NONOBSTANT PAROLES ET EXEMPLES

A la suite de cet entretien, il fut naturellement beaucoup question des

douceurs de la vie de famille, dans un pays ayant gardé ses coutumes

anciennes, ses clochers et ses bois. On en parla d'autant plus que Loys

était follement épris de Gillonne et que le mariage des deux jeunes gens

avait été décidé d'un commun accord entre les familles.

M. le conseiller Périnelle offrit aux époux Gilles de demeurer sous son

toit, attendu qu'ils n'avaient plus de cabane. Mais les bûcherons

choisirent de mourir comme ils étaient nés et de faire reconstruire leur

cabane.

Il y eut un beau mariage, en effet, à l'église métropolitaine, et

célébré par le Frère Ildebert qui leur fit un maître-sermon où il

maudissait le règne de la matière et l'esprit de nouveauté. Après quoi

et comme les voyages de noces n'étaient pas encore inventés, les jeunes

époux embrassèrent leur famille pour se retirer dans une honnête maison

d'été qu'on leur avait fait construire à la campagne.

Mais au milieu des embrassades--comme l'un et l'autre ne manquaient pas

de loyauté--ils ne purent se retenir de confesser qu'ils partaient, non

pour la maison de campagne, mais pour un voyage...

--Pas pour un long voyage, j'espère? s'écria chaque membre de la

famille.

--Nous ne savons pas, dirent-ils, déjà loin, nous partons pour un voyage

autour de la planète!...

On les accompagna, pleurant, jusqu'à la porte de la ville, non loin du

tilleul, au carrefour des Quatre-Chemins, où reposait Gillette, la

pauvre victime de la locomotion outrancière; et, à la grande

stupéfaction de tous, on les vit monter, mais aussi tranquillement que

dans une bonne calèche de grands-pères, on les vit monter dans le fameux

carrosse vert attelé des deux lézards géants.

Cet extravagant véhicule était conduit par le cocher rougeaud, à côté de

qui se tenait le valet de pied, tous deux fort incommodés par les

énormes queues dont les extrémités brimballaient jusqu'à leur nez

incliné du côté opposé.

De l'ahurissement qu'un tel spectacle provoquait, une chose sauva les

esprits; ce fut un bruit étrange, comparable à celui du vent de

l'ouragan et de la meule transportée par la trombe meurtrière, et qui

faisait relever les têtes, ici comme là-bas, dans les profondeurs de la

foule: c'était la cage contenant le singe et les deux perroquets!

Cette cage volait, sans ailes ni secours d'aucune sorte, au-dessus du

peuple pressé. Elle volait à la vitesse d'un gerfaut lancé contre sa

proie, et elle produisait, dans l'air transpercé, une sorte de

sifflement de sirène. Les trois animaux y furent toutefois parfaitement

identifiés, à la grande joie des enfants.

Et cette cage, avec son contenu, vint d'elle-même s'asseoir sur le toit

du carrosse vert, où le valet de pied, adroitement, l'assujettit avec

des liens.

Et la voiture repartit à l'allure ordinaire de ses fantastiques

coursiers.

Frère Ildebert, venu jusque-là, s'écria:

--Dieu les bénisse!... Ils ont le diable au corps.

La carrosse aux deux lézards verts · 第 25 / 25 题