Et à cause du luth lointain, à cause des invisibles dévas, il revint à
la fin au palais de Gunnaur. Et comme l’âme a des reflux, le flux de la
raison l’emporta. Il oublia le royaume des bêtes pour ne régner que sur
les hommes.
Il fut puissant, il fut clément, il eut des armées pour la guerre, il
bâtit des temples pour la prière. Il fut craint et il fut aimé. Il
pratiqua la justice, mais dans la ville ou sur les routes, ou dans les
fêtes de son palais il demeurait enveloppé d’une intérieure solitude. Et
il n’entendit plus jamais résonner au loin, le luth aérien.
Un jour, qu’il était à la chasse avec tous les grands du royaume, il
s’arrêta sous un vieil arbre majestueux pour se reposer. Et il remarqua
des ossements humains que la pluie avait blanchis. Il vit un poignet
délicat avec un anneau de fer sculpté.
«Quel peut-être cet anneau de fer?» demanda-t-il. «Je le reconnais, dit
un de ses serviteurs. C’est l’anneau que les esclaves Boundi ont coutume
de porter au poignet. Sous ce vieil arbre majestueux, une esclave Boundi
est venue mourir.» Alors pour la première fois, le rajah de Gunnaur
pleura.