L'ARIOSTE

(1re PARTIE).

I

Sortons un moment de l'art sérieux pour donner quelques heures

d'attention à l'art du badinage; c'est le même art au fond, mais

appliqué à l'amusement de l'esprit au lieu de s'appliquer à l'émotion

de l'âme. Il faut s'amuser après tout, dit Voltaire; nous pensons, à

cet égard, comme lui. Il faut avoir du plaisir, le plaisir est une

des fonctions de l'homme; ce n'est pas en vain que la nature a donné

le sourire à nos lèvres: seulement il faut que le plaisir soit

innocent, délicat, spirituel, gracieux, et qu'on ne rougisse pas

d'avoir joui. Après avoir souri avec un grand poëte comme Arioste, on

rit avec un grand comique comme Molière. En d'autres termes, s'il faut

s'enivrer de temps en temps, il ne faut s'enivrer que de bon vin et

non pas de vil et dégoûtant breuvage. En d'autres termes encore, il

faut lire l'Arioste et non pas l'Arétin; il faut lire le _Roland

furieux_ et non _la Pucelle_.

Ouvrons donc ensemble ce poëme inimitable, oeuvre badine d'un homme

qui n'a point eu d'égal dans l'antiquité, point d'émule dans les temps

modernes: le _divin_ Arioste.

Cours familier de Littérature - Volume 10 · 第 5 / 171 题