LES MERVEILLES DU VOYAGE EN CHINE

Je racontais à Padmani tout ce que j’avais vu de merveilleux quand

j’avais voyagé dans la Chine immense. Je lui décrivais le palais de la

Joie immortelle, la fontaine des Dragons dans le labyrinthe des jardins

de Jehol, le lac d’Argent avec ses cent trente kiosques de cristal au

pied d’une colline en minerai d’azur, l’île des pagodes silencieuses et

le tombeau de Confucius, harmonieux comme l’excellence de la pensée

ordonnée.

Je racontais à Padmani les fêtes auxquelles j’avais assisté, la fête du

septième Soir où un envoyé du ciel descend, portant une orchidée, la

fête des Seigneurs des Trois Mondes où naît l’esprit qui préside à la

force vitale. Je lui décrivais les cortèges pour la fête du Vieux de la

lune qui détermine les mariages, les costumes éblouissants des maîtres

de cérémonies et de ceux qui réglementent les génuflexions et les

révérences et je lui racontais comment sur la montagne de Fou-Tchéou Fou

se célèbre la fête des cerfs-volants.

Padmani m’écoutait en silence et je sentais qu’elle avait une question à

me poser et que de tout ce que j’avais dit, une seule chose

l’intéressait qui faisait se tendre son mince cou et briller ses

prunelles de jade sombre. «De quelle couleur étaient les cerfs-volants?

demanda-t-elle.--Mais de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, ô

Padmani.» Et alors elle se perdit dans un rêve.

Et je lui racontai encore les rêveries mystérieuses de l’opium, les

superstitions étranges, les misères extraordinaires et les dangers que

j’avais courus, les ménageries d’animaux sauvages que j’avais vues à

Macao, l’arrivée de la flotte portugaise que j’avais vue à Liampo et les

pirates que j’avais évités et les baleines qui étaient passées au loin

et toutes les étonnantes merveilles que peut contempler l’homme qui fait

un voyage en Chine.

Padmani m’écoutait en silence, mais les sons frappaient ses oreilles

sans atteindre son âme. Un problème la tourmentait et pesait plus

lourdement sur sa tête que le casque crépusculaire de sa chevelure.

«Est-ce que le mimosa de Chine a un autre parfum que le mimosa qui croît

dans notre jardin?» Je lui ai répondu: «Le même parfum exactement.»

Alors elle a poussé un grand soupir de soulagement, comme si je la

délivrais d’une peine et elle a dit: «A quoi bon s’en aller en Chine?

Nous sommes si bien ici tous les deux.»

Le livre des lotus entr'ouverts · 第 30 / 92 题