Un faucon vole au-dessus de Saraïevo,
il cherche de l'ombre pour y prendre le frais.
Il trouve un pin au milieu de Saraïevo:
sous le pin est une fraîche fontaine,
au bord de la fontaine une veuve, Zoumboul[1],
et une fille, la gentille Roujitza[2],
le faucon commence à songer,
s'il aimera Zoumboul, la veuve,
ou Roujitza, la gentille vierge.
A tout il songe, puis il prend une résolution,
et tout bas il dit:
«Mieux vaut l'or, même un peu abîmé,
que l'argent récemment forgé;»
et il donne un baiser à Zoumboul, la veuve,
vive est la colère de Roujitza, la fillette:
«Saraïevo, puisses-tu fleurir sans donner de fruits!
pourquoi la coutume en toi est-elle née,
que les jeunes courtisent les veuves,
et les froids vieillards les belles vierges?»
[Note 1: En turc, jacinthe.]
[Note 2: En serbe, petite rose.]