QUERELLE A PROPOS D'UN MOUCHOIR.

Une querelle éclate entre époux et femme,

entre le jeune Omer-Bey et la _beyine_[1],

au milieu de la nuit, sur leur molle couche.

Encore si c'eût été pour quelque chose, peu importerait,

mais c'est à propos d'un mouchoir brodé,

brodé d'or, lavé à l'eau de rose,

tant qu'il embaumait la maison,

et la chambre où dormait Omer-Bey;

c'étaient ses maîtresses qui le lui avaient donné.

Omer à sa femme se justifiait:

«Tu sais bien que j'ai une soeur,

une chère soeur, la femme de Zekir-Bey,

c'est d'elle que je tiens ce mouchoir brodé,

brodé d'or, lavé à l'eau de rose.»--

La béyine n'eut pas plus tôt entendu cela,

que sautant sur ses pieds légers,

elle prit de l'encre et du papier,

et écrivit cette lettre à sa belle-soeur:

«Ma belle-soeur, femme de Zékir-Bey,

longue vie à ton mari, et n'aie point à le regretter[2]!

As-tu donné à ton frère un mouchoir brodé,

brodé d'or, lavé à l'eau de rose,

tant qu'il embaume la maison,

et la chambre où dort Omer-Bey?»

La béyine regarde la lettre,

la regarde, et verse des pleurs.

«Dieu clément, aie pitié de moi!

Si je déclare la vérité,

je rendrai mon frère odieux à sa femme;

et si j'atteste une fausseté,

je crains de perdre mon mari, Dieu le fera périr.»

Tout elle pèse, puis s'arrête à un parti, (eh bien! qu'il meure!)

Elle prend de l'encre et du papier,

et écrit à sa belle soeur une lettre:

«Ma belle-soeur, femme d'Omer-Bey,

longue vie à mon mari, et que je n'aie point à le regretter!

J'ai donné à mon frère un mouchoir brodé,

brodé d'or, lavé à l'eau de rose,

tant qu'il embaume la maison,

et la chambre où dort Omer-Bey.»

[Note 1: _Beijovitsa_, femme d'un bey, ou beg.]

[Note 2: C'est-à-dire: qu'il vive, si tu me dis la vérité: sinon qu'il

meure. Voilà pourquoi, plus bas, la belle-soeur _craint de perdre son

mari_, danger, pourtant, auquel elle aime mieux s'exposer que de troubler

le ménage de son frère.]

Poésies populaires Serbes Traduites sur les originaux avec une introduction et des notes · 第 149 / 205 题