Elle travailla beaucoup pendant ces mois d’été. Les Paimpolaises, qui
d’abord s’étaient méfiées de son talent d’ouvrière improvisée, disant
qu’elle avait de trop belles mains de demoiselle, avaient vu, au
contraire, qu’elle excellait à leur faire des robes qui avantageaient
la tournure; alors elle était devenue presque une couturière en renom.
Ce qu’elle gagnait passait à embellir le logis — pour son retour.
L’armoire, les vieux lits à étagères, étaient réparés, cirés, avec des
ferrures luisantes; elle avait arrangé leur lucarne sur la mer avec une
vitre et des rideaux, acheté une couverture neuve pour l’hiver, une
table et des chaises.
Tout cela, sans toucher à l’argent que son Yann lui avait laissé en
partant et qu’elle gardait intact, dans une petite boîte chinoise, pour
lui montrer à son arrivée.
Pendant les veillées d’été, aux dernières clartés des jours, assise
devant la porte avec la grand’mère Yvonne dont la tête et les idées
allaient sensiblement mieux pendant les chaleurs, elle tricotait pour
Yann un beau maillot de pêcheur en laine bleue; il y avait, aux
bordures du col et des manches des merveilles de points compliqués et
ajourés; la grand’mère Yvonne, qui avait été jadis une habile
tricoteuse, s’était rappelé peu à peu ces procédés de sa jeunesse pour
les lui enseigner. Et c’était un ouvrage qui avait pris beaucoup de
laine, car il fallait un maillot très grand pour Yann.
Cependant, le soir surtout, on commençait à avoir conscience de
l’accourcissement des jours. Certaines plantes, qui avaient donné toute
leur pousse en juillet, prenaient déjà un air jaune, mourant, et les
scabieuses violettes refleurissaient au bord des chemins, plus petites
sur de plus longues tiges; enfin les derniers jours d’août arrivèrent,
et un premier navire islandais apparut un soir, à la pointe de
Pors-Even. La fête du retour était commencée.
On se porta en masse sur la falaise pour le recevoir; — lequel
était-ce?
C’était le Samuel Azénide; — toujours en avance celui-là.
— Pour sûr, disait le vieux père d’Yann, la Léopoldine ne va pas
tarder; là-bas, je connais ça, quand un commence à partir les autres ne
tiennent plus en place.