CHAPITRE II 285

SOMMAIRE: 1814. -- Prise de Toulouse et de Bordeaux. -- Rochefort

menacé. -- Avènement de Louis XVIII. -- M. de Bonnefoux m'envoie à

Bordeaux comme membre d'une députation chargée d'y saluer le duc

d'Angoulême et de traiter d'un armistice avec l'amiral anglais

Penrose. -- Une lettre m'apprend à Bordeaux que mon père est atteint

d'une fluxion de poitrine. -- Je cours à Marmande et je trouve mon

père très malade et désespéré à la pensée qu'il ne reverra pas mon

frère, que la paix allait lui rendre. -- Il meurt en me serrant la

main le 27 avril 1814. Il avait soixante-dix-neuf ans. -- Je suis

nommé au commandement de la corvette à batterie couverte _le

Département des Landes_ chargée d'aller à Anvers prendre des armes et

des approvisionnements. -- Avant mon départ, le duc d'Angoulême nommé

grand amiral arrive à Rochefort au cours d'une tournée d'inspection

des ports de l'Océan. -- Il y séjourne trois jours. M. de Bonnefoux me

nomme commandant en second de la garde d'honneur du Prince. -- Je mets

à la voile et me rends à Anvers. -- Au retour, une tempête me force de

reprendre le Pas-de-Calais que j'avais retraversé et de chercher un

abri à Deal, à Deal où, naguère, j'étais errant et traqué comme un

malfaiteur. -- Je pars de Deal avec un temps favorable mais au milieu

de la Manche un coup de vent me jette près des bancs de la Somme. --

Dangers que court la corvette. Je force de voiles autant que je le

puis afin de me relever. -- Après ce coup de vent, je me dirige vers

Brest. -- Un pilote venu d'Ouessant me jette sur les Pierres Noires.

-- Une toise de plus sur la gauche, et nous coulions. -- Je fais

mettre le pilote aux fers et je prends la direction du bâtiment qui

faisait beaucoup d'eau. -- La corvette entre au bassin de radoub. --

Le pilote jugé et condamné. -- J'apprends à Brest une promotion de

capitaines de frégate qui me cause une vive déception. -- Ordre

inattendu de réarmer la corvette pour la mer. -- Je demande mon

remplacement. Fausse démarche que je commets là. -- Je quitte Brest et

_le Département des Landes_. -- Arrivée à Rochefort où je trouve mon

frère, licencié sans pitié par le Gouvernement de la Restauration. --

Il passe son examen de capitaine de la Marine marchande et part pour

les États-Unis où il réussit à merveille. -- Voyage de M. de Bonnefoux

à Paris. -- Il fait valoir les raisons de santé qui m'ont conduit à

demander mon remplacement. -- On lui promet de me donner le

commandement de _la Lionne_ et de me nommer capitaine de frégate avant

mon départ. -- Le retour de l'Île d'Elbe empoche de donner suite à ce

projet. -- Pendant les Cent-Jours, je reste chez moi. -- L'empereur,

après Waterloo, vient s'embarquer à Rochefort et passe cinq jours chez

le préfet maritime. -- Disgrâce de M. de Bonnefoux. -- Je suis, par

contre-coup, mis en réforme. -- Je songe à obtenir le commandement

d'un navire marchand et à partir pour l'Inde. -- On me décide à

demander mon rappel dans la marine. -- Je l'obtiens et je suis attaché

comme lieutenant de vaisseau à la Compagnie des Élèves de la Marine à

Rochefort. -- Grand malheur qui me frappe au commencement de 1817. Je

perds ma femme. -- Après un séjour dans les environs de Marmande chez

M. de Bonnefoux, je vais à Paris solliciter un commandement. --

Situation de la Marine en 1817. -- Je suis nommé Chevalier de

Saint-Louis. -- Retour à Rochefort. -- Je me remarie à la fin de 1818.

-- En revenant de Paris, je retrouve à Angerville, Rousseau, mon

camarade du ponton. -- Histoire de Rousseau.

Mémoires du Baron de Bonnefoux, Capitaine de vaisseau, 1782-1855 · 第 92 / 113 题