Chapitre V

Ils revenaient, les Islandais. Deux la seconde journée, quatre le

surlendemain, et puis douze la semaine suivante. Et, dans le pays, la

joie revenait avec eux, et c’était fête chez les épouses, chez les

mères: fête aussi dans les cabarets, où les belles filles paimpolaises

servent à boire aux pêcheurs.

Le Léopoldine restait du groupe des retardataires; il en manquait

encore dix. Cela ne pouvait tarder, et Gaud, à l’idée que, dans un

délai extrême de huit jours qu’elle se donnait pour ne pas avoir de

déception, Yann serait là, Gaud était dans une délicieuse ivresse

d’attente, tenant le ménage bien en ordre, bien propre et bien net,

pour le recevoir.

Tout rangé, il ne lui restait rien à faire, et d’ailleurs elle

commençait à n’avoir plus la tête à grand’chose dans son impatience.

Trois des retardataires arrivèrent encore, et puis cinq. Deux seulement

manquaient toujours à l’appel.

— Allons, lui disait-on en riant, cette année, c’est la Léopoldine ou

la Marie-Jeanne qui ramasseront les balais du retour.

Et Gaud se mettait à rire, elle aussi, plus animée et plus jolie, dans

sa joie de l’attendre.

Pêcheur d'Islande · 第 55 / 62 题