Ils revenaient, les Islandais. Deux la seconde journée, quatre le
surlendemain, et puis douze la semaine suivante. Et, dans le pays, la
joie revenait avec eux, et c’était fête chez les épouses, chez les
mères: fête aussi dans les cabarets, où les belles filles paimpolaises
servent à boire aux pêcheurs.
Le Léopoldine restait du groupe des retardataires; il en manquait
encore dix. Cela ne pouvait tarder, et Gaud, à l’idée que, dans un
délai extrême de huit jours qu’elle se donnait pour ne pas avoir de
déception, Yann serait là, Gaud était dans une délicieuse ivresse
d’attente, tenant le ménage bien en ordre, bien propre et bien net,
pour le recevoir.
Tout rangé, il ne lui restait rien à faire, et d’ailleurs elle
commençait à n’avoir plus la tête à grand’chose dans son impatience.
Trois des retardataires arrivèrent encore, et puis cinq. Deux seulement
manquaient toujours à l’appel.
— Allons, lui disait-on en riant, cette année, c’est la Léopoldine ou
la Marie-Jeanne qui ramasseront les balais du retour.
Et Gaud se mettait à rire, elle aussi, plus animée et plus jolie, dans
sa joie de l’attendre.