L’étude que nous venons de faire nous a montré que la matière n’était
pas éternelle et se dissociait pour retourner à cet éther mystérieux,
premier substratum des choses. Ces constatations conduisent à se
demander comment la matière a pu naître et comment elle peut mourir?
L’origine des choses et leur fin font partie des grands mystères de
l’univers qui firent dépenser aux religions, aux philosophies et à la
science le plus de méditations et d’efforts. L’esprit humain ne s’est
jamais résigné à ignorer, il invente des chimères quand on lui refuse
des explications, et ces chimères deviennent bientôt ses maîtres.
La science n’a pas encore allumé les flambeaux capables d’illuminer les
ténèbres qui enveloppent notre passé et voilent l’avenir. Elle peut
cependant projeter quelques lueurs dans cette nuit profonde.
D’après les idées que nous vous avons exposées sur la structure de la
matière, les corps sont constitués par une réunion d’atomes composés
chacun d’un agrégat de particules en rotation, probablement formées de
tourbillons d’éther. Par suite de leur vitesse, ces particules possèdent
une énergie cinétique énorme. Suivant la façon dont leurs équilibres
sont troublés, elles engendrent des forces diverses, telles que la
lumière, la chaleur et l’électricité.
Mais comment ces atomes sont-ils nés et comment se transforment-ils?
L’analyse spectrale permet, on le sait, de suivre la genèse des éléments
dont se composent les divers univers. La variation des spectres
stellaires dans le rouge et l’ultra-violet indique la température des
étoiles, par conséquent leur âge relatif, et les raies spectrales font
connaître leur composition. On a déterminé ainsi les corps apparaissant
dans les astres avec les variations de température correspondant à des
phases diverses d’évolution. Dans les étoiles les moins anciennes,
c’est-à-dire les plus chaudes, n’existent guère que des gaz peu
nombreux, l’hydrogène principalement; puis, à mesure que ces astres se
refroidissent, apparaissent successivement les corps simples que nous
connaissons en commençant par ceux dont le poids atomique est le moins
élevé.
Depuis que l’astronomie sait fixer par la photographie l’image des
étoiles, elle en a découvert un nombre beaucoup plus grand qu’on le
croyait. Elle évalue aujourd’hui à plus de 400 millions, sans parler
naturellement de ceux invisibles et par conséquent inconnus, le nombre
d’astres: étoiles, planètes, nébuleuses, existant au firmament.
L’analyse spectrale les montre à des âges très divers d’évolution. Leur
passé doit être d’une effrayante longueur, puisque les géologues
évaluent à plusieurs centaines de millions d’années l’existence de notre
planète.
Pendant ces entassements de siècles ignorés par l’histoire, les millions
d’astres dont l’espace est peuplé ont commencé ou terminé des cycles
d’évolution analogues à celui parcouru par notre globe d’aujourd’hui.
Des mondes peuplés comme le nôtre, couverts de cités florissantes
remplies des merveilles de la science et des arts, ont dû sortir de la
nuit éternelle et y rentrer sans rien laisser derrière eux. Les pâles
nébuleuses aux formes incertaines représentent peut-être les derniers
vestige de mondes qui vont s’évanouir dans le néant ou devenir les
noyaux d’un nouvel univers.
Les transformations révélées par l’observation des astres indiquent donc
la marche générale de l’évolution des mondes. Elle est toujours enfermée
dans ce cycle fatal des choses: naître, grandir, décliner et mourir.
* * * * *
Les faits résumés dans cette conférence montrent que la matière n’est
pas éternelle, qu’elle constitue un réservoir énorme de forces, et
disparaît en se transformant en d’autres formes d’énergie avant de
retourner à ce qui, pour nous, est le néant.
Les éléments d’un corps qui brûle ou qu’on essaie d’anéantir par un
moyen quelconque se transforment, mais ils ne se perdent pas, puisque la
balance permet de constater que leur poids n’a pas changé. Les éléments
des atomes qui se dissocient sont, au contraire, irrévocablement
détruits. Ils ont perdu toutes les qualités de la matière, y compris la
plus fondamentale de toutes, la pesanteur. La balance ne les retrouve
plus.
Comment les tourbillons d’éther et les énergies engendrées par eux
perdent-ils leur individualité pour s’évanouir dans l’éther? La question
se ramène à celle-ci: Comment un tourbillon formé au sein d’un fluide
peut-il disparaître dans ce fluide en y produisant des vibrations?
Sous cet aspect, la solution du problème est assez simple. On voit
facilement, en effet, comment un tourbillon engendré aux dépens d’un
liquide peut, lorsque son équilibre est troublé, s’évanouir, malgré sa
rigidité théorique, en rayonnant son énergie sous forme de vibrations du
milieu où il est plongé. C’est de cette façon, par exemple, qu’une
trombe marine, formée d’un tourbillon liquide, perd son existence et
disparaît dans l’océan.
De la même manière, sans doute, les tourbillons d’éther constituant les
éléments des atomes peuvent se transformer en vibrations d’éther.
Celles-ci représentent le terme ultime de la dématérialisation de la
matière et de sa transformation en énergie avant son anéantissement
final.
Ainsi donc, lorsque les atomes ont rayonné toute leur énergie sous forme
de vibrations lumineuses, calorifiques ou autres, ils retournent, par le
fait même du rayonnement consécutif à leur dissociation, à l’éther
primitif d’où ils dérivent. La matière et l’énergie sont alors rentrées
dans le néant des choses, comme la vague dans l’océan.
Il ne semble pas très compréhensible, au premier abord, que les mondes
qui paraissent de plus en plus stables à mesure qu’ils se refroidissent
puissent devenir instables au point de se dissocier entièrement. Pour
faire comprendre ce phénomène, nous allons en donner d’abord
l’explication théorique, puis rechercher si des observations
astronomiques ne permettent pas d’être témoins d’une telle dissociation.
On sait que la stabilité d’un corps en mouvement, comme une toupie ou
une bicyclette, cesse d’être possible quand sa vitesse de rotation
descend au-dessous d’une certaine limite. Aussitôt cette limite
atteinte, il perd sa stabilité et tombe sur le sol. J.-J. Thomson
interprète même de cette façon la radio-activité et fait remarquer que,
lorsque la vitesse de rotation des éléments composant les atomes descend
au-dessous d’une certaine limite, ils deviennent instables et tendent à
perdre leur équilibre. Il en résulterait un commencement de
dissociation, avec diminution de leur énergie cinétique suffisant pour
lancer dans l’espace les produits de la désagrégation intra-atomique.
Il ne faut pas oublier que l’atome, réservoir énorme d’énergie, est par
ce fait même comparable aux corps explosifs. Ces derniers restent
inertes tant que leurs équilibres intérieurs ne sont pas troublés. Dès
qu’une cause quelconque les modifie, ils font explosion et brisent tous
ce qui les entoure, après s’être brisés eux-mêmes.
Donc, les atomes qui vieillissent par suite de la diminution d’une
partie de leur énergie intra-atomique perdent graduellement leur
stabilité. Un moment arrive alors où cette stabilité est si faible que
la matière disparaît par une sorte d’explosion plus ou moins rapide. Les
corps de la famille du radium offrent une image de ce phénomène, image
d’ailleurs très affaiblie parce que les atomes de ces corps sont
seulement arrivés à une période d’instabilité où la dissociation est
assez lente. Elle en précède probablement une autre, plus rapide,
capable de produire leur explosion finale. Des corps tels que l’uranium
et le radium représentent sans doute un état de vieillesse auquel tous
les corps arriveront un jour et qu’ils commencent déjà à manifester dans
notre univers, puisque toute matière est légèrement radio-active. Il
suffirait que la dissociation fût assez générale et assez rapide pour
produire l’explosion du monde où elle se manifesterait.
Les considérations théoriques qui précèdent trouvent un solide appui
dans les apparitions et disparitions brusques d’étoiles. Les explosions
de mondes qui paraissent les produire nous révèlent peut-être comment
périssent les univers quand ils viennent à vieillir.
Les observations astronomiques prouvant la fréquence relative de ces
destructions, on peut se demander si la fin des univers par explosion
brusque, après une longue phase de vieillesse, ne serait pas leur
terminaison la plus générale.
Ces brusques anéantissements se manifestent par l’apparition subite dans
le ciel d’un astre incandescent qui pâlit et s’évanouit parfois en
quelques jours, ne laissant souvent rien derrière lui, ou seulement une
faible nébuleuse.
Lorsque se montre le nouvel astre, son spectre, d’abord analogue à celui
du soleil, prouve qu’il contient des métaux semblables à ceux de notre
système solaire. Puis, en peu de temps, ce spectre se transforme et
devient finalement celui des nébuleuses planétaires, c’est-à-dire ne
contient que des raies d’éléments simples et peu nombreux, dont
quelques-uns inconnus. Il est donc évident que les atomes de l’étoile
temporaire se sont rapidement et profondément transformés.
Cette évolution descendante est l’inverse de celle signalée dans
l’évolution ascendante des étoiles. Celles-ci contiennent, lorsqu’elles
sont très chaudes, des éléments simples devenant de plus en plus
compliqués et nombreux à mesure qu’elles se refroidissent.
Ces étoiles transitoires, résultant sans doute de l’explosion brusque
d’un monde accompagné de la désintégration des atomes, ne sont pas
rares. Il ne se passe guère d’années sans qu’on en observe directement
ou par l’étude des clichés photographiques. Une des plus remarquables
fut celle observée récemment dans la constellation de Persée. En
quelques jours elle atteignit un éclat qui la rendit la plus brillante
étoile du ciel; mais 24 heures après elle commença à pâlir, son spectre
se transforma lentement, devint, comme il a été dit plus haut, celui des
nébuleuses planétaires, preuve évidente, je le répète, d’une
dissociation atomique. Au moment même où s’opérait cette transformation,
des photographies à longue pose montrèrent autour de l’astre des masses
nébuleuses, produits sans doute de la dissociation atomique et qui
s’éloignaient de l’étoile avec une vitesse de l’ordre de celle de la
lumière, c’est-à-dire analogue à celle des particules qu’émettent les
corps radio-actifs en se dissociant. Les astronomes assistèrent donc à
la destruction rapide d’un monde.
* * * * *
L’exposé qui précède peut se résumer en quelques lignes.
On imagine le monde formé d’abord d’atomes diffus d’éther, qui, sous
l’action de causes diverses, notamment de leur rotation, ont emmagasiné
de l’énergie. Cette énergie, dont une des formes est la matière, se
dissocie et apparaît sous des états divers: électricité, chaleur, etc.,
de façon à ramener la matière à l’éther. Rien ne se crée veut dire que
nous ne pouvons pas créer de la matière. Tout se perd signifie que la
matière disparaît complètement comme matière en retournant à l’éther. Le
cycle est donc complet, il y a deux phases dans l’histoire du monde: 1º
condensation de l’énergie sous forme de matière; 2º dépense de cette
énergie.
Cette destruction finale est peut-être suivie, dans la suite des âges,
d’un nouveau cycle de naissance et d’évolution, sans qu’il soit possible
d’assigner un terme à ces destructions et à ces recommencements
probablement éternels.