ny quand nous y verrons la porte pleinement ouuerte à l'Euangile:
mais ie sçay [8] bien neantmoins, que c'est Dieu qui conduit cette
entreprise. La nature n'a pas les bras assez longs pour atteindre au
point, où elle est paruenuë; elle ayme trop ses interests sensibles,
pour reünir tant de cœurs, & tant d'affections à la poursuitte d'vn
bien, qu'elle ne cognoit pas. Fuïr ses parens, & ses amis, abandonner
ses cognoissances, sortir de sa patrie si douce, & si polie; passer
les mers, defier l'Ocean, & ses tempestes, sacrifier sa vie aux
souffrances, quitter les biens presens, pour se ietter dans des
esperances éloignées de nostre veuë, conuertir le trafic de la terre
en celuy du ciel, vouloir mourir dans la Barbarie, est vn langage
qui ne se parle point dans l'école de la nature. Ces actions vont au
delà de sa portée, & cependant ce sont les actions & le langage de
mille personnes de merite, qui s'attachent aux affaires de la Nouuelle
Frãce, auec autãt & plus de courage qu'ils feroiẽt aux leurs propres en
l'Ancienne. Ie ne voy pas, ny ie ne peux entendre tout ce qui tend à ce
dessein; on ne me parle qu'vne fois l'an de ces affaires, & encore sur
vn morceau de papier, qui ressemble à [9] ces muets du grand Seigneur,
qui parlent sans dire mot. Si est-ce que ie puis dire, voyant tant
de feu, tant de zele, tant de sainctes affections en des personnes si
differentes d'âge, de sexe, de condition, de profession; qu'autre qu'vn
Dieu ne peut causer ces pensées, ny allumer ces brasiers, qui ne se
nourrissent que des bois aromatiques du Paradis. Ie ne dis rien des
tendres & nobles affections qu'a nostre grand Roy pour la conuersion
de ces Peuples; c'est pour ce dessein qu'il a étably la Compagnie
de la Nouuelle France, l'a honorée de sa faueur, & de plusieurs
grands Priuileges. Ie ne parle non plus des soins de Monseigneur le
Cardinal; c'est assez de dire qu'il s'est fait Chef de cette honorable
Compagnie, & qu'il a releué, soustenu & animé cette grande entreprise,
qu'on ne peut choquer à moins que de toucher à la prunelle de ses
yeux. Monseigneur le Duc d'Anguien fils aisné de Monseigneur le
Prince, m'honorant d'vn mot de sa propre main, m'asseura l'an passé,
qu'il auoit de grands sentimẽs pour nous, & que nous en verrions les
effects, à mesure que Dieu luy [10] feroit la grace de croistre en
âge. I'ay d'autant plus volontiers remercié nostre Seigneur, d'auoir
desia inspiré à ce ieune Prince ces bons desseins pour son seruice,
qu'il a l'esprit plus capable de s'en acquiter. Ie sçay de bonne part
& sans flatterie, qu'il l'a fait paroistre auec autant d'admiration,
durant le cours de ses estudes, au iugement de ceux qui l'y ont veu,
que sa qualité le rendra tousiours digne de respect, enuers ceux qui
le cognoistront. Dieu soit loüé! tout le ciel de nostre chere Patrie,
nous promet de fauorables influences, iusques à ce nouuel astre, qui
commence à paroistre parmy ceux de la premiere grandeur.
CHAPTER FIRST.
OF THE SENTIMENTS OF AFFECTION WHICH MANY PERSONS OF MERIT
ENTERTAIN FOR NEW FRANCE.
I KNOW not what success the affairs of New France will have, nor
when we shall see its doors opened wide to the Gospel; but I know
[8] well, nevertheless, that it is God who directs this enterprise.
Nature has not arms long enough to reach the point to which this
has attained; she loves too well material interests to bring
together so many hearts and so many affections in the pursuit of a
good of which she has no knowledge. To forsake one's parents and
one's friends, to relinquish one's associates, to go forth from
one's native land, so sweet and so refined; to cross the seas, to
dare the Ocean and its storms, to give up one's life to sufferings,
to abandon present advantages that one may launch out into hopes
remote from one's vision, to convert the business of earth into
that of heaven, to be willing to die in the midst of Barbarism,--is
a language which is not spoken in the school of nature. Such deeds
go beyond her range, and yet they are the deeds and language
of a thousand persons of merit, who are devoting themselves to
the affairs of New France with as much and more of courage than
they would give to their own in the Old. I do not see nor can I
understand all that leads to this design; they speak to me but once
a year about these matters, and then upon a piece of paper, which
is like [9] those mutes of the grand Seigneur, who talk without
saying a word. Yet I can say,--seeing so much fire, so much zeal,
so much holy love, in persons so different in age, in sex, in
condition, and occupation,--that none other than a God can cause
these thoughts, can kindle these coals, which are fed only by the
aromatic woods of Paradise. I say nothing of the tender and noble
desires of our great King for the conversion of these Tribes; it is
for this purpose that he has established the Company of New France,
honored it with his favor and with many important Privileges. Nor
do I speak about the attentions of Monseigneur the Cardinal; it is
enough to say that he has become Head of this honorable Company,
and that he has uplifted, sustained, and animated this grand
enterprise, which cannot be attacked without touching the apple
of his eye. The Duke d'Anguien,[13] eldest son of Monseigneur the
Prince, honoring me with a word from his own hand, assured me last
year that he had high esteem for us, and that we should see the
effects of it in proportion as God should [10] grant him the favor
of added years. I thanked our Lord for already having inspired
this young Prince with these good intentions of serving him, the
more gladly as he has a mind well qualified to fulfill them. I
know from good authority and without flattery that he showed this
so admirably, during the course of his studies, in the opinion of
those who saw him engaged in them, that his character will always
render him worthy of respect among those who shall know him. God
be praised! The whole sky of our dear Native Land promises us
favorable influences, even to this new star, which begins to shine
among those of the first magnitude.
Personne ne peut ignorer, que Monsieur le Marquis de Gamache, est
le principal appuy de nostre Mission. I'ay appris cette année qu'il
a receu lettres de Fondateur d'vn College en la Nouuelle France:
nostre R.P. General me l'a ainsi récrit, & de l'heure que ie parle
on a presenté mille & mille sacrifices à sa diuine Majesté, dans
toute l'estenduë de la terre où se répand nostre Compagnie, pour la
prosperité de sa Maison, [11] & pour le bon succez de ce dessein. Nous
auons commencé à enseigner dés l'année passée: le Pere Lallemant,
& puis apres le Pere de Quen ont instruit nos petits Francois, &
moy quelques petits Sauuages. Nous nous étonnons de nous voir desia
enuironnez de tant de ieunesse, en ces commencemens.
No one can be ignorant that Monsieur the Marquis de Gamache is the
chief support of our Mission.[59] I have learned this year that he
has been acknowledged as Founder of a College in New France; our
Reverend Father General has written me also to this effect; and at
this writing thousands of holy masses have been offered up to his
divine Majesty, throughout the whole extent of the earth where our
Company is scattered, for the prosperity of his House, [11] and for
the good success of this plan. We began last year to teach; Father
Lallemant, and afterwards Father de Quen, instructed our little
French boys, and I some little Savages. We wonder to see ourselves
already surrounded by so many children, in the very beginning of
our work.
I'apprends que quelque personne beniste du ciel pense à fonder vn
Seminaire de petits Hurons; ô la sainte pensée! c'est de ces ieunes
plantes qu'on doit esperer de bons fruicts. Dieu soit à iamais beny du
soin qu'il a de cette nouuelle Colonie, la fauorisant du secours de
personnes qui cherissent ces pauures barbares, beaucoup plus qu'ils ne
se sont iamais aymez eux-mesmes.
I learn that some one, blessed of heaven, thinks of founding a
Seminary for young Hurons. Oh, holy thought! it is from these young
plants that one is to expect good fruits. God be forever blessed
for the care he takes of this new Colony, favoring it with the aid
of persons who cherish these poor barbarians far more than they
have ever loved themselves.
Ie ne voulois pas quasi parler de Messieurs les Associez de cette
Compagnie: car ce n'est pas merueille s'ils ont de l'amour pour vn
pays, dont le Roy les a fait Seigneurs: mais cette amour en la plus
saine partie de leur corps, me semble si épurée, que ie suis ioyeux &
confus tout ensemble de voir vn dégagement aussi grand en des personnes
attachées au monde par leur condition, [12] qu'on en trouueroit dans
vne ame éloignée de presence, & d'affection, des ennuis & des tracas
de la terre: ie ne parle point par cœur, ces Messieurs m'ayant fait
l'honneur de m'écrire par la main de Monsieur l'Amy leur Secre[tai]re,
me confondent en ces termes. _La lettre qu'il vous a pleu nous
escrire, a tellement satisfait nostre Compagnie, que nous confessons
tous, que nos peines, & nos soins, ont déja receu leur recompense. Ce
que nous faisons pour la Colonie de la Nouuelle France, peut bien estre
recommandable à cause du zele au seruice de Dieu, & de l'affection que
nous auons au soulagement des hommes: mais d'auoir là dessus l'aide
& la consolation de ceux qui sont les Maistres experimentez en ces
vertus, c'est estre payez dés l'entrée, & receuoir son salaire entier
pour le trauail des premieres heures de la iournée. Le remerciment que
vous nous faites vaut beaucoup mieux, que tout ce que nous auons fait;
mais il conuiendroit bien à ce que nous desirons faire, quand Dieu nous
aura donné la grace de l'executer._
I had hardly intended to speak of the Associated Gentlemen of
this Company; for it is not strange that they have some affection
for a country over which the King has made them Lords; but this
love, in the most important members of their body, seems to me so
pure that I am at once rejoiced and confounded to see as great
disinterestedness in persons, attached to the world by their
position, [12] as one would find in a soul far removed from the
scenes and affections of earth, from its cares and confusion. I do
not speak by rote; these Gentlemen, having done me the honor of
writing to me by the hand of Monsieur l'Amy,[60] their Secretary,
put me to the blush in these terms: _The letter which it has
pleased you to write us has satisfied our Company to such a degree,
that we all acknowledge that our efforts and our cares have already
received their reward. What we do for the Colony of New France may
indeed be commendable, by reason of our zeal in the service of
God, and our desire to aid our fellow-men; but to have therein the
sympathy and the help of those who are experienced Masters in these
virtues is to be rewarded from the beginning, and to receive one's
full remuneration for the work of the first hours of the day. The
gratitude which you express to us, is worthy of much more than all
that we have done; but it would suit well what we desire to do when
God shall have given us the grace to perform it._
Voila les propres mots de leur lettre: ce n'est pas tout, apres
auoir tesmoigné que leurs plus grands desseins ne tendent [13] qu'à
la gloire de nostre Seigneur, ils se resiouyssent d'estre deliurés
de l'importunité d'vn homme dont il a fallu lier les mains auec des
chaisnes d'or: _Et encor que cela nous couste beaucoup_, disent-ils,
_si est-ce que nous estimons y avoir gaigné, puis que personne ne
peut plus pretendre aucun droit sur la Nouuelle France, & que nous la
pouuons dedier toute entiere à Dieu par vostre sainct ministere._ Ne
pouuant encherir sur ces pensées, & sur ces affections, ie ne diray
qu'vn mot à ces Messieurs; que s'ils font les affaires de Dieu, Dieu
fera les leurs, qu'ils ne perdront rien au change, s'ils poursuiuent
dans ces genereux desseins, & qu'ils sement des benedictions que leurs
enfans recueilliront en la terre & au Ciel. Voila les sentimens de
Messieurs les Directeurs & Associez de cette honorable Compagnie.
These are the very words of their letter. This is not all; after
having testified that their greatest purposes aim [13] only at
the glory of our Lord, they rejoice to be delivered from the
importunity of a man whose hands it has been necessary to bind
with chains of gold. _And although that costs us much_, they say,
_yet we consider that we have gained thereby, since no one can
longer claim any right over New France, and we can offer it entire
to God through your holy ministry._[61] Being able to add nothing
to such thoughts and feelings, I will say to these Gentlemen but
one word, that if they attend to the interests of God, God will
attend to theirs; that they will lose nothing in the exchange, if
they continue in these generous purposes; and that they are sowing
blessings which their children shall reap upon the earth and in
Heaven. Such are the sentiments of Messieurs the Directors and
Associates of this honorable Company.
Ie suis fasché que des personnes grandes en vérité deuant les yeux de
Dieu & des hommes, me lient si fort les mains, & m'obligent à garder
le secret de leurs lettres, ou plustost de leurs vertus; ils dérobent
aux yeux de la France les tendres & fortes affections qu'ils ont pour
[14] la gloire de nostre saincte foy dans l'étenduë de cette Barbarie,
se contentans d'en donner la veuë à celuy auquel il ne la sçauroient
cacher. Ie parle de personnes employées dans les premieres charges du
Royaume: l'vn d'eux embrasse tout le païs, il a soin & des François &
des Sauuages, & fait du bien à tous. Vn autre va protestant qu'il s'est
voulu interesser dans cette Compagnie, non pour l'esperance d'aucun
lucre, mais pour l'amplification du Royaume de Dieu. Voici quelques
paroles tirées de l'vne de ses lettres addressée à quelque personne qui
me l'a cõfidemment communiquée: _I'ay interest de sçauoir des nouuelles
du pays, par le desir que i'ay de l'aduancement de la Religion._ C'est
l'vnique raison, à ce qu'il asseure, qui l'a meu de s'allier de ces
Messieurs: & plus bas il dit que les plus grandes villes & les plus
celebres ont commencé par vn ramas de vagabons, & que nous auons icy
cét aduantage qu'il y a des gens de bien parmy nous, _Que le plus grand
soin qu'on y doit auoir, est que Dieu soit seruy fidellement, qu'on
verra vn notable changement quand la Compagnie generale entrera dans
l'entiere_ [15] _administration des affaires, la resolution estant
de laisser tout le profit pour ameliorer le pays, & y faire passer
grand nombre de François, sans rien rapporter d'vn long temps entre
les Associez du profit qui prouiendra de la Nouuelle France_. Voila
parler en homme des-interessé: les inclinations de la nature ne nous
incitent point à transporter en vn pays barbare les vtilitez dont nous
pouuõs iouyr dans vn Royaume bien policé. Disons donc que ces mouuemens
secrets viennent des ressorts de la sacrée prouidence du grand Dieu,
qui semble auoir de grands desseins pour tant de pauures Peuples
abãdonnez depuis vn si long temps. Voicy ce que d'autres Associez me
mandent: _I'espere que le secours qu'on vous enuoye fera augmenter la
moisson: c'est la principale fin qu'ont ceux qui se meslent de cét
affaire, ie voudrais auoir autant de pouuoir que i'ay d'affection pour
l'aduancement de la gloire de Dieu en ce pays, & pour la conuersion de
ces pauures Sauuages._ Vn autre me tient ce discours: _Il y a apparence
que nostre Compagnie continuant son trafic sans fortune, vostre colonie
pour le spirituel s'augmentera de plus en plus; l'intention de la plus
part des_ [16] _interessez d'icelle n'a esté à autre dessein, que pour
ayder à la conuersion de ces pauures Sauuages; ce qui ne peut estre
faict sans vos peines, trauaux & grandes incommoditez, voire de vostre
vie._
I regret that some persons, great, in truth, in the eyes of God
and of men, bind my hands so tightly, and oblige me to keep the
secret of their letters, or rather of their virtues; they conceal
from the eyes of France the tender and strong desires they feel
for [14] the glory of our holy faith throughout the extent of this
Savage Land, contenting themselves with revealing them to him from
whom they could not conceal them. I speak of persons employed in
the highest offices of the Realm; one of them is in charge of the
whole country, concerning himself with both the French and the
Savages, and does good to all. Another protests that he is willing
to interest himself in this Company, not through the hope of any
gain, but for the extension of the Kingdom of God. Here are some
words taken from one of his letters addressed to a person who has
communicated it to me in confidence: _I am interested in hearing
news of the country, through the desire which I have for the
advancement of Religion_. This is the only reason, as he asserts,
that induced him to ally himself with these Gentlemen. Farther on,
he says that the largest and most celebrated cities have begun with
a rabble of vagabonds; and that we have here this advantage, that
there are honest people among us; _that the greatest care that one
must have here is, that God be faithfully served. There will be
seen a notable change when the general Company shall enter into the
complete_ [15] _administration of affairs,--the determination being
to disregard all gain, in order to better the condition of the
country and to send over a large number of French people, without
the Associates receiving for a long time any of the profit which
shall accrue from New France._ See how a disinterested man speaks
of it! The inclinations of nature do not incite us to transfer to a
barbarous land the advantages which we can enjoy in a well-governed
Realm. Let us say then that these hidden impulses come from the
springs of the sacred providence of the great God, who seems to
have grand purposes for so many poor Peoples, abandoned for so
long a time. Here is what other Associates write me. _I hope that
the aid which is sent you will cause the harvest to increase;
that is the chief aim which those have who interest themselves
in this matter. I wish I had as much power as I have desire for
the advancement of the glory of God in this country, and for the
conversion of these poor Savages._ Another writes to me as follows:
_There is likelihood that, while our Company continues its business
without gain, your colony in spiritual matters will increase
more and more. The intention of the greater part of those_ [16]
_interested in it has been for no other purpose than to aid in the
conversion of these poor Savages, which cannot be done without your
sufferings, toils, and hardships, nay, even at the peril of your
life._
Ie n'aurois iamais faict, si ie voulois recueillir tout ce qu'escriuent
sur ce suiet vn grand nombre de personnes, dont la modestie me condamne
au silence, autant que leur bon exemple m'obligeroit à en parler, si ie
ne craignois de les offenser: c'est pour cette raison que ie me tais
sur les saincts desirs de plusieurs Religieux, sur les fortes affectiõs
qu'ont vn tres grand nombre de nos Peres, de venir trauailler en cette
nouuelle vigne de nostre Seigneur, & défricher cette Barbarie: il est
vray que ces volontez de viure & mourir en la Croix de +IESVS+, sont
conformes à leur profession; mais c'est chose bien plus estonnante
de voir des hommes attachez comme de grandes intelligences aux plus
hautes spheres des affaires du monde, se délasser dans les soins de
la Nouuelle France, tant ils la cherissent. Bien plus, il se trouue
des Dames qui veulent partager cette gloire auec eux, surmontant
l'infirmité [17] de leur sexe par la generosité de leur courage.
I should never finish were I to review all that is written on this
subject by a great number of persons, whose modesty condemns me to
silence as much as their good example would oblige me to speak, if
I did not fear to offend them. It is for this reason that I say
nothing about the holy wishes of many Religious, and the strong
desires which a great number of our Fathers have to come to work in
this new vineyard of our Lord, and to clear this land of Barbarism.
It is true that these desires to live and to die in the Cross of
+JESUS+ are in keeping with their profession; but it is a thing
much more astonishing to see men who are engaged, because of their
great abilities, in the highest spheres of the affairs of the
world, take their recreation in working for New France, so dearly
do they love her. Much more, there are found some Ladies who wish
to share this glory with them, rising above the weakness [17] of
their sex through the generosity of their courage.
Ie cherchois l'an passé vne ame courageuse qui peût arborer le grand
estendart de la charité en ces contrées: ce grand Dieu des bontez y a
pourueu. I'apprends que Madame de Combalet y veut mettre la main, &
fonder vn Hospital en la Nouuelle France. Voicy comme il luy a pleu
m'en donner aduis. _Dieu m'ayant donné le desir d'aider au salut des
pauures Sauuages, apres auoir leu la Relation que vous en auez faicte,
il m'a semblé que ce que vous croyez qui puisse le plus seruir à leur
conuersion, est l'establissement des Religieuses Hospitalieres dans
la Nouuelle France; de sorte que ie me suis resoluë d'y enuoyer cette
année six ouuriers, pour défricher des terres, & faire quelque logement
pour ces bonnes Filles. Ie vous supplie de vouloir prendre soin de cét
establissement: i'ay prié le P. Chastelain de vous en parler de ma
part, & de vous declarer plus particulierement mes intentions: si ie
puis contribuer quelque autre chose pour le salut de ces pauures gens,
pour lesquels vous prenez tant de peine, ie m'estimeray bien-heureuse._
Là dessus que diray-ie autre chose, si ce n'est que [18] tout le Ciel
presente deuant le throsne de Dieu ces sainctes pensées, ces grandes
resolutions, & que tous les Anges redoublent leurs Cantiques d'honneur
& de loüanges pour vne si saincte entreprise; ce sont les actions de
graces que nous faisons à cette illustre Dame, au nom de tous les
saincts Anges gardiens de ces pauures Barbares, qui ne sçauroient
comprendre la grandeur de l'amour qu'on leur porte. Ie leur ay faict
entendre qu'vne grande Dame alloit faire dresser vne grande maison, où
on receuroit tous leurs malades, qu'on les coucheroit dans de bons
lits, qu'on les nourriroit delicatement, qu'on leur donneroit des
medecines & des onguens necessaires pour les guerir, & qu'on ne leur
en demanderoit aucune recompense. Ils me respondent auec estonnement,
que cela va bien: mais neantmoins ie cognois par leurs sousris, qu'ils
ne croiront point ce miracle que par les yeux. En vn mot, ils ne
sçauroient comprendre la grandeur de cette charité; suffit que le Dieu
des cœurs, qui fait germer cette saincte pensée dans vn bon cœur, voit
son diuin ouurage, & y prend [19] plaisir; certes il n'y a rien si
puissant que cette inuention pour attirer ces pauures Barbares, voire
mesme pour peupler parmy eux des seminaires de garçons & de filles.
Nostre Seigneur soit beny dans les temps, & dans l'eternité.