CHAPITRE IX 169

SOMMAIRE: False-bay et Table-bay. -- Partage de l'année entre les

coups de vent du sud-est et les coups de vent du nord-ouest. -- Nous

mouillons à False-bay. -- Excellent accueil des Hollandais. -- Nous

faisons nos approvisionnements. -- Arrivée du _Brunswick_ avec un coup

de vent du sud-est. -- Naufrage du _Brunswick_. -- Croyant la saison

des vents du sud-est commencée, nous nous hâtons de nous rendre à

Table-bay. -- Arrivée de _l'Atalante_ à Table-bay. -- La division est

assaillie par un furieux coup de vent du nord-ouest en retard sur la

saison. -- Trois bâtiments des États-Unis d'Amérique, trompés comme

nous, vont se perdre à la côte. -- _La Belle-Poule_ brise ses amarres.

-- Elle tombe sur _l'Atalante_, qu'elle entraîne. -- Le naufrage

paraît inévitable. -- Sang-froid et résignation de M. Bruillac. --

L'ancre à jet de M. Moizeau. -- _La Belle-Poule_ est sauvée. --

_L'Atalante_ échoue sur un lit de sable sans se démolir. -- On la

relève plus tard, mais ses avaries n'étant pas réparées au moment de

notre départ, nous sommes obligés de la laisser au Cap. -- _Le

Marengo_ et _la Belle-Poule_ quittent le cap de Bonne-Espérance, peu

avant la fin de l'année 1805. -- Visite de la côte occidentale

d'Afrique. -- Saint-Paul de Loanda, Saint-Philippe de Benguela,

Cabinde, Doni, l'embouchure du Zaïre ou Congo, Loango. -- Capture de

_la Ressource_ et du _Rolla_ expédiés à Table-bay. -- En allant

amariner un de ces bâtiments, _la Belle-Poule_ touche sur un banc de

sable non marqué sur nos cartes. Elle se sauve; mais ses lignes d'eau

sont faussées et sa marche considérablement ralentie. -- Relâche à

l'île portugaise du Prince. -- La division se dirige ensuite vers

l'île de Sainte-Hélène. -- But de l'amiral. -- Quinze jours sous le

vent de Sainte-Hélène. -- À notre grand étonnement, aucun navire

anglais ne se montre. -- Apparition d'un navire neutre que nous

visitons. -- Fâcheuses nouvelles. -- Prise du cap de Bonne-Espérance

par les Anglais. -- _L'Atalante_ brûlée, de Belloy tué, Fleuriau

gravement blessé. -- Le gouverneur de Sainte-Hélène averti de notre

présence probable dans ses parages. -- Tous les projets de l'amiral

Linois bouleversés par ces événements. -- Sa situation très

embarrassante. -- Le cap sur Rio-Janeiro. -- La leçon de portugais que

me donne M. Le Lièvre. -- Changement de direction. -- En route vers la

France. -- Un mois de calme sous la ligne équinoxiale. -- Vents

contraires qui nous rejettent vers l'ouest. -- Le vent devient

favorable. -- Hésitations de l'amiral. -- Où se fera l'atterrissage? À

Brest, à Lorient, à Rochefort, au Ferrol, à Cadix, à Toulon? -- État

d'esprit de l'amiral Linois. -- Son désir de se signaler par quelque

exploit avant d'arriver en France. -- Le 13 mars 1806, à deux heures

du matin, nous nous trouvons tout à coup près de neuf bâtiments. -- M.

Bruillac et l'amiral. -- Est-ce un convoi ou une escadre? -- La

lunette de nuit de M. Bruillac, les derniers rayons de la lune les

trois batteries de canons. Ordre de l'amiral d'attaquer au point du

jour. -- Dernière tentative de M. Bruillac. -- Manoeuvre du _Marengo_.

-- _La Belle-Poule_ le rallie et se place sur l'avant du vaisseau à

trois-ponts ennemi. -- Ce dernier souffre beaucoup; mais, à peine le

soleil est-il entièrement levé, que _le Marengo_ a déjà cent hommes

hors de combat. -- L'amiral Linois et son chef de pavillon, le

commandant Vrignaud, blessés. -- L'amiral reconnaît son erreur. -- Il

ordonne de battre en retraite et signale à _la Belle-Poule_ de se

sauver; le trois-ponts fortement dégréé; mais deux autres vaisseaux

anglais ne tardent pas à rejoindre _le Marengo_, qui est obligé de se

rendre à neuf heures du matin. -- L'escadre anglaise composée de sept

vaisseaux et de deux frégates. -- La frégate _l'Amazone_ nous

poursuit. -- Marche distinguée; néanmoins elle n'eût pas rejoint _la

Belle-Poule_ avant son échouage sur la côte occidentale d'Afrique. --

Combat entre _la Belle-Poule_ et _l'Amazone_. -- À dix heures et

demie, la mâture de la frégate anglaise est fort endommagée, et elle

nous abandonne; mais nous avons de notre côté des avaries. -- Deux

vaisseaux ennemis s'approchent de nous, un de chaque côté. -- Deux

coups de canon percent notre misaine. -- Gréement en lambeaux, 8 pieds

d'eau dans la cale, un canon a éclaté à notre bord et tué beaucoup de

monde. -- M. Bruillac descend dans sa chambre pour jeter à la mer la

boîte de plomb contenant ses instructions secrètes. -- Il me donne

l'ordre de faire amener le pavillon. -- Transmission de l'ordre à

l'aspirant chargé de la drisse du pavillon. -- Commandement: «Bas le

feu!» -- L'équipage refuse de se rendre. J'envoie prévenir le

commandant, qui remonte, radieux, sur le pont. -- Le pavillon emporté

par un boulet. -- Le chef de timonerie Couzanet (de Nantes), en prend

un autre sur son dos, le porte au bout de la corne et le tient

lui-même déployé. -- Autres beaux faits d'armes de l'aspirant Lozach,

du canonnier Lemeur, du matelot Rouallec et d'un grand nombre

d'autres. -- Le vaisseau anglais de gauche, _le Ramilies_, s'approche

à portée de voix sans tirer. -- Son commandant, le commodore Pickmore,

se montre seul et nous parle avec son porte-voix. «Au nom de

l'humanité.» -- M. Bruillac, s'avance sous le pavillon et ordonne à

Couzanet de le jeter à la mer. -- _La Belle-Poule_ se rend au

_Ramilies_. -- L'escadre du vice-amiral Sir John Borlase Warren. --

Prisonniers. -- Rigueur de l'empereur pour les prisonniers. -- Mon

frère sain et sauf. -- La grand'chambre de _la Belle-Poule_ après le

combat.

Mémoires du Baron de Bonnefoux, Capitaine de vaisseau, 1782-1855 · 第 79 / 113 题