Qu'"il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger."

- Harpagon -

(à maître Jacques.)

Oui. Entends-tu ?

(À Valère.)

Qui est le grand homme qui a dit cela ?

- Valère -

Je ne me souviens pas maintenant de son nom.

- Harpagon -

Souviens-toi de m'écrire ces mots : je les veux faire graver en

lettres d'or sur la cheminée de ma salle.

- Valère -

Je n'y manquerai pas. Et, pour votre souper, vous n'avez qu'à me

laisser faire : je réglerai tout cela comme il faut.

- Harpagon -

Fais donc.

- Maître Jacques -

Tant mieux ! j'en aurai moins de peine.

- Harpagon -

(à Valère.)

Il faudra de ces choses dont on ne mange guère, et qui rassasient

d'abord : quelque bon haricot bien gras, avec quelque pâté en pot bien

garni de marrons.

- Valère -

Reposez-vous sur moi.

- Harpagon -

Maintenant, maître Jacques, il faut nettoyer mon carrosse.

- Maître Jacques -

Attendez. Ceci s'adresse au cocher.

(Il remet sa casaque.)

Vous dites...

- Harpagon -

Qu'il faut nettoyer mon carrosse, et tenir mes chevaux tout prêts pour

conduire à la foire...

- Maître Jacques -

Vos chevaux, Monsieur ? Ma foi ! ils ne sont point du tout en état de

marcher. Je ne vous dirai point qu'ils sont sur la litière : les

pauvres bêtes n'en ont point, et ce serait fort mal parler ; mais vous

leur faites observer des jeûnes si austères, que ce ne sont plus rien

que des idées ou des fantômes, des façons de chevaux.

- Harpagon -

Les voilà bien malades ! ils ne font rien.

- Maître Jacques -

Et, pour ne faire rien, Monsieur, est-ce qu'il ne faut rien manger ?

Il leur vaudrait bien mieux, les pauvres animaux, de travailler

beaucoup, de manger de même. Cela me fend le coeur de les voir ainsi

exténués ; car, enfin, j'ai une tendresse pour mes chevaux, qu'il me

semble que c'est moi-même, quand je les vois pâtir. Je m'ôte tous les

jours pour eux les choses de la bouche, et c'est être, Monsieur, d'un

naturel trop dur, que de n'avoir nulle pitié de son prochain.

- Harpagon -

Le travail ne sera pas grand d'aller jusqu'à la foire.

- Maître Jacques -

Non, je n'ai pas le courage de les mener ; et je ferais conscience de

leur donner des coups de fouet, en l'état où ils sont. Comment

voudriez-vous qu'ils traînassent un carrosse, qu'ils ne peuvent pas se

traîner eux-mêmes.

- Valère -

Monsieur, j'obligerai le voisin le Picard à se charger de les conduire :

aussi bien nous fera-t-il ici besoin pour apprêter le souper.

- Maître Jacques -

Soit. J'aime mieux encore qu'ils meurent sous la main d'un autre que

sous la mienne.

- Valère -

Maître Jacques fait bien le raisonnable !

- Maître Jacques -

Monsieur l'intendant fait bien le nécessaire !

- Harpagon -

Paix !

- Maître Jacques -

Monsieur, je ne saurais souffrir les flatteurs ; et je vois que ce

qu'il en fait, que ses contrôles perpétuels sur le pain et le vin, le

bois, le sel et la chandelle, ne sont rien que pour vous gratter et

vous faire sa cour. J'enrage de cela, et je suis fâché tous les jours

d'entendre ce qu'on dit de vous : car, enfin, je me sens pour vous de

la tendresse, en dépit que j'en aie ; et, après mes chevaux, vous êtes

la personne que j'aime le plus.

- Harpagon -

Pourrais-je savoir de vous, maître Jacques, ce que l'on dit de moi ?

- Maître Jacques -

Oui, monsieur, si j'étais assuré que cela ne vous fâchât point.

- Harpagon -

Non, en aucune façon.

- Maître Jacques -

Pardonnez-moi ; je sais fort bien que je vous mettrais en colère.

- Harpagon -

Point du tout ; au contraire, c'est me faire plaisir, et je suis bien

aise d'apprendre comme on parle de moi.

- Maître Jacques -

Monsieur, puisque vous le voulez, je vous dirai franchement qu'on se

moque partout de vous, qu'on nous jette de tous côtés cent brocards à

votre sujet, et que l'on n'est point plus ravi que de vous tenir au

cul et aux chausses, et de faire sans cesse des contes de votre

lésine. L'un dit que vous faites imprimer des almanachs particuliers,

où vous faites doubler les quatre-temps et les vigiles, afin de

profiter des jeûnes où vous obligez votre monde ; l'autre, que vous

avez toujours une querelle toute prête à faire à vos valets dans le

temps des étrennes ou de leur sortie d'avec vous, pour vous trouver

une raison de ne leur donner rien. Celui-là conte qu'une fois vous

fîtes assigner le chat d'un de vos voisins, pour vous avoir mangé un

reste d'un gigot de mouton ; celui-ci, que l'on vous surprit, une

nuit, en venant dérober vous-même l'avoine de vos chevaux ; et que

votre cocher, qui était celui d'avant moi, vous donna, dans

l'obscurité, je ne sais combien de coups de bâton, dont vous ne

voulûtes rien dire. Enfin, voulez-vous que je vous dise ? On ne

saurait aller nulle part où l'on ne vous entende accommoder de toutes

pièces. Vous êtes la fable et la risée de tout le monde ; et jamais on

ne parle de vous que sous les noms d'avare, de ladre, de vilain et de

fesse-mathieu.

- Harpagon -

(en battant maître Jacques.)

Vous êtes un sot, un maraud, un coquin, et un impudent.

- Maître Jacques -

Eh bien, ne l'avais-je pas deviné ? Vous ne m'avez pas voulu croire.

Je vous l'avais bien dit que je vous fâcherais de vous dire la vérité.

- Harpagon -

Apprenez à parler.

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Scène VI. - Valère, Maître Jacques.

- Valère -

(riant.)

À ce que je puis voir, maître Jacques, on paie mal votre franchise.

- Maître Jacques -

Morbleu ! Monsieur le nouveau venu, qui faites l'homme d'importance,

ce n'est pas votre affaire. Riez de vos coups de bâton quand on vous

on donnera, et ne venez point rire des miens.

- Valère -

Ah ! Monsieur maître Jacques, ne vous fâchez pas, je vous prie.

- Maître Jacques -

(à part.)

II file doux. Je veux faire le brave, et, s'il est assez sot pour me

craindre, le frotter quelque peu.

(Haut.)

Savez-vous bien, Monsieur le rieur, que je ne ris pas, moi, et que si

vous m'échauffez la tête, je vous ferai rire d'une autre sorte ?

(Maître Jacques pousse Valère jusqu'au bout du théâtre

en le menaçant.)

- Valère -

Hé ! doucement.

- Maître Jacques -

Comment, doucement ? Il ne me plaît pas, moi.

- Valère -

De grâce !

- Maître Jacques -

Vous êtes un impertinent.

- Valère -

Monsieur maître Jacques !

- Maître Jacques -

II n'y a point de monsieur maître Jacques pour un double (14). Si je

prends un bâton, je vous rosserai d'importance.

- Valère -

Comment ! un bâton ?

(Valère le fait reculer autant qu'il l'a fait.)

- Maître Jacques -

Hé ! je ne parle pas de cela.

- Valère -

Savez-vous bien, Monsieur le fat, que je suis homme à vous rosser

vous-même ?

- Maître Jacques -

Je n'en doute pas.

- Valère -

Que vous n'êtes, pour tout potage, qu'un faquin de cuisinier ?

- Maître Jacques -

Je le sais bien.

- Valère -

Et que vous ne me connaissez pas encore ?

- Maître Jacques -

Pardonnez-moi.

- Valère -

Vous me rosserez, dites-vous ?

- Maître Jacques -

Je le disais en raillant.

- Valère -

Et moi, je ne prends point de goût à votre raillerie.

(Donnant des coups de bâton à maître Jacques.)

Apprenez que vous êtes un mauvais railleur.

- Maître Jacques -

(seul.)

Peste soit la sincérité ! c'est un mauvais métier : désormais j'y

renonce, et je ne veux plus dire vrai. Passe encore pour mon maître,

il a quelque droit de me battre ; mais, pour ce monsieur l'intendant,

je m'en vengerai si je le puis.

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Scène VII. - Mariane, Frosine, Maître Jacques.

- Frosine -

Savez-vous, maître Jacques, si votre maître est au logis ?

- Maître Jacques -

Oui, vraiment il y est : je ne le sais que trop.

- Frosine -

Dites-lui, je vous prie, que nous sommes ici.

- Maître Jacques -

Ah ! nous voilà pas mal !

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Scène VIII. - Mariane, Frosine.

- Mariane -

Ah ! que je suis, Frosine, dans un étrange état ! et, s'il faut dire

ce que je sens, que j'appréhende cette vue !

- Frosine -

Mais pourquoi, et quelle est votre inquiétude ?

- Mariane -

Hélas ! me le demandez-vous ? et ne vous figurez-vous point les

alarmes d'une personne toute prête à voir le supplice où l'on veut

l'attacher ?

- Frosine -

Je vois bien que, pour mourir agréablement, Harpagon n'est pas le

supplice que vous voudriez embrasser ; et je connais, à votre mine,

que le jeune blondin dont vous m'avez parlé vous revient un peu dans

l'esprit.

- Mariane -

Oui. C'est une chose, Frosine, dont je ne veux pas me défendre ; et

les visites respectueuses qu'il a rendues chez nous ont fait, je vous

l'avoue, quelque effet dans mon âme.

- Frosine -

Mais avez-vous su quel il est ?

- Mariane -

Non, je ne sais point quel il est. Mais je sais qu'il est fait d'un

air à se faire aimer ; que, si l'on pouvait mettre les choses à mon

choix, je le prendrais plutôt qu'un autre, et qu'il ne contribue pas

peu à me faire trouver un tourment effroyable dans l'époux qu'on veut

me donner.

- Frosine -

Mon Dieu, tous ces blondins sont agréables, et débitent fort bien leur

fait ; mais la plupart sont gueux comme des rats : il vaut mieux, pour

vous, de prendre un vieux mari qui vous donne beaucoup de bien. Je

vous avoue que les sens ne trouvent pas si bien leur compte du côté

que je dis, et qu'il y a quelques petits dégoûts à essuyer avec un tel

époux ; mais cela n'est pas pour durer ; et sa mort, croyez-moi, vous

mettra bientôt en état d'en prendre un plus aimable, qui réparera

toutes choses.

- Mariane -

Mon Dieu ! Frosine, c'est une étrange affaire, lorsque pour être

heureuse, il faut souhaiter ou attendre le trépas de quelqu'un ; et la

mort ne suit pas tous les projets que nous faisons.

- Frosine -

Vous moquez-vous ? Vous ne l'épousez qu'aux conditions de vous laisser

veuve bientôt ; et ce doit être là un des articles du contrat. Il

serait bien impertinent de ne pas mourir dans trois mois ! Le voici

en propre personne.

- Mariane -

Ah ! Frosine, quelle figure !

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Scène IX. - Harpagon, Mariane, Frosine.

- Harpagon -

(à Mariane.)

Ne vous offensez pas, ma belle, si je viens à vous avec des

lunettes. Je sais que vos appas frappent assez les yeux, sont assez

visibles d'eux-mêmes, et qu'il n'est pas besoin de lunettes pour les

apercevoir ; mais enfin, c'est avec des lunettes qu'on observe les

astres, et je maintiens et garantis que vous êtes un astre, mais un

astre, le plus bel astre qui soit dans le pays des astres. Frosine,

elle ne répond mot et ne témoigne, ce me semble, aucune joie de me

voir.

- Frosine -

C'est qu'elle est encore toute surprise ; et, puis les filles

ont toujours honte à témoigner d'abord ce qu'elles ont dans l'âme.

- Harpagon -

(à Frosine.)

Tu as raison.

(A Mariane.)

Voilà, belle mignonne, ma fille qui vient vous saluer.

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Scène X. - Harpagon, Élise, Mariane, Frosine.

- Mariane -

Je m'acquitte bien tard, Madame, d'une telle visite.

- Élise -

Vous avez fait, Madame, ce que je devais faire, et c'était à moi de

vous prévenir.

- Harpagon -

Vous voyez qu'elle est grande ; mais mauvaise herbe croît toujours.

- Mariane -

(bas, à Frosine.)

Oh ! l'homme déplaisant !

- Harpagon -

(bas, à Frosine.)

Que dit la belle ?

- Frosine -

Qu'elle vous trouve admirable.

- Harpagon -

C'est trop d'honneur que vous me faites, adorable mignonne.

- Mariane -

(à part.)

Quel animal !

- Harpagon -

Je vous suis trop obligé de ces sentiments.

- Mariane -

(à part.)

Je n'y puis plus tenir.

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Scène XI. - Harpagon, Mariane, Élise, Cléante, Valère, Frosine,

Brindavoine.

- Harpagon -

Voici mon fils aussi qui vous vient faire la révérence.

- Mariane -

(bas, à Frosine.)

Ah ! Frosine, quelle rencontre ! C'est justement celui dont je t'ai

parlé.

- Frosine -

(à Mariane.)

L'aventure est merveilleuse.

- Harpagon -

Je vois que vous vous étonnez de me voir de si grands enfants ; mais

je serai bientôt défait et de l'un et de l'autre.

- Cléante -

(à Mariane.)

Madame, à vous dire le vrai, c'est ici une aventure où, sans doute, je

ne m'attendais pas ; et mon père ne m'a pas peu surpris lorsqu'il m'a

dit tantôt le dessein qu'il avait formé.

- Mariane -

Je puis dire la même chose. C'est une rencontre imprévue, qui m'a

surprise autant que vous ; et je n'étais point préparée à une pareille

aventure.

- Cléante -

Il est vrai que mon père, Madame, ne peut pas faire un plus beau

choix, et que ce m'est une sensible joie que l'honneur de vous voir ;

mais, avec tout cela, je ne vous assurerai point que je me réjouis du

dessein où vous pourriez être de devenir ma belle-mère. Le compliment,

je vous l'avoue, est trop difficile pour moi, et c'est un titre, s'il

vous plaît, que je ne vous souhaite point. Ce discours paraîtra brutal

aux yeux de quelques-uns ; mais je suis assuré que vous serez personne

à le prendre comme il faudra ; que c'est un mariage, Madame, où vous

vous imaginez bien que je dois avoir de la répugnance ; que vous

n'ignorez pas, sachant ce que je suis, comme il choque mes intérêts,

et que vous voulez bien enfin que je vous dise, avec la permission de

mon père, que, si les choses dépendaient de moi, cet hymen ne se

ferait point.

- Harpagon -

Voilà un compliment bien impertinent ! Quelle belle confession à lui

faire !

- Mariane -

Et moi, pour vous répondre, j'ai à vous dire que les choses sont fort

égales ; et que si vous auriez de la répugnance à me voir votre

belle-mère, je n'en aurais pas moins, sans doute, à vous voir mon

beau-fils. Ne croyez pas, je vous prie, que ce soit moi qui cherche à

vous donner cette inquiétude. Je serais fort fâchée de vous causer du

déplaisir ; et si je ne m'y vois forcée par une puissance absolue, je

vous donne ma parole que je ne consentirai point au mariage qui vous

chagrine.

- Harpagon -

Elle a raison. A sot compliment, il faut une réponse de même. Je vous

demande pardon, ma belle, de l'impertinence de mon fils : c'est un

jeune sot qui ne sait pas encore la conséquence des paroles qu'il dit.

- Mariane -

Je vous promets que ce qu'il m'a dit ne m'a point du tout offensée ;

au contraire, il m'a fait plaisir de m'expliquer ainsi ses véritables

sentiments. J'aime de lui un aveu de la sorte ; et s'il avait parlé

d'autre façon, je l'en estimerais bien moins.

- Harpagon -

C'est beaucoup de bonté à vous de vouloir ainsi excuser ses fautes.

Le temps le rendra plus sage, et vous verrez qu'il changera de

sentiments.

- Cléante -

Non, mon père, je ne suis pas capable d'en changer, et je prie

instamment Madame de le croire.

- Harpagon -

Mais voyez quelle extravagance ! il continue encore plus fort.

- Cléante -

Voulez-vous que je trahisse mon coeur ?

- Harpagon -

Encore ! Avez-vous envie de changer de discours ?

- Cléante -

Eh bien, puisque vous voulez que je parle d'autre façon, souffrez,

Madame, que je me mette ici à la place de mon père, et que je vous

avoue que je n'ai rien vu dans le monde de si charmant que vous ; que

je ne conçois rien d'égal au bonheur de vous plaire, et que le titre

de votre époux est une gloire, une félicité que je préférerais aux

destinées des plus grands princes de la terre. Oui, Madame, le bonheur

de vous posséder est, à mes regards, la plus belle de toutes les

fortunes ; c'est où j'attache toute mon ambition. Il n'y a rien que je

ne sois capable de faire pour une conquête si précieuse ; et les

obstacles les plus puissants...

- Harpagon -

Doucement, mon fils, s'il vous plaît.

- Cléante -

C'est un compliment que je fais pour vous à Madame.

- Harpagon -

Mon Dieu, j'ai une langue pour m'expliquer moi-même, et je n'ai pas

besoin d'un interprète comme vous. Allons, donnez des sièges.

- Frosine -

Non ; il vaut mieux que de ce pas nous allions à la foire, afin d'en

revenir plus tôt et d'avoir tout le temps ensuite de nous entretenir.

- Harpagon -

(à Brindavoine.)

Qu'on mette donc les chevaux au carrosse.

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Scène XII. - Harpagon, Mariane, Élise, Cléante, Valère, Frosine.

- Harpagon -

(à Mariane.)

Je vous prie de m'excuser, ma belle, si je n'ai pas songé a vous

donner un peu de collation avant que de partir.

- Cléante -

J'y ai pourvu, mon père, et j'ai fait apporter ici quelques bassins

d'oranges de la Chine, de citrons doux, et de confitures, que j'ai

envoyé quérir de votre part.

- Harpagon -

(bas, à Valère.)

Valère !

- Valère -

(à Harpagon.)

Il a perdu le sens.

- Cléante -

Est-ce que vous trouvez, mon père, que ce ne soit pas assez ? Madame

aura la bonté d'excuser cela, s'il vous plaît.

- Mariane -

C'est une chose qui n'était pas nécessaire.

- Cléante -

Avez-vous jamais vu, madame, un diamant plus vif que celui que vous

voyez que mon père a au doigt ?

- Mariane -

Il est vrai qu'il brille beaucoup.

- Cléante -

(ôtant du doigt de son père le diamant, et le donnant à Mariane)

Il faut que vous le voyiez de près.

- Mariane -

Il est fort beau, sans doute, et jette quantité de feux.

- Cléante -

(se mettant au-devant de Mariane, qui veut rendre le diamant.)

Nenni. Madame, il est en de trop belles mains. C'est un présent que

mon père vous fait.

- Harpagon -

Moi !

- Cléante -

N'est-il pas vrai, mon père, que vous voulez que Madame le garde pour

l'amour de vous ?

- Harpagon -

(bas, à son fils.)

Comment ?

- Cléante -

(à Mariane.)

Belle demande ! Il me fait signe de vous le faire accepter.

- Mariane -

Je ne veux point...

- Cléante -

(à Mariane.)

Vous moquez-vous ? Il n'a garde de le reprendre.

- Harpagon -

(à part.)

J'enrage !

- Mariane -

Ce serait...

- Cléante -

(empêchant toujours Mariane de rendre la bague.)

Non, vous dis-je, c'est l'offenser.

- Mariane -

De grâce...

- Cléante -

Point du tout.

- Harpagon -

(à part.)

Peste soit...

- Cléante -

Le voilà qui se scandalise de votre refus.

- Harpagon -

(bas, à son fils.)

Ah ! traître !

- Cléante -

(à Mariane.)

Vous voyez qu'il se désespère.

- Harpagon -

(bas, à son fils, en le menaçant.)

Bourreau que tu es !

- Cléante -

Mon père, ce n'est pas ma faute. Je fais ce que je puis pour l'obliger

à la garder ; mais elle est obstinée.

- Harpagon -

(bas, à son fils en le menaçant.)

Pendard !

- Cléante -

Vous êtes cause, Madame, que mon père me querelle.

- Harpagon -

(bas, à son fils, avec les mêmes gestes.)

Le coquin !

- Cléante -

Vous le ferez tomber malade. De grâce, Madame, ne résistez point

davantage.

- Frosine -

(à Mariane.)

Mon Dieu ! que de façons ! Gardez la bague, puisque monsieur le veut.

- Mariane -

(à Harpagon.)

Pour ne vous point mettre en colère, je la garde maintenant, et je

prendrai un autre temps pour vous la rendre.

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Scène XIII. - Harpagon, Mariane, Élise, Cléante, Valère, Frosine,

Brindavoine.

- Brindavoine -

Monsieur, il y a là un homme qui veut vous parler.

- Harpagon -

Dis-lui que je suis empêché, et qu'il revienne une autre fois.

- Brindavoine -

Il dit qu'il vous apporte de l'argent.

- Harpagon -

Je vous demande pardon. Je reviens tout à l'heure.

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Scène XIV. - Harpagon, Mariane, Élise, Cléante, Valère, Frosine,

La Merluche.

- La Merluche -

(courant et faisant tomber Harpagon.)

Monsieur...

- Harpagon -

Ah ! je suis mort.

- Cléante -

Qu'est-ce, mon père ? Vous êtes-vous fait mal ?

- Harpagon -

Le traître assurément a reçu de l'argent de mes débiteurs pour me

faire rompre le cou.

- Valère -

(à Harpagon.)

Cela ne sera rien.

- La Merluche -

(à Harpagon.)

Monsieur, je vous demande pardon ; je croyais bien faire d'accourir

vite.

- Harpagon -

Que viens-tu faire ici, bourreau ?

- La Merluche -

Vous dire que vos deux chevaux sont déferrés.

- Harpagon -

Qu'on les mène promptement chez le maréchal.

- Cléante -

En attendant qu'ils soient ferrés, je vais faire pour vous, mon père,

les honneurs de votre logis, et conduire madame dans le jardin où je

ferai porter la collation.

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Scène XV. - Harpagon, Valère.

- Harpagon -

Valère, aie un peu l'oeil à tout cela, et prends soin, je te prie, de

m'en sauver le plus que tu pourras, pour le renvoyer au marchand.

- Valère -

C'est assez.

- Harpagon -

(seul.)

Ô fils impertinent ! as-tu envie de me ruiner ?

ACTE QUATRIÈME.

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Scène première. - Cléante, Mariane, Élise, Frosine.

- Cléante -

Rentrons ici ; nous serons beaucoup mieux. Il n'y a plus autour de

nous personne de suspect, et nous pouvons parler librement.

- Élise -

Oui, Madame, mon frère m'a fait confidence de la passion qu'il a pour

vous. Je sais les chagrins et les déplaisirs que sont capables de

causer de pareilles traverses ; et c'est, je vous assure, avec une

tendresse extrême, que je m'intéresse à votre aventure.

- Mariane -

C'est une douce consolation que de voir dans ses intérêts une personne

comme vous ; et je vous conjure, Madame, de me garder toujours cette

généreuse amitié, si capable de m'adoucir les cruautés de la fortune.

- Frosine -

Vous êtes, par ma foi, de malheureuses gens l'un et l'autre, de ne

m'avoir point, avant tout ceci, avertie de votre affaire. Je vous

aurais, sans doute, détourné cette inquiétude, et n'aurais point amené

les choses où l'on voit qu'elles sont.

- Cléante -

Que veux-tu ? c'est ma mauvaise destinée qui l'a voulu ainsi. Mais,

belle Mariane, quelles résolutions sont les vôtres ?

- Mariane -

Hélas ! suis-je en pouvoir de faire des résolutions ? et, dans

la dépendance où je me vois, puis-je former que des souhaits ?

- Cléante -

Point d'autre appui pour moi dans votre coeur que de simples souhaits ?

Point de pitié officieuse ? Point de secourable bonté ? Point

d'affection agissante ?

- Mariane -

Que saurais-je vous dire ? Mettez-vous en ma place, et voyez ce que je

puis faire. Avisez, ordonnez vous-même : je m'en remets à vous, et je

vous crois trop raisonnable pour vouloir exiger de moi que ce qui peut

m'être permis par l'honneur et la bienséance.

- Cléante -

Hélas ! où me réduisez-vous que de me renvoyer à ce que voudront me

permettre les fâcheux sentiments d'un rigoureux honneur et d'une

scrupuleuse bienséance ?

- Mariane -

Mais que voulez-vous que je fasse ? Quand je pourrais passer sur

quantité d'égards où notre sexe est obligé, j'ai de la considération

pour ma mère. Elle m'a toujours élevée avec une tendresse extrême, et

je ne saurais me résoudre à lui donner du déplaisir. Faites, agissez

auprès d'elle ; employez tous vos soins à gagner son esprit. Vous

pouvez faire et dire tout ce que vous voudrez ; je vous en donne la

licence ; et, s'il ne tient qu'à me déclarer en votre faveur, je veux

bien consentir à lui faire un aveu, moi-même, de tout ce que je sens

pour vous.

- Cléante -

Frosine, ma pauvre Frosine, voudrais-tu nous servir ?

- Frosine -

Par ma foi, faut-il le demander ? Je le voudrais de tout mon coeur.

Vous savez que, de mon naturel, je suis assez humaine. Le ciel ne m'a

point fait l'âme de bronze, et je n'ai que trop de tendresse à rendre

de petits services, quand je vois des gens qui s'entr'aiment en tout

bien et en tout honneur. Que pourrions-nous faire à ceci ?

- Cléante -

Songe un peu, je te prie.

- Mariane -

Ouvre-nous des lumières.

- Élise -

Trouve quelque invention pour rompre ce que tu as fait.

- Frosine -

Ceci est assez difficile.

(À Mariane.)

Pour votre mère, elle n'est pas tout à fait déraisonnable, et peut-être

pourrait-on la gagner et la résoudre à transporter au fils le don

qu'elle veut faire au père.

(À Cléante.)

Mais le mal que j'y trouve, c'est que votre père est votre père.

- Cléante -

Cela s'entend.

- Frosine -

Je veux dire qu'il conservera du dépit si l'on montre qu'on le refuse,

et qu'il ne sera point d'humeur ensuite à donner son consentement à

votre mariage. Il faudrait, pour bien faire, que le refus vînt de

lui-même, et tâcher, par quelque moyen, de le dégoûter de votre personne.

- Cléante -

Tu as raison.

- Frosine -

Oui, j'ai raison, je le sais bien. C'est là ce qu'il faudrait ; mais

le diantre (15) est d'en pouvoir trouver les moyens. Attendez : si

nous avions quelque femme un peu sur l'âge qui fût de mon talent, et

jouât assez bien pour contrefaire une dame de qualité, par le moyen

d'un train fait à la hâte, et d'un bizarre nom de marquise ou de

vicomtesse que nous supposerions de la Basse-Bretagne, j'aurais assez

d'adresse pour faire accroire à votre père que ce serait une personne

riche, outre ses maisons, de cent mille écus en argent comptant ;

qu'elle serait éperdument amoureuse de lui et souhaiterait de se voir

sa femme, jusqu'à lui donner tout son bien par contrat de mariage ; et

je ne doute point qu'il ne prêtât l'oreille à la proposition. Car

enfin il vous aime fort, je le sais, mais il aime un peu plus l'argent ;

et quand, ébloui de ce leurre, il aurait une fois consenti à ce qui

vous touche, il importerait peu ensuite qu'il se désabusât, en venant

à vouloir voir clair aux effets de notre marquise.

- Cléante -

Tout cela est fort bien pensé.

- Frosine -

Laissez-moi faire. Je viens de me ressouvenir d'une de mes amies qui

sera notre fait.

- Cléante -

Sois assurée, Frosine, de ma reconnaissance, si tu viens à bout de la

chose. Mais, charmante Mariane, commençons, je vous prie, par gagner

votre mère ; c'est toujours beaucoup faire que de rompre ce mariage.

Faites-y de votre part, je vous en conjure, tous les efforts qu'il

vous sera possible. Servez-vous de tout le pouvoir que vous donne sur

elle cette amitié qu'elle a pour vous. Déployez sans réserve les

grâces éloquentes, les charmes tout-puissants que le ciel a placés

dans vos yeux et dans votre bouche ; et n'oubliez rien, s'il vous

plaît, de ces tendres paroles, de ces douces prières et de ces

caresses touchantes à qui je suis persuadé qu'on ne saurait rien

refuser.

- Mariane -

J'y ferai tout ce que je puis, et n'oublierai aucune chose.

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Scène II. - Harpagon, Cléante, Mariane, Élise, Frosine.

- Harpagon -

(à part, sans être aperçu.)

Ouais ! mon fils baise la main de sa prétendue belle-mère ; et sa

prétendue belle-mère ne s'en défend pas fort ! Y aurait-il quelque

mystère là-dessous ?

- Élise -

Voilà mon père.

- Harpagon -

Le carrosse est tout prêt ; vous pouvez partir quand il vous plaira.

- Cléante -

Puisque vous n'y allez pas, mon père, je m'en vais les conduire.

- Harpagon -

Non : demeurez. Elles iront bien toutes seules, et j'ai besoin de vous.

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Scène III. - Harpagon, Cléante.

- Harpagon -

Oh çà, intérêt de belle-mère à part, que te semble, à toi, de cette

personne ?

- Cléante -

Ce qui m'en semble ?

- Harpagon -

Oui de son air, de sa taille, de sa beauté, de son esprit.

- Cléante -

Là, là !

- Harpagon -

Mais encore ?

- Cléante -

A vous en parler franchement, je ne l'ai pas trouvée ici ce que je

l'avais crue. Son air est de franche coquette, sa taille est assez

gauche, sa beauté très médiocre, et son esprit des plus communs. Ne

croyez pas que ce soit, mon père, pour vous en dégoûter ; car,

belle-mère pour belle-mère, j'aime autant celle-là qu'une autre.

- Harpagon -

Tu lui disais tantôt pourtant...

- Cléante -

Je lui ai dit quelques douceurs en votre nom, mais c'était pour vous

plaire.

- Harpagon -

Si bien donc que tu n'aurais pas d'inclination pour elle ?

- Cléante -

Moi ? point du tout.

- Harpagon -

J'en suis fâché, car cela rompt une pensée qui m'était venue dans

l'esprit. J'ai fait, en la voyant ici, réflexion sur mon âge ; et j'ai

songé qu'on pourra trouver à redire de me voir marier à une si jeune

personne. Cette considération m'en faisait quitter le dessein ; et

comme je l'ai fait demander, et que je suis pour elle engagé de parole,

je te l'aurais donnée, sans l'aversion que tu témoignes.

- Cléante -

A moi ?

- Harpagon -

A toi.

- Cléante -

En mariage ?

- Harpagon -

En mariage.

- Cléante -

Ecoutez. Il est vrai qu'elle n'est pas fort à mon goût ; mais, pour

vous faire plaisir, mon père, je me résoudrai à l'épouser, si vous

voulez.

- Harpagon -

Moi, je suis plus raisonnable que tu ne penses. Je ne veux point

forcer ton inclination.

- Cléante -

Pardonnez-moi ; je me ferai cet effort pour l'amour de vous.

- Harpagon -

Non, non. Un mariage ne saurait être heureux où l'inclination n'est

pas.

- Cléante -

C'est une chose, mon père, qui peut-être viendra ensuite ; et l'on dit

que l'amour est souvent un fruit du mariage.

- Harpagon -

Non. Du côté de l'homme, on ne doit point risquer l'affaire ; et ce sont

des suites fâcheuses, où je n'ai garde de me commettre. Si tu avais

senti quelque inclination pour elle, à la bonne heure ; je te l'aurais

fait épouser au lieu de moi ; mais, cela n'étant pas, je suivrai mon

premier dessein, et je l'épouserai moi-même.

- Cléante -

Eh bien ! mon père, puisque les choses sont ainsi, il faut vous

découvrir mon coeur ; il faut vous révéler notre secret. La vérité est

que je l'aime depuis un jour que je la vis dans une promenade ; que mon

dessein était tantôt de vous la demander pour femme ; et que rien ne

m'a retenu que la déclaration de vos sentiments, et la crainte de vous

déplaire.

- Harpagon -

Lui avez-vous rendu visite ?

- Cléante -

Oui, mon père.

- Harpagon -

Beaucoup de fois ?

- Cléante -

Assez pour le temps qu'il y a.

- Harpagon -

Vous a-t-on bien reçu ?

- Cléante -

Fort bien, mais sans savoir qui j'étais ; et c'est ce qui a fait tantôt

la surprise de Mariane.

- Harpagon -

Lui avez-vous déclaré votre passion et le dessein où vous étiez de

l'épouser ?

- Cléante -

Sans doute, et même j'en avais fait à sa mère quelque peu d'ouverture.

- Harpagon -

A-t-elle écouté, pour sa fille, votre proposition ?

- Cléante -

Oui, fort civilement.

- Harpagon -

Et la fille correspond-elle fort à votre amour ?

- Cléante -

Si j'en dois croire les apparences, je me persuade, mon père, qu'elle

a quelque bonté pour moi.

- Harpagon -

(bas, à part.)

Je suis bien aise d'avoir appris un tel secret ; et voilà justement ce

que je demandais.

(Haut.)

Or sus, mon fils, savez-vous ce qu'il y a ? C'est qu'il faut songer,

s'il vous plaît, à vous défaire de votre amour, à cesser toutes vos

poursuites auprès d'une personne que je prétends pour moi, et à vous

marier dans peu avec celle qu'on vous destine.

- Cléante -

Oui, mon père ; c'est ainsi que vous me jouez ! Eh bien ! puisque les

choses en sont venues là, je vous déclare, moi, que je ne quitterai

point la passion que j'ai pour Mariane ; qu'il n'y a point d'extrémité

où je ne m'abandonne pour vous disputer sa conquête, et que si vous

avez pour vous le consentement d'une mère, j'aurai d'autres secours,

peut-être, qui combattront pour moi.

- Harpagon -

Comment, pendard ! tu as l'audace d'aller sur mes brisées !

- Cléante -

C'est vous qui allez sur les miennes, et je suis le premier en date.

- Harpagon -

Ne suis-je pas ton père ? et ne me dois-tu pas respect ?

- Cléante -

Ce ne sont point ici des choses où les enfants soient obligés de

déférer aux pères, et l'amour ne connaît personne.

- Harpagon -

Je te ferai bien me connaître avec de bons coups de bâton.

- Cléante -

Toutes vos menaces ne feront rien.

- Harpagon -

Tu renonceras à Mariane.

- Cléante -

Point du tout.

- Harpagon -

Donnez-moi un bâton tout à l'heure.

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Scène IV. - Harpagon, Cléante, Maître Jacques.

- Maître Jacques -

Hé ! hé ! hé ! Messieurs, qu'est-ce ci ? à quoi songez-vous ?

- Cléante -

Je me moque de cela.

- Maître Jacques -

(à Cléante.)

Ah ! Monsieur, doucement.

- Harpagon -

Me parler avec cette impudence !

- Maître Jacques -

(à Harpagon.)

Ah ! monsieur, de grâce !

- Cléante -

Je n'en démordrai point.

- Maître Jacques -

(à Cléante.)

Hé quoi ! à votre père ?

- Harpagon -

Laisse-moi faire.

- Maître Jacques -

(à Harpagon.)

Hé quoi ! à votre fils ? Encore passe pour moi.

- Harpagon -

Je te veux faire toi-même, maître Jacques, juge de cette affaire, pour

montrer comme j'ai raison.

- Maître Jacques -

J'y consens.

(A Cléante.)

Eloignez-vous un peu.

- Harpagon -

J'aime une fille que je veux épouser ; et le pendard a l'insolence de

l'aimer avec moi, et d'y prétendre malgré mes ordres.

- Maître Jacques -

Ah ! il a tort.

- Harpagon -

N'est-ce pas une chose épouvantable, qu'un fils qui veut entrer en

concurrence avec son père ? et ne doit-il pas, par respect, s'abstenir

de toucher à mes inclinations ?

- Maître Jacques -

Vous avez raison. Laissez-moi lui parler, et demeurez là.

- Cléante -

(à maître Jacques, qui s'approche de lui.)

Eh bien, oui, puisqu'il veut te choisir pour juge, je n'y recule point ;

il ne m'importe qui ce soit ; et je veux bien aussi me rapporter à toi,

maître Jacques, de notre différend.

- Maître Jacques -

C'est beaucoup d'honneur que vous me faites.

- Cléante -

Je suis épris d'une jeune personne qui répond à mes voeux et reçoit

tendrement les offres de ma foi, et mon père s'avise de venir troubler

notre amour, par la demande qu'il en fait faire.

- Maître Jacques -

Il a tort assurément.

- Cléante -

N'a-t-il point de honte, à son âge, de songer à se marier ? Lui

sied-il bien d'être encore amoureux ? et ne devrait-il pas laisser

cette occupation aux jeunes gens ?

- Maître Jacques -

Vous avez raison, il se moque. Laissez-moi lui dire deux mots.

(À Harpagon.)

Eh bien ! votre fils n'est pas si étrange que vous le dites, et il se

met à la raison. Il dit qu'il sait le respect qu'il vous doit ; qu'il

ne s'est emporté que dans la première chaleur, et qu'il ne fera point

refus de se soumettre à ce qu'il vous plaira, pourvu que vous vouliez

le traiter mieux que vous ne faites, et lui donner quelque personne en

mariage, dont il ait lieu d'être content.

- Harpagon -

Ah ! dis-lui, maître Jacques, que moyennant cela, il pourra espérer

toutes choses de moi, et que, hors Mariane, je lui laisse la liberté

de choisir celle qu'il voudra.

- Maître Jacques -

Laissez-moi faire.

(À Cléante.)

Eh bien ! votre père n'est pas si déraisonnable que vous le faites, et

il m'a témoigné que ce sont vos emportements qui l'ont mis en colère ;

qu'il n'en veut seulement qu'à votre manière d'agir, et qu'il sera

fort disposé à vous accorder ce que vous souhaitez, pourvu que vous

vouliez vous y prendre par la douceur, et lui rendre les déférences,

les respects et les soumissions qu'un fils doit à son père.

- Cléante -

Ah ! maître Jacques, tu lui peux assurer que, s'il m'accorde Mariane,

il me verra toujours le plus soumis de tous les hommes, et que jamais

je ne ferai aucune chose que par ses volontés.

- Maître Jacques -

(à Harpagon.)

Cela est fait. Il consent ce que vous dites.

- Harpagon -

Voilà qui va le mieux du monde.

- Maître Jacques -

(à Cléante.)

Tout est conclu ; il est content de vos promesses.

- Cléante -

Le ciel en soit loué !

- Maître Jacques -

Messieurs, vous n'avez qu'à parler ensemble ; vous voilà d'accord

maintenant ; et vous alliez vous quereller, faute de vous entendre.

- Cléante -

Mon pauvre maître Jacques, je te serai obligé toute ma vie.

- Maître Jacques -

Il n'y a pas de quoi, monsieur.

- Harpagon -

Tu m'as fait plaisir, maître Jacques ; et cela mérite une

récompense.

(Harpagon fouille dans sa poche ; maître Jacques tend la main ;

mais Harpagon ne tire que son mouchoir, en disant :)

Va, je m'en souviendrai, je t'assure.

- Maître Jacques -

Je vous baise les mains.

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Scène V. - Harpagon, Cléante.

- Cléante -

Je vous demande pardon, mon père, de l'emportement que j'ai fait

paraître.

- Harpagon -

Cela n'est rien.

- Cléante -

Je vous assure que j'en ai tous les regrets du monde.

- Harpagon -

Et moi, j'ai toutes les joies du monde de te voir raisonnable.

- Cléante -

Quelle bonté à vous d'oublier si vite ma faute !

- Harpagon -

On oublie aisément les fautes des enfants lorsqu'ils rentrent dans

leur devoir.

- Cléante -

Quoi ! ne garder aucun ressentiment de toutes mes extravagances ?

- Harpagon -

C'est une chose où tu m'obliges, par la soumission et le respect où tu

te ranges.

- Cléante -

Je vous promets, mon père, que jusques au tombeau je conserverai dans

mon coeur le souvenir de vos bontés.

- Harpagon -

Et moi, je te promets qu'il n'y aura aucune chose que tu n'obtiennes

de moi.

- Cléante -

Ah ! mon père, je ne vous demande plus rien ; et c'est m'avoir assez

donné que de me donner Mariane.

- Harpagon -

Comment ?

- Cléante -

Je dis, mon père, que je suis trop content de vous, et que je trouve

toutes choses dans la bonté que vous ayez de m'accorder Mariane.

- Harpagon -

Qui est-ce qui parle de t'accorder Mariane ?

- Cléante -

Vous, mon père.

- Harpagon -

Moi ?

- Cléante -

Sans doute.

- Harpagon -

Comment ! c'est toi qui as promis d'y renoncer.

- Cléante -

Moi, y renoncer ?

- Harpagon -

Oui.

- Cléante -

Point du tout.

- Harpagon -

Tu ne t'es pas départi d'y prétendre ?

- Cléante -

Au contraire, j'y suis porté plus que jamais.

- Harpagon -

Quoi, pendard ! derechef ?

- Cléante -

Rien ne peut me changer.

- Harpagon -

Laisse-moi faire, traître.

- Cléante -

Faites tout ce qu'il vous plaira.

- Harpagon -

Je te défends de me jamais voir.

- Cléante -

A la bonne heure.

- Harpagon -

Je t'abandonne.

- Cléante -

Abandonnez.

- Harpagon -

Je te renonce pour mon fils.

- Cléante -

Soit.

- Harpagon -

Je te déshérite.

- Cléante -

Tout ce que vous voudrez.

- Harpagon -

Et je te donne ma malédiction.

- Cléante -

Je n'ai que faire de vos dons.

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Scène VI. - Cléante, La Flèche.

- La Flèche -

(sortant du jardin avec une cassette.)

Ah ! Monsieur, que je vous trouve à propos ! Suivez-moi vite.

- Cléante -

Qu'y a-t-il ?

- La Flèche -

Suivez-moi, vous dis-je ; nous sommes bien.

- Cléante -

Comment ?

- La Flèche -

Voici votre affaire.

- Cléante -

Quoi ?

- La Flèche -

J'ai guigné ceci tout le jour.

- Cléante -

Qu'est-ce que c'est ?

- La Flèche -

Le trésor de votre père, que j'ai attrapé.

- Cléante -

Comment as-tu fait ?

- La Flèche -

Vous saurez tout. Sauvons-nous ; je l'entends crier.

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Scène VII. - Harpagon.

- Harpagon -

(criant au voleur dès le jardin, et venant sans chapeau.)

Au voleur ! au voleur ! à l'assassin ! au meurtrier ! Justice, juste

ciel ! Je suis perdu, je suis assassiné ; on m'a coupé la gorge : on

m'a dérobé mon argent. Qui peut-ce être ? Qu'est-il devenu ? Où

est-il ? Où se cache-t-il ? Que ferai-je pour le trouver ? Où courir ?

Où ne pas courir ? N'est-il point là ? n'est-il point ici ? Qui

est-ce ? Arrête.

(À lui-même, se prenant par le bras.)

Rends-moi mon argent, coquin... Ah ! c'est moi ! Mon esprit est

troublé, et j'ignore où je suis, qui je suis, et ce que je fais.

Hélas ! mon pauvre argent ! mon pauvre argent ! mon cher ami !

on m'a privé de toi ; et puisque tu m'es enlevé, j'ai perdu mon

support, ma consolation, ma joie : tout est fini pour moi, et

je n'ai plus que faire au monde. Sans toi, il m'est impossible

de vivre. C'en est fait ; je n'en puis plus ; je me meurs ; je

suis mort ; je suis enterré. N'y a-t-il personne qui veuille me

ressusciter, en me rendant mon cher argent, ou en m'apprenant qui

l'a pris. Euh ! que dites-vous ? Ce n'est personne. Il faut, qui

que ce soit qui ait fait le coup, qu'avec beaucoup de soin on ait

épié l'heure ; et l'on a choisi justement le temps que je parlais

à mon traître de fils. Sortons. Je veux aller quérir la justice,

et faire donner la question à toute ma maison ; à servantes, à

valets, à fils, à fille, et à moi aussi. Que de gens assemblés !

Je ne jette mes regards sur personne qui ne me donne des soupçons,

et tout me semble mon voleur. Hé ! de quoi est-ce qu'on parle là ?

de celui qui m'a dérobé ? Quel bruit fait-on là-haut ? Est-ce mon

voleur qui y est ? De grâce, si l'on sait des nouvelles de mon

voleur, je supplie que l'on m'en dise. N'est-il point caché là

parmi vous ? Ils me regardent tous, et se mettent à rire. Vous

verrez qu'ils ont part, sans doute, au vol que l'on m'a fait.

Allons, vite, des commissaires, des archers, des prévôts, des juges,

des gênes, des potences, et des bourreaux ! Je veux faire pendre

tout le monde ; et si je ne retrouve mon argent, je me pendrai

moi-même après.

ACTE CINQUIÈME.

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Scène première. - Harpagon, un commissaire.

- Le commissaire -

Laissez-moi faire, je sais mon métier, Dieu merci. Ce n'est pas

d'aujourd'hui que je me mêle de découvrir des vols, et je voudrais

avoir autant de sacs de mille francs que j'ai fait pendre de

personnes.

- Harpagon -

Tous les magistrats sont intéressés à prendre cette affaire en main ;

et, si l'on ne me fait retrouver mon argent, je demanderai justice de

la justice.

- Le commissaire -

Il faut faire toutes les poursuites requises. Vous dites qu'il y avait

dans cette cassette ?

- Harpagon -

Dix mille écus bien comptés.

- Le commissaire -

Dix mille écus !

- Harpagon -

Dix mille écus.

- Le commissaire -

Le vol est considérable.

- Harpagon -

Il n'y a point de supplice assez grand pour l'énormité de ce crime ;

et, s'il demeure impuni, les choses les plus sacrées ne sont plus en

sûreté.

- Le commissaire -

En quelles espèces était cette somme ?

- Harpagon -

En bons louis d'or et pistoles bien trébuchantes.

- Le commissaire -

Qui soupçonnez-vous de ce vol ?

- Harpagon -

Tout le monde, et je veux que vous arrêtiez prisonniers la ville et

les faubourgs.

- Le commissaire -

Il faut, si vous m'en croyez, n'effaroucher personne et tâcher

doucement d'attraper quelques preuves afin de procéder après, par la

rigueur, au recouvrement des deniers qui vous ont été pris.

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Scène II. - Harpagon, un commissaire, Maître Jacques.

- Maître Jacques -

(dans le fond du théâtre, en se retournant du côté par lequel

il est entré.)

Je m'en vais revenir. Qu'on me l'égorge tout à l'heure ; qu'on me lui

fasse griller les pieds, qu'on me le mette dans l'eau bouillante, et

qu'on me le pende au plancher.

- Harpagon -

(à maître Jacques.)

Qui ? celui qui m'a dérobé ?

- Maître Jacques -

Je parle d'un cochon de lait que votre intendant me vient d'envoyer,

et je veux vous l'accommoder à ma fantaisie.

- Harpagon -

Il n'est pas question de cela ; et voilà Monsieur à qui il faut parler

d'autre chose.

- Le commissaire -

(à maître Jacques.)

Ne vous épouvantez point. Je suis homme à ne vous point scandaliser (16),

et les choses iront dans la douceur.

- Maître Jacques -

Monsieur est de votre souper ?

- Le commissaire -

Il faut ici, mon cher ami, ne rien cacher à votre maître.

- Maître Jacques -

Ma foi, Monsieur, je montrerai tout ce que je sais faire, et je vous

traiterai du mieux qu'il me sera possible.

- Harpagon -

Ce n'est pas là l'affaire.

- Maître Jacques -

Si je ne vous fais pas aussi bonne chère que je voudrais, c'est la

faute de monsieur notre intendant, qui m'a rogné les ailes avec les

ciseaux de son économie.

- Harpagon -

Traître ! il s'agit d'autre chose que de souper ; et je veux que tu me

dises des nouvelles de l'argent qu'on m'a pris.

- Maître Jacques -

On vous a pris de l'argent ?

- Harpagon -

Oui, coquin ; et je m'en vais te faire pendre, si tu ne me le rends.

- Le commissaire -

(à Harpagon.)

Mon Dieu ! ne le maltraitez point. Je vois à sa mine qu'il est honnête

homme, et que, sans se faire mettre en prison, il vous découvrira ce

que vous voulez savoir. Oui, mon ami, si vous nous confessez la chose,

il ne vous sera fait aucun mal et vous serez récompensé comme il faut

par votre maître. On lui a pris aujourd'hui son argent, et il n'est pas

que vous ne sachiez quelques nouvelles de cette affaire.

- Maître Jacques -

(bas, à part.)

Voici justement ce qu'il me faut pour me venger de notre intendant.

Depuis qu'il est entré céans il est le favori, on n'écoute que ses

conseils, et j'ai aussi sur le coeur les coups de bâton de tantôt.

- Harpagon -

Qu'as-tu à ruminer ?

- Le commissaire -

(à Harpagon.)

Laissez-le faire. Il se prépare à vous contenter ; et je vous ai bien

dit qu'il était honnête homme.

- Maître Jacques -

Monsieur, si vous voulez que je vous dise les choses, je crois que

c'est monsieur votre cher intendant qui a fait le coup.

- Harpagon -

Valère !

- Maître Jacques -

Oui.

- Harpagon -

Lui ! qui me paraît si fidèle ?

- Maître Jacques -

Lui-même. Je crois que c'est lui qui vous a dérobé.

- Harpagon -

Et sur quoi le crois-tu ?

- Maître Jacques -

Sur quoi ?

- Harpagon -

Oui.

- Maître Jacques -

Je le crois... sur ce que je le crois.

- Le commissaire -

Mais il est nécessaire de dire les indices que vous avez.

- Harpagon -

L'as-tu vu rôder autour du lieu où j'avais mis mon argent ?

- Maître Jacques -

Oui, vraiment. Où était-il votre argent ?

- Harpagon -

Dans le jardin.

- Maître Jacques -

Justement ; je l'ai vu rôder dans le jardin. Et dans quoi est-ce que

cet argent était ?

- Harpagon -

Dans une cassette.

- Maître Jacques -

Voilà l'affaire. Je lui ai vu une cassette.

- Harpagon -

Et cette cassette, comme est-elle faite ? Je verrai bien si c'est la

mienne.

- Maître Jacques -

Comment elle est faite ?

- Harpagon -

Oui.

- Maître Jacques -

Elle est faite... elle est faite comme une cassette.

- Le commissaire -

Cela s'entend. Mais dépeignez-la un peu, pour voir.

- Maître Jacques -

C'est une grande cassette.

- Harpagon -

Celle qu'on m'a volée est petite.

- Maître Jacques -

Hé ! oui, elle est petite, si on le veut prendre par là ; mais je

l'appelle grande pour ce qu'elle contient.

- Le commissaire -

Et de quelle couleur est-elle ?

- Maître Jacques -

De quelle couleur ?

- Le commissaire -

Oui.

- Maître Jacques -

Elle est de couleur... là, d'une certaine couleur... Ne sauriez-vous

m'aider à dire ?

- Harpagon -

Euh !

- Maître Jacques -

N'est-elle pas rouge ?

- Harpagon -

Non, grise.

- Maître Jacques -

Hé ! oui, gris-rouge ; c'est ce que je voulais dire.

- Harpagon -

Il n'y a point de doute ; c'est elle assurément. Ecrivez, Monsieur,

écrivez sa déposition. Ciel ! à qui désormais se fier ! Il ne faut

plus jurer de rien ; et je crois, après cela, que je suis homme à me

voler moi-même.

- Maître Jacques -

(à Harpagon.)

Monsieur, le voici qui revient. Ne lui allez pas dire, au moins, que

c'est moi qui vous ai découvert cela.

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Scène III. - Harpagon, un commissaire, Valère, Maître Jacques.

- Harpagon -

Approche, viens confesser l'action la plus noire, l'attentat le plus

horrible qui jamais ait été commis.

- Valère -

Que voulez-vous, monsieur ?

- Harpagon -

Comment, traître, tu ne rougis pas de ton crime ?

- Valère -

De quel crime voulez-vous donc parler ?

- Harpagon -

De quel crime je veux parler, infâme ? comme si tu ne savais pas ce

que je veux dire ! C'est en vain que tu prétendrais de le déguiser :

l'affaire est découverte, et l'on vient de m'apprendre tout. Comment

abuser ainsi de ma bonté, et s'introduire exprès chez moi pour me

trahir, pour me jouer un tour de cette nature ?

- Valère -

Monsieur, puisqu'on vous a découvert tout, je ne veux point chercher

de détours et vous nier la chose.

- Maître Jacques -

(à part.)

Oh ! oh ! Aurais-je deviné sans y penser ?

- Valère -

C'était mon dessein de vous en parler, et je voulais attendre, pour

cela, des conjonctures favorables ; mais puisqu'il est ainsi, je vous

conjure de ne vous point fâcher, et de vouloir entendre mes raisons.

- Harpagon -

Et quelles belles raisons peux-tu me donner, voleur infâme ?

- Valère -

Ah ! Monsieur, je n'ai pas mérité ces noms. Il est vrai que j'ai

commis une offense envers vous ; mais, après tout, ma faute est

pardonnable.

- Harpagon -

Comment ! pardonnable ? Un guet-apens, un assassinat de la sorte ?

- Valère -

De grâce, ne vous mettez point en colère. Quand vous m'aurez ouï, vous

verrez que le mal n'est pas si grand que vous le faites.

- Harpagon -

Le mal n'est pas si grand que je le fais ! Quoi ! mon sang, mes

entrailles, pendard !

- Valère -

Votre sang, Monsieur, n'est pas tombé dans de mauvaises mains. Je suis

d'une condition à ne lui point faire de tort ; et il n'y a rien, en

tout ceci, que je ne puisse bien réparer.

- Harpagon -

C'est bien mon intention, et que tu me restitues ce que tu m'as ravi.

- Valère -

Votre honneur, Monsieur, sera pleinement satisfait.

- Harpagon -

Il n'est pas question d'honneur là-dedans. Mais, dis-moi, qui t'a

porté à cette action ?

- Valère -

Hélas ! me le demandez-vous ?

- Harpagon -

Oui, vraiment, je te le demande.

- Valère -

Un dieu qui porte les excuses de tout ce qu'il fait faire, l'Amour.

- Harpagon -

L'Amour ?

- Valère -

Oui.

- Harpagon -

Bel amour, bel amour, ma foi ! l'amour de mes louis d'or !

- Valère -

Non, Monsieur, ce ne sont point vos richesses qui m'ont tenté, ce

n'est pas cela qui m'a ébloui ; et je proteste de ne prétendre rien à

tous vos biens, pourvu que vous me laissiez celui que j'ai.

- Harpagon -

Non ferai, de par tous les diables ! je ne te le laisserai pas. Mais

voyez quelle insolence, de vouloir retenir le vol qu'il m'a fait !

- Valère -

Appelez-vous cela un vol ?

- Harpagon -

Si je l'appelle un vol ? un trésor comme celui-là !

- Valère -

C'est un trésor, il est vrai, et le plus précieux que vous ayez, sans

doute ; mais ce ne sera pas le perdre que de me le laisser. Je vous

le demande à genoux, ce trésor plein de charmes ; et, pour bien faire,

il faut que vous me l'accordiez.

- Harpagon -

Je n'en ferai rien. Qu'est-ce à dire cela ?

- Valère -

Nous nous sommes promis une foi mutuelle, et avons fait serment de ne

nous point abandonner.

- Harpagon -

Le serment est admirable, et la promesse plaisante.

- Valère -

Oui, nous nous sommes engagés d'être l'un à l'autre à jamais.

- Harpagon -

Je vous en empêcherai bien, je vous assure.

- Valère -

Rien que la mort ne nous peut séparer.

- Harpagon -

C'est être bien endiablé après mon argent !

- Valère -

Je vous ai déjà dit, Monsieur, que ce n'était point l'intérêt qui

m'avait poussé à faire ce que j'ai fait. Mon coeur n'a point agi par

les ressorts que vous pensez, et un motif plus noble m'a inspiré cette

résolution.

- Harpagon -

Vous verrez que c'est par charité chrétienne qu'il veut avoir mon bien !

Mais j'y donnerai bon ordre, et la justice, pendard effronté, me va

faire raison de tout.

- Valère -

Vous en userez comme vous voudrez, et me voilà prêt à souffrir toutes

les violences qu'il vous plaira ; mais je vous prie de croire au moins

que, s'il y a du mal, ce n'est que moi qu'il en faut accuser, et que

votre fille, en tout ceci, n'est aucunement coupable.

- Harpagon -

Je le crois bien, vraiment ! Il serait fort étrange que ma fille eût

trempé dans ce crime. Mais je veux ravoir mon affaire, et que tu me

confesses en quel endroit tu me l'as enlevée.

- Valère -

Moi ? Je ne l'ai point enlevée ; et elle est encore chez vous.

- Harpagon -

(à part.)

Ô ma chère cassette !

(Haut.)

Elle n'est point sortie de ma maison ?

- Valère -

Non, Monsieur.

- Harpagon -

Hé ! dis-moi donc un peu : tu n'y as point touché ?

- Valère -

Moi, y toucher ! Ah ! vous lui faites tort, aussi bien qu'à moi ; et

c'est d'une ardeur toute pure et respectueuse que j'ai brûlé pour

elle.

- Harpagon -

(à part.)

Brûlé pour ma cassette !

- Valère -

J'aimerais mieux mourir que de lui avoir fait paraître aucune pensée

offensante : elle est trop sage et trop honnête pour cela.

- Harpagon -

(à part.)

Ma cassette trop honnête !

- Valère -

Tous mes désirs se sont bornés à jouir de sa vue ; et rien de criminel

n'a profané la passion que ses beaux yeux m'ont inspirée.

- Harpagon -

(à part.)

Les beaux yeux de ma cassette ! Il parle d'elle comme un amant d'une

maîtresse.

- Valère -

Dame Claude, Monsieur, sait la vérité de cette aventure ; et elle vous

peut rendre témoignage...

- Harpagon -

Quoi ! ma servante est complice de l'affaire ?

- Valère -

Oui, Monsieur : elle a été témoin de notre engagement ; et c'est après

avoir connu l'honnêteté de ma flamme, qu'elle m'a aidé à persuader

votre fille de me donner sa foi, et recevoir la mienne.

- Harpagon -

(à part.)

Hé ! Est-ce que la peur de la justice le fait extravaguer ?

(A Valère.)

Que nous brouilles-tu ici de ma fille ?

- Valère -

Je dis, Monsieur, que j'ai eu toutes les peines du monde à faire

consentir sa pudeur à ce que voulait mon amour.

- Harpagon -

La pudeur de qui ?

- Valère -

De votre fille ; et c'est seulement depuis hier qu'elle a pu se

résoudre à nous signer mutuellement une promesse de mariage.

- Harpagon -

Ma fille t'a signé une promesse de mariage ?

- Valère -

Oui, Monsieur, comme de ma part, je lui en ai signé une.

- Harpagon -

Ô ciel ! autre disgrâce !

- Maître Jacques -

(au commissaire.)

Ecrivez, Monsieur, écrivez.

- Harpagon -

Rengrègement de mal ! surcroît de désespoir !

(au commissaire.)

Allons, Monsieur, faites le dû de votre charge, et dressez-lui-moi son

procès comme larron et comme suborneur.

- Valère -

Ce sont des noms qui ne me sont point dus ; et quand on saura

qui je suis...

-----------

Scène IV. - Harpagon, Élise, Mariane, Valère, Frosine, Maître Jacques,

un commissaire.

- Harpagon -

Ah ! fille scélérate ! fille indigne d'un père comme moi ! c'est ainsi

que tu pratiques les leçons que je t'ai données ? Tu te laisses

prendre d'amour pour un voleur infâme, et tu lui engages ta foi sans

mon consentement ! Mais vous serez trompés l'un et l'autre.

(A Élise.)

Quatre bonnes murailles me répondront de ta conduite ;

(à Valère)

et une bonne potence, pendard effronté, me fera raison de ton audace.

- Valère -

Ce ne sera point votre passion qui jugera l'affaire ; et l'on

m'écoutera, au moins, avant que de me condamner.

- Harpagon -

Je me suis abusé de dire une potence ; et tu seras roué tout vif.

- Élise -

(aux genoux d'Harpagon.)

Ah ! mon père, prenez des sentiments un peu plus humains, je vous

prie, et n'allez point pousser les choses dans les dernières violences

du pouvoir paternel. Ne vous laissez point entraîner aux premiers

mouvements de votre passion, et donnez-vous le temps de considérer ce

que vous voulez faire. Prenez la peine de mieux voir celui dont vous

vous offensez (17) ; il est tout autre que vos yeux ne le jugent, et vous

trouverez moins étrange que je me sois donnée à lui, lorsque vous

saurez que, sans lui, vous ne m'auriez plus il y a longtemps. Oui, mon

père, c'est celui qui me sauva de ce grand péril que vous savez que je

courus dans l'eau, et à qui vous devez la vie de cette même fille

dont...

- Harpagon -

Tout cela n'est rien ; et il valait bien mieux pour moi qu'il te

laissât noyer que de faire ce qu'il a fait.

- Élise -

Mon père, je vous conjure par l'amour paternel, de me...

- Harpagon -

Non, non ; je ne veux rien entendre, et il faut que la justice fasse

son devoir.

- Maître Jacques -

(à part.)

Tu me payeras mes coups de bâton !

- Frosine -

(à part.)

Voici un étrange embarras !

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Scène V. - Anselme, Harpagon, Élise, Mariane, Frosine, Valère,

un commissaire, Maître Jacques.

- Anselme -

Qu'est-ce, seigneur Harpagon ? je vous vois tout ému.

- Harpagon -

Ah ! seigneur Anselme, vous me voyez le plus infortuné de tous les

hommes ; et voici bien du trouble et du désordre au contrat que vous

venez faire ! On m'assassine dans le bien, on m'assassine dans

l'honneur ; et voilà un traître, un scélérat qui a violé tous les

droits les plus saints, qui s'est coulé chez moi sous le titre de

domestique, pour me dérober mon argent et pour me suborner ma fille.

- Valère -

Qui songe à votre argent, dont vous me faites un galimatias ?

- Harpagon -

Oui, ils se sont donné l'un à l'autre une promesse de mariage. Cet

affront vous regarde, seigneur Anselme ; et c'est vous qui devez vous

rendre partie contre lui, et faire toutes les poursuites de la justice

à vos dépends, pour vous venger de son insolence.

- Anselme -

Ce n'est pas mon dessein de me faire épouser par force, et de rien

prétendre à un coeur qui se serait donné ; mais, pour vos intérêts, je

suis prêt à les embrasser ainsi que les miens propres.

- Harpagon -

Voilà monsieur qui est un honnête commissaire, qui n'oubliera rien,

à ce qu'il m'a dit, de la fonction de son office.

(Au commissaire, montrant Valère.)

Chargez-le comme il faut, Monsieur, et rendez les choses bien

criminelles.

- Valère -

Je ne vois pas quel crime on me peut faire de la passion que j'ai pour

votre fille, et le supplice où vous croyez que je puisse être condamné

pour notre engagement, lorsqu'on saura ce que je suis...

- Harpagon -

Je me moque de tous ces contes ; et le monde aujourd'hui n'est plein

que de ces larrons de noblesse, que de ces imposteurs qui tirent

avantage de leur obscurité et s'habillent insolemment du premier nom

illustre qu'ils s'avisent de prendre.

- Valère -

Sachez que j'ai le coeur trop bon pour me parer de quelque chose qui

ne soit point à moi, et que tout Naples peut rendre témoignage de ma

naissance.

- Anselme -

Tout beau ! Prenez garde à ce que vous allez dire. Vous risquez ici

plus que vous ne pensez, et vous parlez devant un homme à qui tout

Naples est connu et qui peut aisément voir clair dans l'histoire que

vous ferez.

- Valère -

(mettant fièrement son chapeau.)

Je ne suis point homme à rien craindre, et si Naples vous est connu,

vous savez qui était don Thomas d'Alburci.

- Anselme -

Sans doute, je le sais ; et peu de gens l'ont connu mieux que moi.

- Harpagon -

Je ne me soucie ni de dom Thomas ni dom Martin.

(Harpagon voyant deux chandelles allumées en souffle une.)

- Anselme -

De grâce, laissez-le parler ; nous verrons ce qu'il en veut dire.

- Valère -

Je veux dire que c'est lui qui m'a donné jour.

- Anselme -

Lui ?

- Valère -

Oui.

- Anselme -

Allez. Vous vous moquez. Cherchez quelque autre histoire qui vous

puisse mieux réussir, et ne prétendez pas vous sauver sous cette

imposture.

- Valère -

Songez à mieux parler. Ce n'est point une imposture, et je n'avance

rien qu'il ne me soit aisé de justifier.

- Anselme -

Quoi ! vous osez vous dire fils de don Thomas d'Alburci ?

- Valère -

Oui, je l'ose ; et je suis prêt de soutenir cette vérité contre qui que

ce soit.

- Anselme -

L'audace est merveilleuse ! Apprenez, pour vous confondre, qu'il y a

seize ans, pour le moins, que l'homme dont vous nous parlez périt sur

mer avec ses enfants et sa femme, en voulant dérober leur vie aux

cruelles persécutions qui ont accompagné les désordres de Naples, et

qui en firent exiler plusieurs nobles familles.

- Valère -

Oui ; mais apprenez, pour vous confondre, vous, que son fils, âgé de

sept ans, avec un domestique, fut sauvé de ce naufrage par un vaisseau

espagnol ; et que ce fils sauvé est celui qui vous parle. Apprenez que

le capitaine de ce vaisseau, touché de ma fortune, prit amitié pour

moi ; qu'il me fit élever comme son propre fils, et que les armes

furent mon emploi dès que je m'en trouvai capable ; que j'ai su depuis

peu que mon père n'était point mort, comme je l'avais toujours cru ;

que, passant ici pour l'aller chercher, une aventure, par le ciel

concertée, me fit voir la charmante Élise ; que cette vue me rendit

esclave de ses beautés, et que la violence de mon amour et les

sévérités de son père me firent prendre la résolution de m'introduire

dans son logis, et d'envoyer un autre à la quête de mes parents.

- Anselme -

Mais quels témoignages encore, autres que vos paroles, nous peuvent

assurer que ce ne soit point une fable que vous ayez bâtie sur une

vérité ?

- Valère -

Le capitaine espagnol, un cachet de rubis qui était à mon père ; un

bracelet d'agate que ma mère m'avait mis au bras ; le vieux Pedro, ce

domestique qui se sauva avec moi du naufrage.

- Mariane -

Hélas ! à vos paroles, je puis ici répondre, moi, que vous n'imposez

point ; et tout ce que vous dites me fait connaître clairement que

vous êtes mon frère.

- Valère -

Vous, ma soeur ?

- Mariane -

Oui, mon coeur s'est ému dès le moment que vous avez ouvert la bouche ;

et notre mère, que vous allez ravir, m'a mille fois entretenue des

disgrâces de notre famille. Le ciel ne nous fit point aussi périr dans

ce triste naufrage ; mais il ne nous sauva la vie que par la perte de

notre liberté, et ce furent des corsaires qui nous recueillirent, ma

mère et moi, sur un débris de notre vaisseau. Après dix ans

d'esclavage, une heureuse fortune nous rendit notre liberté ; et nous

retournâmes dans Naples, où nous trouvâmes tout notre bien vendu, sans

y pouvoir trouver des nouvelles de notre père. Nous passâmes à Gênes,

où ma mère alla ramasser quelques malheureux restes d'une succession

qu'on avait déchirée ; et de là, fuyant la barbare injustice de ses

parents, elle vint en ces lieux, où elle n'a presque vécu que d'une

vie languissante.

- Anselme -

Ô ciel ! quels sont les traits de ta puissance ! et que tu fais bien

voir qu'il n'appartient qu'à toi de faire des miracles !

Embrassez-moi, mes enfants, et mêlez tous deux vos transports à ceux

de votre père.

- Valère -

Vous êtes notre père ?

- Mariane -

C'est vous que ma mère a tant pleuré ?

- Anselme -

Oui, ma fille ; oui, mon fils ; je suis dom Thomas d'Alburci que le

ciel garantit des ondes avec tout l'argent qu'il portait, et qui, vous

ayant tous crus morts durant plus de seize ans, se préparait, après de

longs voyages, à chercher, dans l'hymen d'une douce et sage personne, la

consolation de quelque nouvelle famille. Le peu de sûreté que j'ai vu

pour ma vie à retourner à Naples m'a fait y renoncer pour toujours ;

et ayant su trouver moyen d'y faire vendre ce que j'avais, je me suis

habitué ici, où, sous le nom d'Anselme, j'ai voulu m'éloigner les

chagrins de cet autre nom qui m'a causé tant de traverses.

- Harpagon -

(à Anselme.)

C'est là votre fils ?

- Anselme -

Oui.

- Harpagon -

Je vous prends à partie pour me payer dix mille écus qu'il m'a volés.

- Anselme -

Lui, vous avoir volé ?

- Harpagon -

Lui-même.

- Valère -

Qui vous dit cela ?

- Harpagon -

Maître Jacques.

- Valère -

(à maître Jacques.)

C'est toi qui le dis ?

- Maître Jacques -

Vous voyez que je ne dis rien.

- Harpagon -

Oui. Voilà monsieur le commissaire qui a reçu sa déposition.

- Valère -

Pouvez-vous me croire capable d'une action si lâche ?

- Harpagon -

Capable ou non capable, je veux ravoir mon argent.

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Scène VI. - Harpagon, Anselme, Élise, Mariane, Cléante, Valère,

Frosine, un commissaire, Maître Jacques, La Flèche.

- Cléante -

Ne vous tourmentez point, mon père, et n'accusez personne. J'ai

découvert des nouvelles de votre affaire, et je viens ici pour vous

dire que, si vous voulez vous résoudre à me laisser épouser Mariane,

votre argent vous sera rendu.

- Harpagon -

Où est-il ?

- Cléante -

Ne vous mettez point en peine. Il est en lieu dont je réponds, et tout

ne dépend que de moi. C'est à vous de me dire à quoi vous vous

déterminez ; et vous pouvez choisir, ou de me donner Mariane, ou de

perdre votre cassette.

- Harpagon -

N'en a-t-on rien ôté ?

- Cléante -

Rien du tout. Voyez si c'est votre dessein de souscrire à ce mariage,

et de joindre votre consentement à celui de sa mère, qui lui laisse la

liberté de faire un choix entre nous deux.

- Mariane -

(à Cléante.)

Mais vous ne savez pas que ce n'est pas assez que ce consentement et

que le ciel,

(montrant Valère.)

avec un frère que vous voyez, vient de me rendre un père

(montrant Anselme.)

dont vous avez à m'obtenir.

- Anselme -

Le ciel, mes enfants, ne me redonne point à vous pour être contraire à

vos voeux. Seigneur Harpagon, vous jugez bien que le choix d'une jeune

personne tombera sur le fils plutôt que sur le père : allons, ne vous

faites point dire ce qu'il n'est pas nécessaire d'entendre ; et consentez,

ainsi que moi, à ce double hyménée.

- Harpagon -

Il faut, pour me donner conseil, que je voie ma cassette.

- Cléante -

Vous la verrez saine et entière.

- Harpagon -

Je n'ai point d'argent à donner en mariage à mes enfants.

- Anselme -

Eh bien ! j'en ai pour eux ; que cela ne vous inquiète point.

- Harpagon -

Vous obligerez-vous à faire tous les frais de ces deux mariages ?

- Anselme -

Oui, je m'y oblige. Etes-vous satisfait ?

- Harpagon -

Oui, pourvu que pour les noces, vous me fassiez faire un habit.

- Anselme -

D'accord. Allons jouir de l'allégresse que cet heureux jour nous

présente.

- Le commissaire -

Holà ! messieurs, holà ! Tout doucement, s'il vous plaît. Qui me

payera mes écritures ?

- Harpagon -

Nous n'avons que faire de vos écritures.

- Le commissaire -

Oui ! Mais je ne prétends pas, moi, les avoir faites pour rien.

- Harpagon -

(montrant maître Jacques.)

Pour votre payement, voilà un homme que je vous donne à pendre.

- Maître Jacques -

Hélas ! comment faut-il donc faire ? On me donne des coups de bâton

pour dire vrai, et on me veut pendre pour mentir !

- Anselme -

Seigneur Harpagon, il faut lui pardonner cette imposture.

- Harpagon -

Vous payerez donc le commissaire ?

- Anselme -

Soit. Allons vite faire part de notre joie à votre mère.

- Harpagon -

Et moi, voir ma chère cassette.

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L'Avare · 第 5 / 7 题