Marko Kralievitch se sent malade sur le grand chemin; près de sa tête
il plante sa lance, et à la lance il attache Charatz, puis il se prend
à dire: «Qui me donnerait de l'eau à boire, qui me procurerait un peu
d'ombre, celui-là assurerait à son âme une place en paradis.» Alors
s'abat d'en haut un faucon gris, portant dans sa serre de l'eau, dont il
abreuve Marko, puis au-dessus de lui il étend ses ailes et lui fait ainsi
de l'ombre. «O faucon, mon oiseau gris, lui demande le héros, quel
bien t'ai-je donc fait pour que tu viennes m'abreuver d'eau et que tu me
procures de l'ombre?»--«Ne plaisante point, Marko Kralievitch, répond
l'oiseau, lorsque nous combattions à Koçovo et que nous soutenions
l'attaque furieuse des Turcs, ceux-ci me prirent et coupèrent mes deux
ailes; toi tu me relevas, Marko, et me mis sur un vert sapin, afin que les
chevaux turcs ne pussent m'écraser; tu me nourris de la chair des héros
et tu m'abreuvas de sang vermeil; voilà le bien que tu m'as fait.»