AU DERNIER ENTRETIEN SUR MACHIAVEL.

Nous avons commis une erreur, faute d'avoir ici le _Moniteur_

sous les yeux, en attribuant au gouvernement du général Cavaignac

la première pensée de l'intervention armée à Rome. J'avais pris

l'embarquement des troupes du général Mollière pour un

commencement d'intervention à Rome. La lettre suivante de M.

Bastide me démontre que ce n'était qu'une protection personnelle

et une escorte d'honneur et de sûreté offertes au souverain

pontife. Je retire donc loyalement mon erreur, et je me fais un

devoir de restituer au général Cavaignac et à son ministre M.

Bastide, en ce qui concerne l'affaire de Rome, une bonne

intention, une bonne conduite de cette affaire et une bonne

politique.

Voici la juste réclamation de M. Bastide, ministre des affaires

étrangères à cette époque:

_Lettre de M. Jules Bastide à M. de Lamartine._

Paris, 28 août 1860.

Monsieur,

Je viens de lire dans votre cinquante-troisième _Entretien_, pages 336

et 337, le passage suivant, dans lequel se trouvent quelques erreurs

que je suis, à mon grand regret, forcé de vous signaler.

Vous dites: «Le pape s'évada et s'enferma à Gaëte, dans le royaume de

Naples.

«La république romaine, ou plutôt la république municipale, fut

proclamée.

«La république française, gouvernée alors par un dictateur à vues

droites, mais courtes, au lieu de se borner à offrir un asile sûr et

respectueux au pontife, intervint à main armée pour la souveraineté

temporelle du pape.

«La révolution romaine fut prise d'assaut dans Rome par l'armée

française.»

Le paragraphe suivant commence ainsi: «Sous un autre président de la

république, etc.» C'est donc bien le général Cavaignac et son

gouvernement que, dans ces quelques lignes, vous accusez d'être

intervenu à main armée en faveur du pouvoir temporel; ce serait

l'armée du _dictateur_ Cavaignac qui aurait pris d'assaut la

république romaine.

Permettez-moi de reprendre une à une vos expressions:

«Le pape s'évada et s'enferma à Gaëte.» Quel jour? Le 25 novembre. La

nouvelle de cet événement parvint à Paris deux jours plus tard. Le 10

décembre suivant, Napoléon Bonaparte fut nommé président. Il ne s'est

donc écoulé que quinze jours au plus entre la fuite du pape et la fin

du gouvernement du général Cavaignac.

Pendant ces quinze jours, que s'est-il passé? À Rome, la république

fut-elle proclamée? Non. La république romaine fut proclamée le 19

février 1849, c'est-à-dire deux mois après que le général Cavaignac et

ses ministres avaient déposé leurs pouvoirs.

«La révolution romaine fut prise d'assaut par l'armée française.»

À quelle époque et par qui? au mois de juin 1849, par le général

Oudinot, plus de six mois après que Napoléon Bonaparte avait été élevé

à la présidence.

Il y a donc erreur matérielle à dire que le gouvernement du général

ait renversé la république romaine: c'est comme si on reprochait au

comité de salut public d'avoir signé le traité de Campo-Formio.

Mais, «au lieu de se borner à offrir au pape un asile sûr et

respectueux,» ce gouvernement, pendant les dernières heures de sa

durée, s'est-il rendu coupable d'intervention en faveur de la

souveraineté temporelle?

Voici, Monsieur, à cet égard, les actes officiels sur lesquels nous

demandons qu'on nous juge:

_Le ministre des affaires étrangères à M. de Corcelles._

«27 novembre.

«Vous n'êtes autorisé à intervenir dans aucune des questions

politiques qui s'agitent à Rome. Il appartient à l'Assemblée

nationale seule de déterminer la part qu'elle voudra faire

prendre à la République dans les mesures qui devront concourir au

rétablissement d'une situation régulière dans les États de

l'Église. Pour le moment, vous avez, au nom du gouvernement qui

vous envoie, et qui en cela reste dans les limites des pouvoirs

qui lui ont été confiés, à assurer la liberté et la personne du

pape.

«Je ne saurais trop insister pour vous faire bien comprendre que

votre mission n'a et ne peut avoir pour le moment d'autre but que

d'assurer la sécurité personnelle du saint-père, et, dans un cas

extrême, sa retraite momentanée sur le territoire de la

République. Vous aurez soin de proclamer hautement que vous

n'avez à intervenir à aucun titre dans les dissentiments qui

séparent aujourd'hui le saint-père du peuple qu'il gouverne.

«Je dois aussi insister sur l'emploi que vous pourrez avoir à

faire des troupes qui sont confiées à votre direction supérieure.

Leur débarquement ne doit être opéré qu'autant que, dans le rayon

très-court où il leur sera possible d'agir, elles pourraient

concourir au seul résultat que vous ayez à atteindre: la liberté

du pape.

«_Signé_: JULES BASTIDE.»

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Cours familier de Littérature - Volume 10 · 第 32 / 171 题