CHAPITRE III 218

SOMMAIRE: _Le Bahama._ -- Rencontre de Rousseau évadé du ponton de

Portsmouth, repris au milieu de la Manche et conduit sur _le Bahama_

trois jours auparavant. -- Façon dont les prisonniers du _Bahama_

accueillaient les nouveaux arrivants: «Il filait 6 noeuds! avale ça,

avale ça!» Cette mystification nous est épargnée à Rousseau et à moi.

-- Chatham et Sheerness. -- Cinq pontons mouillés sur la Medway, entre

Chatham et Sheerness, sous une île inculte et vaseuse. -- Description

détaillée du ponton. Cette description se passe de commentaires. -- La

nourriture; l'habillement. -- Les lieutenants de vaisseau qui

commandaient les pontons étaient, en général, le rebut de la Marine

anglaise. -- La garnison du ponton. -- Les officiers de corsaires à

bord des pontons; il y en avait une trentaine sur _le Bahama_. -- Leur

poste près de la cloison de l'infirmerie. -- Rousseau y avait été

admis. -- L'antipathie violente des officiers de corsaires pour les

officiers du «grand corps». -- La majorité décide, cependant, qu'on

m'accueillera. -- La minorité se venge en m'adressant des lazzis. --

Mon explication courtoise, mais ferme, avec l'un des membres de cette

minorité, Dubreuil. -- Je m'en fais un ami. -- La masse des

prisonniers veut m'astreindre aux corvées communes. -- Je refuse. --

Mon grade doit être respecté. -- Des menaces me sont faites; mais la

majorité ne tarde pas à se ranger de mon côté. -- Première tentative

d'évasion. -- Les soldais anglais nous vendent tout ce que nous

voulons. -- Le projet des barriques vides. -- Rousseau, inventeur du

projet. -- Les cinq prisonniers dans les cinq barriques. -- Rousseau,

moi, Agnès, Le Roux, officiers de corsaires, le matelot La Lime. --

Les cinq barriques sont hissées de la cale et placées dans une allège

avec les autres destinées à renouveler la provision d'eau du _Bahama_.

-- Le vent et la marée contrarient l'allège; elle n'entre pas dans le

port ce jour-là et est obligée de mouiller à mi-chemin. -- L'équipage

de l'allège va coucher à terre. -- La Lime, dont la barrique avait été

mise par erreur au fond de la cale, nous appelle. -- Le petit mousse

laissé à bord. -- Il donne l'éveil. -- Nous sommes pris. -- Ramenés au

ponton. -- Dix jours de black-hole. -- Le black-hole est un cachot de

6 pieds seulement dans tous les sens où l'air ne parvient que par

quelques trous ronds très étroits. -- La punition supplémentaire de la

réduction à la demi-ration jusqu'à réparation complète des dégâts. --

Conduite honteuse de l'Angleterre. -- L'esprit de solidarité des

prisonniers. -- Seconde tentative d'évasion. -- À ma grande joie, ma

malle m'arrive d'Odiham. -- Je réalise une dizaine de guinées en

vendant ma montre et divers effets. -- Un certain nombre de

prisonniers âgés et paisibles sont envoyés dans une prison à terre. --

Rousseau, moi, et deux autres, nous nous substituons à quatre d'entre

eux en leur payant leurs places et en nous grimant; nous espérons nous

évader en route. -- Nous partons. Le lendemain, le roulage fait une

réclamation à l'occasion de ma malle. -- Un appel sévère a lieu. On

nous ramène Rousseau et moi au ponton. -- Les deux autres s'évadent et

arrivent en France. -- Ma malle m'avait perdu. -- Trois matelots de

Boulogne, récemment faits prisonniers, sont embarqués sur le _Bahama_.

Ils préparent sans tarder leur évasion. -- Ils font un trou à fleur

d'eau en avant de l'une des guérites qui avoisinaient la proue. -- Ils

se jettent dans l'eau glacée, un soir de décembre. L'un d'eux avait

des obligations envers M. de Bonnefoux, préfet maritime de Boulogne.

Il me propose de m'emmener et jure de me conduire à terre. Je crains

de les perdre et je refuse. -- Le trou appartenait à tous un quart

d'heure après leur départ. -- Un tirage au sort avait eu lieu.

Rousseau avait le nº 5. -- Le nº 2 manque périr de froid et crie au

secours. -- Il est remis à bord par les Anglais. -- Le cadavre du nº 1

paraît le lendemain, à marée basse, à moitié enfoui dans les vases de

l'île; le malheureux était mort de froid. -- Le commandant du ponton

n'a pas honte de le laisser à cette même place jusqu'à ce qu'il tombe

en putréfaction. -- Quant aux trois Boulonnais, ils se sauvent et

rentrent dans leurs familles. -- Le lieutenant de vaisseau Milne,

commandant du _Bahama_. -- Ses goûts crapuleux. -- À deux reprises, le

feu prend dans ses appartements pendant des orgies. -- La seconde

fois, l'incendie se propage rapidement. -- Dangers graves que courent

les prisonniers enfermés dans la batterie. -- Milne, en état

d'ivresse, ordonne aux troupes de faire feu sur nous en évacuant les

meurtrières, si le feu se propage jusque-là. -- Heureusement

l'incendie est éteint. -- Grave querelle parmi les prisonniers. --

L'officier de corsaire Mathieu blesse un soldat prisonnier qui

l'insulte et prend du tabac malgré lui dans sa boutique. -- Nous

réussissons, non sans peine, à faire évader Mathieu par l'infirmerie.

-- Compromis qui intervient. -- Le tribunal arbitral dont je suis le

président. -- La séance du tribunal. -- Scène burlesque. -- La

sentence. -- L'ordre se rétablit.

Mémoires du Baron de Bonnefoux, Capitaine de vaisseau, 1782-1855 · 第 85 / 113 题