LA VILLE A LA CONQUE ET LE PAYS DE FOUESNANT

Comme j’ai le mieux vu Concarneau, c’est au retour de Penfret, à la

haute mer, dans la lumière d’or d’un soir de septembre.

Le soleil se couchait sur Beg-Meil, derrière les criques et les dunes.

La baie, sous ses derniers feux frôlant les eaux, semblait vraiment une

conque immense, captant dans sa nacre toutes les ardeurs du soir.

Le sloop _Esculape_, qui nous ramenait des Glénans, inclinait vers le

môle, dont nous étions à moins d’un mille, ses voiles gonflées comme des

ailes, et traçait dans la mer un long sillon de feu. Sous cette oblique

flambée, la ville apparaissait toute rose dans son demi-cerne de bois

noirs. Roses aussi les ajoncs de Roz-lan et les pins qui tordaient leurs

troncs au profil assombri des collines.

* * * * *

La lumière allait décroissant des deux côtés de la baie, vers le

Cabellou et le Cap-Coz, où la mer et le sable mêlaient leurs tons

d’ambre. Et c’était, en pleine côte de Bretagne, comme un coin, quelque

part entrevu, de la mer d’Italie ou de Provence. Ce qui portait

davantage à s’y méprendre, c’était, sur un cotre de plaisance qui

doublait devant nous le rocher de Men-Cren, un vieil air napolitain que

chantait un baigneur attardé, d’une assez belle voix répercutée à

l’infini sur le silence des eaux.

Il me faisait songer, par sa douceur alanguie, aux _canzones_ des villes

somptueuses, ou bien aux chansons tristes que des marins corses

chantaient un soir sous un ciel plein d’étoiles, par une mer lourde de

méduses, en vue des côtes de Toscane.

L’illusion subsistait, aussi vive, comme on rasait les quais de

l’avant-port où des thoniers de Groix, rangés comme en une toile de

Signac ou de Lhôte, avaient un vague air de tartanes au mouillage, avec

leurs longues antennes, leurs voiles bigarrées et leurs coques peintes.

Dressé par-dessus des toits du quai Peneroff, un squelette d’église à

l’abandon semblait un débris de cathédrale byzantine, et la Ville-Close,

avec son beffroi, ses tours rondes et ses ponts-levis, rappelait quelque

forteresse aux remparts dorés de la côte languedocienne.

Ce n’est point par sa seule couleur que Concarneau fait songer à quelque

port du Sud, assis au creux d’une calanque, mais aussi par ses relents

de mer chaude, de tan, de goudron, de saumure, de filins et de cordages

poissés, par ses odeurs rudes de cabarets, de graillon, de vieux logis,

de vases croupissant dans l’eau phosphorescente de l’arrière-port et qui

nous poursuivent de leur pestilence dans l’ombre humide des ruelles.

Il faut fuir, pour leur échapper, jusqu’à la digue, que balaie le grand

souffle de l’Océan, ou jusqu’aux jardins de la haute ville, dont les

magnolias rappelaient à Flaubert les parfums des îles Borromées.

Et Concarneau est encore toute méridionale, par son animation

désordonnée, exubérante, par ses cris, ses rires, ses lazzi de

«friteuses» qui s’en vont par groupes, l’œil brillant, du môle à la

place d’Armes, faisant sonner sous leurs sabots le pavé des cales. Elle

rappelle le Midi maritime par la rumeur de son port, le va-et-vient

discontinu des barques, le mouvement ailé des rames et des voiles, le

tumulte joyeux de sa criée, les jurons épiques de ses pêcheurs, à faces

de boucaniers, qui débarquent leur butin dans les mannes ou chargent la

rogue et l’eau pour la pêche du soir.

Les Concarnois eux-mêmes s’appliquent à paraître aussi peu bretons que

possible. Fiers de leur ville et de la noblesse particulière de ses

origines, ils savent que, bien avant Lorient ou Douarnenez, ses rivales,

Konk-Kerné figurait avantageusement sur les portulans et les

cartulaires. Et ils savent que, depuis lors, elle compte dans son passé

de ville royale de longs siècles de vie bourgeoise et guerrière.

Descendant pour une part des mercenaires de la Ligue et des pêcheurs

saintongeais ou gascons, ils ont conservé, de nos jours encore, quelque

peu de la jactance et de la hâblerie méridionales. Ils forment, en marge

des populations avoisinantes, comme un îlot perdu qui se défend, avec

une constance pleine d’orgueil, contre les lames qui le battent.

Dédaignant la langue bretonne, ils se gardent de s’en servir, s’il leur

arrive de la comprendre. Ils l’abandonnent comme un parler de rustres,

sentant le goudron et la brume, aux Penmarc’hais et aux Douarnenistes,

avec qui ils ne s’entendent guère.

* * * * *

Il est vrai que ceux-ci le leur rendent avec usure. Ils ne se font pas

faute de les railler: «Les Concarnois, disent-ils, parlent français

l’été, quand la pêche est bonne; la misère des mauvais jours leur

réapprend comme par miracle le breton.»

Ils les accusent également d’être d’assez piètres marins et de n’aimer

guère sortir, la nuit, loin de leurs femmes, surtout quand le vent de

suroît menace.

Nulle part, le particularisme concarnois n’est mieux marqué que dans la

Ville-Close qui, ceinte de vieux murs, a gardé sa couleur et sa

pouillerie du passé. De même que les familles patriciennes de Venise,

groupées dans le Rialto, prétendaient écarter des Conseils les autres

habitants de la lagune, de même, derrière leurs remparts, les Concarnois

d’origine ont formé une aristocratie de la mer, jalouse à l’excès de ses

privilèges. Ils n’y accordent qu’à la longue droit de cité aux

paysans-pêcheurs qui, venus de Névez ou de Saint-Philibert, ont

construit leurs petites maisons le long de la côte de Trégunc. De même

l’artisane de la Ville-Close tient à se distinguer par la coiffe ronde,

de la paysanne à collerette de Beuzec ou du Lin.

Cependant, il est tout au moins une heure où la Ville-Close revêt un

charme tout breton, fait de douceur et de sourde mélancolie.

C’est le soir, quand toute la vie du port a reflué vers la digue et

qu’avec le soleil s’est éteinte la grande féerie du jour. La

Ville-Close, rendue à sa torpeur, mire dans les eaux à demi-lagunaires

les dents d’ombre de ses machicoulis. Les fumées du soir montent,

grêles, des maisons du Passage et le pont du Moros découpe ses deux

arches sur la nuit qui monte vers les creux de Douric-ar-Zin. Par delà

le Lin et la route de Trégunc, on sent une nature plus âpre, plus

triste, où reparaît, çà et là, ponctuée par de pauvres chapelles et par

des tourelles de moulins en ruine, la sauvage primitivité de la lande.

Et c’est aussi l’heure des évocations, où le passé picaresque et

guerrier revit plus intensément, à la faveur de l’ombre et du silence.

Dans cette Ville-Close du crépuscule, figée dans la roideur de ses

courtines féodales, on voit surgir la ville forte du XVIe siècle,

environnée de marécages et de mer. Ici se trouvait la Tour aux

munitions, plus loin Notre-Dame du Portail, près de la Porte aux Vins où

se débarquaient les produits de Gascogne. Concarneau réapparaît, telle

que l’évoque, en un style naïf et gaillard, tout plein du printemps de

la langue, Moreau le chanoine ligueur, qui ne l’aimait guère, pour ce

qu’elle était, «une retraite à voleurs et gens de corde».

L’on se représente, sur un fond éblouissant de ciel et de mer

Kermassonnet; «bouffonnant et goiaillant», contrefaisant le Bas-Breton

qui veut parler français, et le sire de la Vigne, se promenant sur le

chemin de ronde «avec sa grosse chaîne d’or qui faisait trois tours».

Ce que l’on revoit aussi, c’est l’assaut donné aux murailles, la mêlée

sur les remparts, au matin de la Saint-Vincent, et les Bas-Bretons

prouvant à Kermassonnet que s’ils ne savent pas comme les Français

«jouer de la langue», ils savent jouer des mains pour se rendre maîtres

d’une ville.

Le crépuscule, s’épaississant, ajoute à l’évocation toute la puissance

de ses sortilèges. Le phare de Penfret, qui s’allume, croise ses feux

avec ceux plus grêles de Beuzec et de la Croix. Et les sardiniers qui

appareillent pour les lieux de pêche, détachant sur le ciel pâli leurs

misaines décroissantes, semblent une lente et mystérieuse caravane sur

les chemins mouvants de la mer occidentale.

Peut-être est-ce l’Armada huguenote que les Rochelais avaient promise et

qui n’atteignit jamais la ville assiégée, assaillie qu’elle fut sans

doute par des vents contraires! Ou ne seraient-ce bien plutôt les

_bagiou-noz_ dont parlent les très vieilles légendes de la mer, et qui

transportent aux îles de la nuit leur cargaison d’âmes et de souvenirs?

* * * * *

Derrière Concarneau, la terre se relève en lentes ondulations, jusqu’aux

premières rides de la Montagne Noire, où se cachent des tourelles de

vieux manoirs comme le Minuello, et des chapelles comme Coatanpoudou ou

Saint-Maurice du Moustoir. Vue de Saint-Yvi-d’en-haut, la baie doit

apparaître, à cette heure, sous la nacre du soir, comme une conque

géante, dont la pointe pénètre fort avant dans le verger de la Forêt et

dont l’ouverture, entre la Jument et Beg-Meil, pavoise l’azur marin d’un

bouquet d’îles blanches: les Moutons, Guimenech, Penfret, avec l’anse de

Porniguel, le Drénec, le Loc’h, Saint-Nicolas et le fort en ruine de la

Cigogne.

Nulle part, on ne peut mieux saisir le contraste entre les deux types de

côtes cornouaillaises qu’en opposant les deux faces de cette baie. De la

pointe de Trévignon aux roches du Cabellou, la végétation est pauvre,

maigre, derrière le chapelet des lagunes. Des vaches courtaudes paissent

sur le sable une herbe courte, rôtie par l’air marin et qu’égayent, de

place en place, les taches bleues des panicauts et des piloselles. De

place en place, vers Névez et Saint-Philibert, le pays triste

s’agrémente d’une touffe de pins courbés au vent, ou d’un toit bas de

ferme qu’entoure un courtil de seigle ou d’avoine, arraché à la dune et

clos d’un murtin de pierraille.

La pointe de Trévignon, que rien ne protège contre la fureur des

courants atlantiques, est basse, dénudée, d’une sauvagerie profonde.

Défendue, à son extrémité, par une traînée de rocs que recouvre une

toison de varechs roux et qu’a sculptés, au long des siècles, le ciseau

de la mer, elle déploie ensuite, jusqu’à la Jument, la courbe triste de

ses dunes.

Mais après le Cabellou, le spectacle change et la côte s’humanise.

Protégée par le môle naturel de Beg-Meil et par le brise-lames des

Glénans, la baie prend l’apparence d’un beau lac à peine ridé et dont la

sérénité ne se rompt que par les forts coups de vent d’Ouest.

Son pourtour s’infléchit, se découpe en criques encaissées, exquises de

paix, sur lesquelles se détache le feston blanc des grèves:

Saint-Laurent, le Saint-Jean Cap-Coz et la cale de Beg-Meil.

Au contact de cette mer apprivoisée, la campagne elle-même s’imprègne de

douceur. De Pleuven et de Saint-Evarzec, elle se penche sur la baie

comme un parc enchanté. Il n’y a rien en Bretagne de plus frais et de

plus doux que ce beau pays de Fouesnant. L’air y est tiède, la lumière

limpide; les champs, sous le couvert des pommiers, y ont une ombre verte

de cathédrale. L’hiver y est si peu rude qu’il fait fleurir, en pleine

terre, dans les coins abrités, les roses et les camélias. Tous les

arbres fruitiers de Cornouaille croissent à qui mieux mieux dans ce

verger touffu, qui a des douceurs de paradis: les poiriers, les

pommiers, les pruniers à perdrigons, les figuiers aux larges feuilles

luisantes, les cerisiers à l’écorce grise, lisse à l’œil comme une

moire.

* * * * *

Les villages s’y cachent dans des creux d’ombre; du Mont du Roi ou de

Locamond l’on voit monter leurs fumées dans l’air calme, sans que l’on

puisse distinguer les cheminées ni les toits. Seuls émergent de la houle

des feuilles la flèche aiguë d’une chapelle, comme Sainte-Anne de

Fouesnant, perdue dans la solitude d’une châtaigneraie, ou Saint-Tudy et

Kerbader, dédiée à Notre-Dame des Neiges.

De quelque côté qu’on se tourne, l’œil se repose sur cette verdure vive

de renouveau. Tout est vert en ce pays: l’eau des sources, des

fontaines, où les arbres et les herbes se mirent, les chemins bordés de

hauts talus et noyés de la pénombre des frondaisons, les bois, les

vergers, les prairies et la mer elle-même, dont les vagues ont des

reflets glauques, sur les fonds de sable de la baie. C’est le triomphe

de l’émeraude.

Cette verdure ne s’arrête qu’à la ligne du rivage, où les arbres, nouant

au roc leurs racines, se penchent au-dessus des criques et trempent dans

l’écume, aux heures de haute mer, les extrémités de leurs branches.

Au printemps, tous les arbres fruitiers fleurissent à quelques semaines

ou à quelques jours d’intervalle. Les pruniers d’abord, en mars ou, par

les années heureuses, dans les premières tiédeurs de février; en avril,

les cerisiers, d’un rose frêle d’arbres du Japon; pour finir, en mai,

dans le même temps que les prunelliers et les aubépines, les poiriers

blancs et les pommiers de _fero-bris_, d’une floraison plus vive et plus

odorante. C’est alors le chant du cygne du printemps, comme le bouquet

d’un feu d’artifice, dans une fête sans pareille de la couleur et de la

joie.

Trois mois durant, on marche sous une neige de pétales blancs ou roses,

au long des chemins débordant de tous les parfums bocagers. La vie, la

paix et le bonheur semblent, à l’envi, couler du ciel.

* * * * *

Le pays de Fouesnant se prolonge par Clohars et Pleuven, jusqu’à la

bleue coulée de l’Odet. Le printemps breton y revêt la même grâce

aimable et la même douceur. Le foin qui sèche met dans l’air un

enivrement. Les maisons, avec leurs perrons gris et leurs courtillets

rougis de passe-roses, y ont un air de bon ton et de vétusté coquette.

On s’attend à en voir sortir des hommes d’un très vieux temps, en habit

à basquines, et s’exprimant dans l’archaïque langage des conteurs. Les

femmes en corselet noir et collerette, avec leur teint de pomme fraîche,

jettent un éblouissement au pas des portes, où elles brodent et

tricotent en bavardant, à longueur de jour.

On devine l’Odet tout proche, derrière les branches des ormes et des

hêtres; son azur s’égaye du triangle ocre ou rouge des voiles. La terre

et la mer se sourient, s’embrassent, se font fête, se bercent en un

perpétuel enlacement. Portz-Meillou cache sous ses feuillages des

retraites charmantes. Le flot, deux fois le jour, vient réveiller, au

Ménez-Bili, les joncs des marécages, et porter au cœur des bois, vers le

Perguet et Clohars, la verte caresse de la mer.

De temps en temps, un souffle passe, imprégné de fraîcheur océane et qui

mêle une senteur d’iode et de sel aux parfums agrestes de la terre.

De bonne heure les Bénédictins de Sainte-Croix, en Quimperlé, religieux

doctes et sages, avaient apprécié le charme et l’abondance de ce coin de

pays, édifiants en ce qu’ils stimulaient leur zèle par le spectacle

anticipé des joies du Paradis.

Ils avaient construit leur prieuré de Locamand, à flanc de colline, en

un lieu que par charte solennelle, le roi Hoël leur avait concédé, avec

toutes ses appartenances, «ses forêts, ses prairies, ses étangs

poissonneux», libres de toute rente et redevance. C’était dans la

situation la plus avantageuse qui fût, au creux le plus abrité de la

baie de Concarneau, où ils jouissaient des bienfaits combinés des champs

et de la mer.

Outre le bonheur d’une retraite, propice à la méditation et à la prière,

il y goûtaient les délices d’une bonne table, nourrie des poissons les

plus savoureux et des meilleurs fruits prodigués par la main du

Créateur. Leur cloître, même en hiver, était fleuri de roses, et leur

regard, le soir venu, se reposait sur le va et vient des barques

sillonnant une mer calme et pure comme le ciel. Amis de la nature, ils

rendaient la justice, au village de la Forêt, à l’ombre d’un gros chêne

qui passe pour y exister toujours. Juges, justiciables et plaideurs

prenaient place, en ce rustique tribunal, sur des bancs de bois qu’on

apportait des maisons voisines.

La Révolution survint, qui dispersa les religieux et fit tomber dans

l’abandon le prieuré. Il n’en subsiste aujourd’hui que de médiocres

vestiges: une porte gothique, des débris de murailles, quelques dalles

funéraires et un bouquet d’arbres gigantesques sur lesquels se guident

les navires qui entrent dans la baie après avoir doublé la pointe de

Beg-Meil.

Mais sur la terre des moines, la gaie nature de Cornouaille a repris

tous ses droits. Étalant en tous sens sa verdure envahissante, elle a

recouvert les ruines de l’ombre de ses hêtres et de ses figuiers

triomphants. L’herbe a poussé, tellement haute et drue sur l’emplacement

du monastère qu’on ne distingue plus guère ce qui fut le cloître de ce

qui fut la chapelle ou la salle capitulaire. La mousse, s’attachant

comme une rouille verte aux pierres tombales, en a peu à peu rongé les

inscriptions, effaçant jusqu’au souvenir des morts.

Comblé par cette nature généreuse, comment l’homme, au pays de

Fouesnant, eût-il résisté à ses instincts de flânerie et de douce

insouciance? Tout conspire à lui rendre l’existence agréable et à lui

épargner tout effort: le climat heureux, la terre prodigue, la mer qui

lui apporte l’engrais jusqu’à la lisière de ses vergers et de ses

champs.

Chaque saison lui assure sa provende: la fin du printemps les cerises,

que l’on vend, par «mannes» énormes, rafraîchies de fougère, à tous les

pardons de Bretagne; l’été les foins; l’automne les poires et les pommes

qui, si la récolte est moyenne, suffisent à payer toutes les dépenses de

l’année et produisent un cidre délectable, pétillant, d’une exquise

amertume, le plus justement apprécié de toute la Cornouaille.

Alors, que pourrait faire le Fouesnantais, sinon regarder pousser

l’herbe en fumant sa pipe et en se croisant les bras? Et c’est à quoi,

philosophiquement, il passe ses jours, profitant autant qu’il se peut

des trésors que la terre lui octroie.

S’abandonnant à une vie quelque peu végétative, il ne se soucie point de

tailler ses fruitiers ni d’amender son sol. Il laisse tout croître, au

gré du temps et du bon Dieu. Par ailleurs, Saint-Éloi de Clohars veille

sur ses chevaux et Sainte Anne de Fouesnant sur sa terre.

Comment s’étonner, dès lors, si, bien différent en cela de la plupart

des Cornouaillais, il n’aspire guère à d’autres horizons que ceux de son

pays?

Il n’en est pas de même de la Fouesnantaise qui se plaît aux lointains

voyages et est amoureuse du plaisir! Rieuse, coquette, elle raffole des

beaux atours: des collerettes tuyautées, des rubans aux couleurs

tendres, des devantiers rose ou lilas, des théories éclatantes. On la

rencontre dans tous les pays de la Bretagne, accorte et quelque peu

frivole. Mais elle émigre aussi bien vers les grands centres comme

Rennes, Nantes et Paris, où elle se «gage» comme servante, toujours

avide de bruit, de musique, de danse, de lumière, apportant dans la

brume ou la fumée des villes la note riante de son costume, de son

visage, rose et clair comme, aux alentours de Pâques, les cerisiers de

son pays.

Aux jardins enchantés de Cornouaille · 第 11 / 25 题