Le chemin de fer n’arrive pas ici. On quitte le train à Granville. C’est
là qu’est venu nous prendre Coursin, le voiturier, pour nous conduire
chez nous en une demi-heure.
La route est jolie, découverte, côtoyant la mer en hauteur.
Rien de grandiose ni de pittoresque; mais une gaieté et une lumière dont
l’éclat, peut-être particulier le jour de notre arrivée, m’irritait,
pendant que notre petit break roulait au milieu.
Des prés très verts, coupés de haies d’où partent les arbres qui font
les chemins du pays ombragés et joliment encaissés.
A gauche, un peu avant l’arrivée, une avenue qui mène à une sorte de
château gris, qui n’est peut-être qu’une grande ferme délabrée, et met
enfin dans ce vert et ce bleu une note terne. Puis les villas commencent
des deux côtés de la route.
Une mare en forme de bénitier, où des canards barbotent. Un joli moulin.
C’est Saint-Pair.
La plage de sable est belle, assez morne et indéfinie. Des deux côtés,
des falaises en terre qui s’éboulent par place, et sur le sommet
desquelles serpente un petit chemin gazonné que j’aime à l’heure de la
haute mer.
De gros rochers par-ci par-là. Beaucoup d’horizon. On voit et on pense
loin.
Point de bateaux, point de pêcheurs, rien de l’animation de la mer telle
que je l’ai vue toujours. C’est la grande privation de mon pauvre père,
pas de port! Il sera souvent à Granville, je crois.