culture française, y compris contemporaine, pourra être diffusée sans obstacles,
la langue française aura la possibilité de rester vivante sur le réseau. Ses
oeuvres, liées au génie de notre langue, susciteront nécessairement de l'intérêt
puisqu'elles sont en prise avec l'évolution actuelle de l'esprit humain. Dans la
mesure où il y aura une volonté d'utiliser l'internet comme moyen de partage de
la connaissance, de la beauté, de la culture, toutes les langues, chacune avec
leur génie propre, y auront leur place. Mais si l'internet, comme cela semble
être le cas, abandonne ces promesses pour devenir un lieu unique de transactions
commerciales, la seule langue qui y sera finalement parlée sera une sorte de
jargon dénaturant la belle langue anglaise, je veux dire un anglais amoindri à
l'usage des relations uniquement commerciales."
C'est aussi ce que pense Philippe Loubière, traducteur littéraire et dramatique.
"La langue unique est à l'évidence un système totalitaire. Tout ce qui peut
contribuer à la diversité linguistique, sur internet comme ailleurs, est
indispensable à la survie de la liberté de penser. Je n'exagère absolument pas:
l'homme moderne joue là sa survie. Cela dit, je suis très pessimiste devant
cette évolution. Les Anglo-saxons vous écrivent en anglais sans vergogne.
L'immense majorité des Français constate avec une indifférence totale le
remplacement progressif de leur langue par le mauvais anglais des marchands et
des publicitaires, et le reste du monde a parfaitement admis l'hégémonie
linguistique des Anglo-saxons parce qu'ils n'ont pas d'autres horizons que de
servir ces riches et puissants maîtres. La seule solution consisterait à
recourir à des législations internationales assez contraignantes pour obliger
les gouvernements nationaux à respecter et à faire respecter la langue nationale
dans leur propre pays (le français en France, le roumain en Roumanie, etc.),
cela dans tous les domaines et pas seulement sur internet. Mais ne rêvons
pas..."
Richard Chotin, professeur à l'ESA (Ecole supérieure des affaires) de Lille,
rappelle non sans raison que la suprématie de l'anglais a succédé à celle du
français. "Le problème est politique et idéologique: c'est celui de
l''impérialisme' de la langue anglaise découlant de l'impérialisme américain. Il
suffit d'ailleurs de se souvenir de l''impérialisme' du français aux 18e et 19e
siècles pour comprendre la déficience en langues des étudiants français: quand
on n'a pas besoin de faire des efforts pour se faire comprendre, on n'en fait
pas, ce sont les autres qui les font."
De plus, la France n'est pas sans exercer pression pour imposer la suprématie de
la langue française sur d'autres langues, comme on témoigne l'expérience de Guy
Antoine, créateur du site Windows on Haiti, qui écrit en juin 2001: "J'ai fait
de la promotion du kreyòl (créole) une cause personnelle, puisque cette langue
est le principal lien unissant tous les Haïtiens, malgré l'attitude dédaigneuse
d'une petite élite haïtienne - à l'influence disproportionnée - vis-à-vis de
l'adoption de normes pour l'écriture du kreyòl et le soutien de la publication
de livres et d'informations officielles dans cette langue. A titre d'exemple, il
y avait récemment dans la capitale d'Haïti un salon du livre de deux semaines, à
qui on avait donné le nom de 'Livres en folie'. Sur les 500 livres d'auteurs
haïtiens qui étaient présentés lors du salon, il y en avait une vingtaine en
kreyòl, ceci dans le cadre de la campagne insistante que mène la France pour
célébrer la francophonie dans ses anciennes colonies. A Haïti cela se passe
relativement bien, mais au détriment direct de la créolophonie.
En réponse à l'attitude de cette minorité haïtienne, j'ai créé sur mon site web
Windows on Haiti deux forums de discussion exclusivement en kreyòl. Le premier
forum regroupe des discussions générales sur toutes sortes de sujets, mais en
fait ces discussions concernent principalement les problèmes socio-politiques
qui agitent Haïti. Le deuxième forum est uniquement réservé aux débats sur les
normes d'écriture du kreyòl. Ces débats sont assez animés et une certain nombre
d'experts linguistiques y participent. Le caractère exceptionnel de ces forums
est qu'ils ne sont pas académiques. Je n'ai trouvé nulle part ailleurs sur
l'internet un échange aussi spontané et aussi libre entre des experts et le
grand public pour débattre dans une langue donnée des mérites et des normes de
la même langue."
S'il est la langue officielle de 50 pays, le français est aussi la deuxième
langue utilisée dans les organisations internationales, après l'anglais. Là
aussi, malgré la pression anglophone, réelle ou supposée selon les cas, des
francophones veillent à ce que le français ait la place qui lui revient, au même
titre que les autres grandes langues de communication que sont l'anglais,
l'arabe, le chinois et l'espagnol, dans le respect de la diversité des peuples,
des langues et des cultures. On souhaiterait pourtant moins de manifestations de
prestige et davantage d'actions concrètes. "Concernant le français, il existe un
groupement de pays francophones dont des délégués se réunissent régulièrement",
écrit Pierre Magnenat, responsable de la cellule "gestion et prospective" du
centre informatique de l'Université de Lausanne. "Le résultat de ces réunions ne
m'est jamais apparu clairement; l'économie réalisée en supprimant un ou deux de
ces raouts permettrait peut-être de financer un projet majeur et global pour
développer des traducteurs automatiques."
14.5. Communication et échanges culturels
Pour Bruno Didier, webmestre de la médiathèque de l'Institut Pasteur, "internet
n'est une propriété ni nationale, ni linguistique. C'est un vecteur de culture,
et le premier support de la culture, c'est la langue. Plus il y a de langues
représentées dans leur diversité, plus il y aura de cultures sur internet. Je ne
pense pas qu'il faille justement céder à la tentation systématique de traduire
ses pages dans une langue plus ou moins universelle. Les échanges culturels
passent par la volonté de se mettre à la portée de celui vers qui on souhaite
aller. Et cet effort passe par l'appréhension de sa langue. Bien entendu c'est
très utopique comme propos. Concrètement, lorsque je fais de la veille, je peste
dès que je rencontre des sites norvégiens ou brésiliens sans un minimum
d'anglais."
Selon Alain Bron, consultant en systèmes d'information et écrivain, "il y aura
encore pendant longtemps l'usage de langues différentes et tant mieux pour le
droit à la différence. Le risque est bien entendu l'envahissement d'une langue
au détriment des autres, donc l'aplanissement culturel. Je pense que des
services en ligne vont petit à petit se créer pour pallier cette difficulté.
Tout d'abord, des traducteurs pourront traduire et commenter des textes à la
demande, et surtout les sites de grande fréquentation vont investir dans des
versions en langues différentes, comme le fait l'industrie audiovisuelle."
Financé par la Commission européenne, ELSNET (European Network of Excellence in
Human Language Technologies) regroupe 135 universités et sociétés de 26 pays
différents dont l'objectif commun est de construire des systèmes multilingues
pour la parole et la langue naturelle. Son coordinateur, Steven Krauwer, est
chercheur en linguistique computationnelle à l'Institut de linguistique
d'Utrecht (Pays-Bas). En septembre 1998, il écrit: "En tant que citoyen
européen, je pense que le multilinguisme sur le web est absolument essentiel. A
mon avis, ce n'est pas une situation saine à long terme que seuls ceux qui ont
une bonne maîtrise de l'anglais puissent pleinement exploiter les bénéfices du
web. En tant que chercheur (spécialisé dans la traduction automatique), je vois
le multilinguisme comme un défi majeur: pouvoir garantir que l'information sur
le web soit accessible à tous, indépendamment des différences de langue."
En août 1999, il ajoute: "Je suis de plus en plus convaincu que nous devons
veiller à ne pas aborder le problème du multilinguisme en l'isolant du reste. Je
reviens de France, où j'ai passé de très bonnes vacances d'été. Même si ma
connaissance du français est sommaire (c'est le moins que l'on puisse dire), il
est surprenant de voir que je peux malgré tout communiquer sans problème en
combinant ce français sommaire avec des gestes, des expressions du visage, des
indices visuels, des schémas, etc. Je pense que le web (contrairement au système
vieillot du courrier électronique textuel) peut permettre de combiner avec
succès la transmission des informations par différents canaux (ou moyens), même
si ce processus n'est que partiellement satisfaisant pour chacun des canaux pris
isolément."
A la même date, Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques de Cybérie,
chronique hebdomadaire des actualités de l'internet, écrit: "L'internet est
devenu multiforme et exige de plus en plus des outils performants en raison de
l''enrichissement' des contenus (ou plutôt des contenants, car sur le fond, le
contenu véritable, rien n'est enrichi sauf les entreprises qui les vendent). Il
faut des systèmes costauds, bien pourvus en mémoire, avec des microprocesseurs
puissants. Or, s'il y a développement du web non anglophone, il s'adressera pour
une bonne part à des populations qui n'ont pas les moyens de se procurer des
systèmes puissants, les tous derniers logiciels et systèmes d'exploitation, et
de renouveler et mettre à niveau tout ce bazar aux douze mois. En outre, les
infrastructures de communication, dans bien des régions hors Europe ou
États-Unis, font cruellement défaut. Il y a donc problème de bande passante. Je
le constate depuis le tout début des Chroniques. Des correspondants (Afrique,
Asie, Antilles, Amérique du Sud, région Pacifique) me disent apprécier la
formule d'abonnement par courrier électronique car elle leur permet en
récupérant un seul message de lire, de s'informer, de faire une présélection des
sites qu'ils ou elles consulteront par la suite. Il faut pour eux, dans bien des
cas, optimiser les heures de consultation en raison des infrastructures
techniques plutôt faibles. C'est dans ces régions, non anglophones, que réside
le développement du web. Il faut donc tenir compte des caractéristiques
techniques du médium si on veut rejoindre ces 'nouveaux' utilisateurs.
Je déplore aussi qu'il se fasse très peu de traductions des textes et essais
importants qui sont publiés sur le web, tant de l'anglais vers d'autres langues
que l'inverse. Je m'explique. Par exemple, Jon Katz publie une analyse du
phénomène de la culture Goth qui imprégnait les auteurs du massacre de
Littleton, et de l'expression Goth sur le web. La presse francophone tire une
phrase ou deux de l'analyse de Katz, grapille quelques concepts, en fait un
article et c'est tout. Mais c'est insuffisant pour comprendre Katz et saisir ses
propos sur la culture de ces groupes de jeunes. De même, la nouveauté d'internet
dans les régions où il se déploie présentement y suscite des réflexions qu'il
nous serait utile de lire. À quand la traduction des penseurs hispanophones et
autres de la communication?"
Henri Slettenhaar est professeur en technologies de la communication à la
Webster University de Genève. De nationalité hollandaise, il enseigne en
anglais, et parle aussi couramment le français. Ses réponses sur trois ans
montrent combien les choses ont changé en matière de multilinguisme. En décembre
1998, il écrit: "Je vois le multilinguisme comme un facteur fondamental. Les
communautés locales présentes sur le web devraient en tout premier lieu utiliser
leur langue pour diffuser des informations. Si elles veulent également présenter
ces informations à la communauté mondiale, celles-ci doient être aussi
disponibles en anglais. Je pense qu'il existe un réel besoin de sites
bilingues." En août 1999, il ajoute: "A mon avis, il existe deux catégories sur
le web. La première est la recherche globale dans le domaine des affaires et de
l'information. Pour cela, la langue est d'abord l'anglais, avec des versions
locales si nécessaire. La seconde, ce sont les informations locales de tous
ordres dans les endroits les plus reculés. Si l'information est à destination
d'une ethnie ou d'un groupe linguistique, elle doit d'abord être dans la langue
de l'ethnie ou du groupe, avec peut-être un résumé en anglais. Nous avons vu
récemment l'importance que pouvaient prendre ces sites locaux, par exemple au
Kosovo ou en Turquie, pour n'évoquer que les événements les plus récents. Les
gens ont pu obtenir des informations sur leurs proches grâce à ces sites." En
août 2000, il complète: "Le multilinguisme s'est beaucoup développé. De nombreux
sites de commerce électronique sont maintenant multilingues, et il existe
maintenant des sociétés qui vendent des produits permettant la localisation des
sites (adaptation des sites aux marchés nationaux, ndlr)."
Randy Hobler, consultant en marketing internet: "Comme l'internet n'a pas de
frontières nationales, les internautes s'organisent selon d'autres critères
propres au médium. En termes de multilinguisme, vous avez des communautés
virtuelles, par exemple ce que j'appelle les 'nations des langues', tous ces
internautes qu'on peut regrouper selon leur langue maternelle quel que soit leur
lieu géographique. Ainsi la nation de la langue espagnole inclut non seulement
les internautes d'Espagne et d'Amérique latine, mais aussi tous les
hispanophones vivant aux Etats-Unis, ou encore ceux qui parlent espagnol au
Maroc."
"L'internet incite les gens à apprendre les langues associées aux cultures qui
les intéressent, écrit Guy Antoine, créateur du site Windows on Haiti. Ces
personnes réalisent rapidement que la langue d'un peuple est un élément
fondamental de sa culture." "Je pense que la bonne question est [moins celle
d'un internet multilingue que] celle d'un internet multiculturel", résume
François Vadrot, PDG de FTPress.
14.6. Le réseau au service des langues minoritaires
Dès ses débuts, l'internet représente une chance pour les langues minoritaires.
"Nous croyons que le web devrait chercher, entre autres, à favoriser un
renforcement des cultures et des langues minoritaires, en particulier pour les
communautés dispersées, écrivent en août 1998 Guy Bertrand et Cynthia Delisle,
du CEVEIL (Centre dexpertise et de veille inforoutes et langues, Québec). Grâce
à la tenacité de certains membres de ces communautés linguistiques minoritaires,
c'est désormais le cas.
Guy Antoine, qui a créé Windows on Haiti, site de référence sur la culture
haïtienne, raconte: "A la fin d'avril 1998, j'ai créé un site internet dont le
concept est simple mais dont le but est ambitieux: d'une part être une source
d'information majeure sur la culture haïtienne, d'autre part contrer les images
continuellement négatives que les médias traditionnels donnent d'Haïti. Je
voulais aussi montrer la diversité de la culture haïtienne dans des domaines
tels que l'art, l'histoire, la cuisine, la musique, la littérature et les
souvenirs de la vie traditionnelle. Le site dispose d'un livre d'or regroupant
les témoignages personnels des visiteurs sur leurs liens avec Haïti. Pour
résumer, il ouvre de nouvelles 'fenêtres' sur la culture haïtienne."
L'utilisation de l'internet a eu un impact considérable sur son activité. En
novembre 1999, il écrit: "Le principal changement réside dans la multiplicité de
mes contacts avec les milieux culturels, universitaires et journalistiques, et
avec des gens de toutes origines dans le monde entier. Grâce à quoi je suis
maintenant bien plus au fait des ressources professionnelles existant de par le
monde dans ce domaine, et du réel engouement suscité à l'échelon international
par Haïti, sa culture, sa religion, sa politique et sa littérature. (...)
L'internet peut héberger des informations utiles sur les langues minoritaires,
qui seraient autrement amenées à disparaître sans laisser de trace. Depuis que
j'ai ouvert mon site, il est devenu du jour au lendemain un lieu de
rassemblement de divers groupes et individus intéressés par la culture
haïtienne, ce qui m'amène à effectuer des tâches quasi-professionnelles
consistant à regrouper les informations, écrire des commentaires, rédiger des
textes et diffuser la culture haïtienne. (...) Je vois mon avenir professionnel
dans le prolongement de ce que je fais à l'heure actuelle: utiliser la
technologie pour accroître les échanges interculturels. J'espère m'associer avec
les bonnes personnes pour, au-delà de Haïti, avancer vers un idéal de fraternité
dans notre monde."
La culture et la langue sont intimement liées. "Que sont les Haïtiens, par
exemple, sans le kreyòl (créole pour les non initiés), une langue qui s'est
développée et qui a permis de souder entre elles diverses tribus africaines
transplantées à Haïti pendant la période de l'esclavage? Cette langue représente
de manière la plus palpable l'unité de notre peuple. Elle est toutefois
principalement une langue parlée et non écrite. A mon avis, le web va changer
cet état de fait plus qu'aucun autre moyen traditionnel de diffusion d'une
langue. Dans Windows on Haiti, la langue principale est l'anglais, mais on y
trouve tout aussi bien un forum de discussion animé conduit en kreyòl. Il existe
aussi des documents sur Haïti en français et dans l'ancien créole colonial, et
je suis prêt à publier d'autres documents en espagnol et dans diverses langues.
Je ne propose pas de traductions, mais le multilinguisme est effectif sur ce
site, et je pense qu'il deviendra de plus en plus la norme sur le web."
En juin 2001, il ajoute: "Depuis notre dernier entretien, j'ai été nommé
directeur des communications et des relations stratégiques de Mason Integrated
Technologies, une société qui a pour principal objectif de créer des outils
permettant la communication et l'accessibilité des documents créés dans des
langues minoritaires. Etant donné l'expérience de l'équipe en la matière, nous
travaillons d'abord sur le créole haïtien (kreyòl), qui est la seule langue
nationale d'Haïti, et l'une des deux langues officielles, l'autre étant le
français. Cette langue ne peut guère être considérée comme une langue
minoritaire dans les Caraïbes puisqu'elle est parlée par huit à dix millions de
personnes."
Autre expérience, celle de Caiomhín Ó Donnaíle, qui enseigne l'informatique en
langue gaélique à l'Université Sabhal Mór Ostaig, située sur l'île de Skye, en
Ecosse. Le site web de l'université, dont il est le webmestre, est aussi le
principal site d'information en gaélique écossais, avec une section en anglais
et en gaélique sur les langues européennes minoritaires, classées par ordre
alphabétique et par famille linguistique. "Le développement de l'internet amène
le danger de la suprématie de l'anglais, écrit-il en janvier 2000. Toutefois, si
les gens ont la ferme volonté d'accorder une place à d'autres langues,
l'internet permettra de les aider dans cette démarche." En mai 2001, il insiste
encore "sur le fait que, en ce qui concerne l'avenir des langues menacées,
l'internet accélère les choses dans les deux sens. Si les gens ne se soucient
pas de préserver les langues, l'internet et la mondialisation qui l'accompagne
accéléreront considérablement la disparition de ces langues. Si les gens se
soucient vraiment de les préserver, l'internet constituera une aide
irremplaçable."
Par ailleurs, il souligne "une forte augmentation de l'utilisation des
technologies de l'information dans notre université: beaucoup plus
d'ordinateurs, davantage de personnel spécialisé en informatique, des écrans
plats. Les étudiants font tout sur ordinateur, ils utilisent un correcteur
d'orthographe en gaélique et une base terminologique en ligne en gaélique. Notre
site web est beaucoup plus visité. On utilise davantage l'audio. Il est
maintenant possible d'écouter la radio en gaélique (écossais et irlandais) en
continu sur l'internet partout dans le monde. Une réalisation particulièrement
importante a été la traduction en gaélique du logiciel de navigation Opera.
C'est la première fois qu'un logiciel de cette taille est disponible en
gaélique."
Robert Beard, co-fondateur de yourDictionary.com, portail de référence pour les
langues, relate: "Si l'anglais domine encore le web, on voit s'accentuer le
développement de sites monolingues et non anglophones du fait des solutions
variées apportées aux problèmes de caractères. Les langues menacées sont
essentiellement des langues non écrites (un tiers seulement des 6.000 langues
existant dans le monde sont à la fois écrites et parlées). Je ne pense pourtant
pas que le web va contribuer à la perte de l'identité des langues et j'ai même
le sentiment que, à long terme, il va renforcer cette identité. Par exemple, de
plus en plus d'Indiens d'Amérique contactent des linguistes pour leur demander
d'écrire la grammaire de leur langue et de les aider à élaborer des
dictionnaires. Pour eux, le web est un instrument à la fois accessible et très
précieux d'expression culturelle."
C'est aussi l'opinion d'Olivier Pujol, PDG de Cytale et promoteur du Cybook,
livre électronique: "Par sa nature ouverte, le web est déjà aujourd'hui le
meilleur outil de propagation et donc de préservation de langues qui, sans le
web, pourraient être menacées d'extinction. La seule solution pour qu'une langue
accroisse sa présence sur le web est que ses promoteurs aient vraiment envie de
se bouger! Il faut se souvenir que l'imprimerie avait été accusée de sonner le
glas de toutes les langues autres que le latin! La réalité a été que
l'imprimerie, en permettant à toutes les langues de se transmettre plus
facilement, a provoqué la mort du latin."
14.7. Des outils pour passer d'une langue à l'autre
Jean-Pierre Balpe est directeur du département hypermédias de l'Université Paris
8. A la question: "Quelles sont vos suggestions pour un véritable multilinguisme
sur le web?", qui avait son intérêt en 1998 mais qu'il n'est peut-être plus
utile de poser en 2001, il rétorque: "Ah bon! Ce n'est pas multilingue? Je
croyais pourtant car il m'arrive de naviguer en italien, français, espagnol,
arabe, chinois, flamand, etc. Voulez-vous dire francophone pour multilingue? (La
réponse est non, ndlr.) Si c'est l'anglais que vous visez, internet ne fait que
reproduire sa situation de langue internationale d'échange. Est-ce à dire qu'il
n'en faudrait pas? Je n'en suis pas si sûr."
Il est vrai que le multilinguisme progresse à pas de géant et que toutes les
langues sont désormais représentées sur le web. Les progrès sont énormes depuis
1998. Mais nombreux sont ceux qui sont unilingues, et ceci vaut pour toutes les
communautés linguistiques. Miriam Mellman, qui habite San Francisco, ne parle
que l'anglais. "Internet est planétaire, il est donc important qu'il soit
multilingue, déclare-t-elle. Ce serait formidable que des gens paresseux comme
moi puissent disposer de programmes de traduction instantanée. Même si je décide
d'apprendre une autre langue que l'anglais, il en existe bien d'autres, et ceci
rendrait la communication plus facile. Je ne sais pas si un tel programme est
techniquement possible, mais il serait très pratique."