un

sentiment pénible, qui s'associe mal à cette mélodieuse ambroisie des

beaux vers. Il en reste une amertume sur les lèvres, au lieu de cet

arrière-goût délicieux que les chants des poëtes doivent laisser sur

la bouche et dans le coeur des hommes. Voilà pourquoi, hors quelques

exceptions très-rares, nous regrettons de voir de grands lyriques

prêter, même dans un intérêt de vertu, leurs sublimes indignations

chantées à la politique.

Cours familier de Littérature - Volume 10 · 第 61 / 171 题