SOMMAIRE: J'arrive à Odiham, en septembre 1806. -- La population
d'Odiham. -- Les prisonniers. -- Je trouve parmi eux mon ami Céré. --
Je suis l'objet de mille prévenances. -- La Société philharmonique, la
loge maçonnique, le théâtre des prisonniers, son grand succès. -- La
recherche de la paternité en Angleterre. -- L'aventure de l'officier
de marine français, Le Forsoney. -- Ne pouvant payer la somme de 600
francs environ destinée à l'entretien de l'enfant mis à l'hospice, il
allait être emprisonné. -- Je lui prête la somme dont il avait besoin;
affectueuse reconnaissance de Le Forsoney, qui écrit à sa famille et
ne tarde pas à s'acquitter vis-à-vis de moi. -- Une maxime de M. Le
Lièvre, agent d'administration de _la Belle-Poule_. -- En juin 1807 un
amateur de musique, M. Danley, m'emmène secrètement passer une
journée à Windsor. -- Je vois, sur la terrasse du château, le roi
Georges III, la reine, quatre de leurs fils, leur fille Amélie. -- Le
château de Windsor. -- Nous rentrons à Odiham, où nul ne s'était douté
de mon absence. -- Je commets l'imprudence de raconter mon équipée à
deux de mes camarades dans la rue, devant ma porte, sous les fenêtres
d'une veuve qui, ayant été élevée en France, connaissait parfaitement
notre langue. -- La bonne d'enfants, Mary. -- Le billet trouvé par la
veuve. -- Énigme insoluble expliquée par notre conversation. --
Articles de journaux qui me donnent, à mon tour, une énigme à deviner.
-- Dénonciation au Transport Office. -- L'écriture du billet à Mary,
rapprochée de celle d'une lettre de moi à mon frère. -- M. Shebbeare,
agent des prisonniers, à Odiham, reçoit l'ordre de me faire arrêter
sur-le-champ et partir le lendemain sous escorte pour les pontons de
la rade de Chatham. -- Mon indignation. -- D'après les règlements
j'étais seulement passible d'une amende d'une guinée, et encore à
condition que quelqu'un se fût présenté pour réclamer cette guinée,
comme prix de sa dénonciation. -- Petit coup d'État de la police. --
M. Shebbeare, agent des prisonniers à Odiham, ses excellents procédés
à mon égard. -- Il me laisse en liberté jusqu'au lendemain. -- À
l'heure dite, je me présente chez lui. -- Il me remet entre les mains
d'un agent de la police. -- Les pistolets de l'agent. -- Digression
sur Rousseau, aspirant de 1re classe pris dans l'affaire de Sir T.
Duckworth. -- Son héroïsme. -- Lettre qu'il avait écrite au Transport
Office pour reprendre sa parole d'honneur. -- Au moment où je quittais
à mon tour Odiham, on venait de le conduire sur les pontons. --
L'hôtel du Georges, la voiture à mes frais. -- Je me sauve par la
fenêtre de l'hôtel. -- Mystification de l'agent aux pistolets. -- Joie
des prisonniers. -- Hilarité des habitants. -- La nuit close, je me
rends dans une petite maison habitée par des Français. -- J'y reste
caché trois jours. -- Une jeune fille de seize ans, Sarah Cooper,
vient m'y prendre le soir du troisième jour, et elle me conduit par
des voies détournées à Guilford, capitale du Surrey, distante de six
lieues d'Odiham. -- Dévouement de Sarah Cooper. -- De Guilford une
voiture me conduit à Londres, tandis qu'une autre ramène Sarah à
Odiham. -- Je descends à Londres à l'hôtel du café de Saint-Paul. --
Dès le lendemain, grâce à des lettres que m'avait remises Céré et
qu'il tenait d'une Anglaise, j'avais acheté un extrait de baptême
ainsi que l'ordre d'embarquement d'un matelot hollandais nommé Vink,
matelot sur _le Telemachus_, qui avait Hambourg pour lieu de
destination. -- Le capitaine, qui était seul dans le secret,
m'autorise à rester à terre jusqu'au jour de l'appareillage. -- Je
passe trente et un jours à Londres, et je visite la ville et les
environs. -- Départ de Londres du _Telemachus_. -- L'un des passagers,
le jeune lord Ounslow. -- Il me prend en amitié. -- Les vents et les
courants nous contrarient pendant cinq jours. -- Nous atteignons
Gravesend. -- Au moment où _le Telemachus_ partait enfin, un canot
venant de Londres à force de rames, l'aborde. -- Un agent de police en
sort et demande M. Vink. -- Mon arrestation. -- Offres généreuses de
lord Ounslow. -- Je suis jeté à fond de cale dans le bâtiment où
étaient gardés les malfaiteurs pris sur la Tamise. -- J'y reste deux
jours. -- Affreuse promiscuité. -- Plus d'argent. -- Le canot du
ponton _le Bahama_, de la rade de Chatham.