SOMMAIRE: False-bay et Table-bay. -- Partage de l'année entre les
coups de vent du sud-est et les coups de vent du nord-ouest. -- Nous
mouillons à False-bay. -- Excellent accueil des Hollandais. -- Nous
faisons nos approvisionnements. -- Arrivée du _Brunswick_ avec un coup
de vent du sud-est. -- Naufrage du _Brunswick_. -- Croyant la saison
des vents du sud-est commencée, nous nous hâtons de nous rendre à
Table-bay. -- Arrivée de _l'Atalante_ à Table-bay. -- La division est
assaillie par un furieux coup de vent du nord-ouest en retard sur la
saison. -- Trois bâtiments des États-Unis d'Amérique, trompés comme
nous, vont se perdre à la côte. -- _La Belle-Poule_ brise ses amarres.
-- Elle tombe sur _l'Atalante_, qu'elle entraîne. -- Le naufrage
paraît inévitable. -- Sang-froid et résignation de M. Bruillac. --
L'ancre à jet de M. Moizeau. -- _La Belle-Poule_ est sauvée. --
_L'Atalante_ échoue sur un lit de sable sans se démolir. -- On la
relève plus tard, mais ses avaries n'étant pas réparées au moment de
notre départ, nous sommes obligés de la laisser au Cap. -- _Le
Marengo_ et _la Belle-Poule_ quittent le cap de Bonne-Espérance, peu
avant la fin de l'année 1805. -- Visite de la côte occidentale
d'Afrique. -- Saint-Paul de Loanda, Saint-Philippe de Benguela,
Cabinde, Doni, l'embouchure du Zaïre ou Congo, Loango. -- Capture de
_la Ressource_ et du _Rolla_ expédiés à Table-bay. -- En allant
amariner un de ces bâtiments, _la Belle-Poule_ touche sur un banc de
sable non marqué sur nos cartes. Elle se sauve; mais ses lignes d'eau
sont faussées et sa marche considérablement ralentie. -- Relâche à
l'île portugaise du Prince. -- La division se dirige ensuite vers
l'île de Sainte-Hélène. -- But de l'amiral. -- Quinze jours sous le
vent de Sainte-Hélène. -- À notre grand étonnement, aucun navire
anglais ne se montre. -- Apparition d'un navire neutre que nous
visitons. -- Fâcheuses nouvelles. -- Prise du cap de Bonne-Espérance
par les Anglais. -- _L'Atalante_ brûlée, de Belloy tué, Fleuriau
gravement blessé. -- Le gouverneur de Sainte-Hélène averti de notre
présence probable dans ses parages. -- Tous les projets de l'amiral
Linois bouleversés par ces événements. -- Sa situation très
embarrassante. -- Le cap sur Rio-Janeiro. -- La leçon de portugais que
me donne M. Le Lièvre. -- Changement de direction. -- En route vers la
France. -- Un mois de calme sous la ligne équinoxiale. -- Vents
contraires qui nous rejettent vers l'ouest. -- Le vent devient
favorable. -- Hésitations de l'amiral. -- Où se fera l'atterrissage? À
Brest, à Lorient, à Rochefort, au Ferrol, à Cadix, à Toulon? -- État
d'esprit de l'amiral Linois. -- Son désir de se signaler par quelque
exploit avant d'arriver en France. -- Le 13 mars 1806, à deux heures
du matin, nous nous trouvons tout à coup près de neuf bâtiments. -- M.
Bruillac et l'amiral. -- Est-ce un convoi ou une escadre? -- La
lunette de nuit de M. Bruillac, les derniers rayons de la lune les
trois batteries de canons. Ordre de l'amiral d'attaquer au point du
jour. -- Dernière tentative de M. Bruillac. -- Manoeuvre du _Marengo_.
-- _La Belle-Poule_ le rallie et se place sur l'avant du vaisseau à
trois-ponts ennemi. -- Ce dernier souffre beaucoup; mais, à peine le
soleil est-il entièrement levé, que _le Marengo_ a déjà cent hommes
hors de combat. -- L'amiral Linois et son chef de pavillon, le
commandant Vrignaud, blessés. -- L'amiral reconnaît son erreur. -- Il
ordonne de battre en retraite et signale à _la Belle-Poule_ de se
sauver; le trois-ponts fortement dégréé; mais deux autres vaisseaux
anglais ne tardent pas à rejoindre _le Marengo_, qui est obligé de se
rendre à neuf heures du matin. -- L'escadre anglaise composée de sept
vaisseaux et de deux frégates. -- La frégate _l'Amazone_ nous
poursuit. -- Marche distinguée; néanmoins elle n'eût pas rejoint _la
Belle-Poule_ avant son échouage sur la côte occidentale d'Afrique. --
Combat entre _la Belle-Poule_ et _l'Amazone_. -- À dix heures et
demie, la mâture de la frégate anglaise est fort endommagée, et elle
nous abandonne; mais nous avons de notre côté des avaries. -- Deux
vaisseaux ennemis s'approchent de nous, un de chaque côté. -- Deux
coups de canon percent notre misaine. -- Gréement en lambeaux, 8 pieds
d'eau dans la cale, un canon a éclaté à notre bord et tué beaucoup de
monde. -- M. Bruillac descend dans sa chambre pour jeter à la mer la
boîte de plomb contenant ses instructions secrètes. -- Il me donne
l'ordre de faire amener le pavillon. -- Transmission de l'ordre à
l'aspirant chargé de la drisse du pavillon. -- Commandement: «Bas le
feu!» -- L'équipage refuse de se rendre. J'envoie prévenir le
commandant, qui remonte, radieux, sur le pont. -- Le pavillon emporté
par un boulet. -- Le chef de timonerie Couzanet (de Nantes), en prend
un autre sur son dos, le porte au bout de la corne et le tient
lui-même déployé. -- Autres beaux faits d'armes de l'aspirant Lozach,
du canonnier Lemeur, du matelot Rouallec et d'un grand nombre
d'autres. -- Le vaisseau anglais de gauche, _le Ramilies_, s'approche
à portée de voix sans tirer. -- Son commandant, le commodore Pickmore,
se montre seul et nous parle avec son porte-voix. «Au nom de
l'humanité.» -- M. Bruillac, s'avance sous le pavillon et ordonne à
Couzanet de le jeter à la mer. -- _La Belle-Poule_ se rend au
_Ramilies_. -- L'escadre du vice-amiral Sir John Borlase Warren. --
Prisonniers. -- Rigueur de l'empereur pour les prisonniers. -- Mon
frère sain et sauf. -- La grand'chambre de _la Belle-Poule_ après le
combat.