LA MALADIE DE MOUÏO.

Les Turcs vont au bain, et les femmes en sortent;

devant les hommes marche le tzarévitch Mouïo,

devant les femmes l'épouse de Mahmoud-Pacha.

Comme il est beau le tzarévitch!

plus belle encore est la _pachinitza_;

et si belle qu'elle soit, la chienne!

ses habits lui siéent encore mieux.

Mouïo, le tzarévitch, devient malade (d'amour)

pour la dame, l'épouse du pacha;

il s'en retourne malade à son blanc palais,

et s'étend sur sa molle couche.

Toutes les dames vinrent à leur tour

visiter le tzarévitch Mouïo;

seule ne vint l'épouse de Mahmoud.

La dame sultane lui fait dire:

«Es-tu donc plus grande dame que moi?

voici mon Mouïo qui se meurt;

toutes les dames lui ont fait visite,

et toi tu ne veux ni venir, ni le visiter.»

Quand la pachinitza eut oui ces paroles,

elle retroussa ses manches et le pan de sa robe,

et prépara des présents[1] dignes d'un seigneur....

des figues du bord de la mer, du raisin de Mostar;

puis elle s'habille de ses plus beaux atours,

et se rend au palais impérial:

sans permission elle entre dans le palais,

et sans salut dans la galerie supérieure,

où gît le tzarévitch malade.

Là elle s'assied au chevet de Mouïo,

lui essuie la sueur du front,

puis à la sultane elle dit:

«La maladie dont souffre ce jeune homme

mon frère aussi l'a eue,

et moi-même, la femme du pacha Mahmoud!

Il n'est pas malade, mais amoureux.»--

A peine Mouïo a-t-il ouï ces paroles,

qu'il saute sur ses pieds légers,

ferme sur elle la galerie[2],

et pendant trois jours blancs il la caresse.

Quand le quatrième jour eût lui,

Mahmoud-Pacha écrit une lettre menue,

qu'il envoie au seigneur sultan:

«Sultan impérial, cher seigneur!

une sarcelle dorée de chez moi s'est envolée,

et a pris l'essor vers ton palais,

voilà de cela trois jours blancs;

rends-lui la liberté, si tu reconnais un Dieu!»--

A Mahmoud-Pacha le sultan répond:

«Par Dieu, Mahmoud-Pacha, mon serviteur,

j'ai chez moi un faucon non dressé;

ce qu'il a une fois pris, il ne le lâche plus.»

[Note 1: _Ponoudé_, présents qu'on offre à un malade. Ce sont des

friandises turques, dont les quatre vers omis contiennent les noms,

également turcs.]

[Note 2: Dans une autre version que j'ai entendue, le faux malade commence

par éconduire sa mère, circonstance qui n'a pas été exprimée ici, mais

qui se suppose.]

Poésies populaires Serbes Traduites sur les originaux avec une introduction et des notes · 第 122 / 205 题