Et il prit le livre! Et cette phrase de ce beau chapitre saisit son
regard comme par un flamboiement.
«Il a marché devant vous chargé de sa croix, et il est mort pour
vous, afin que vous portiez votre croix et que vous désiriez y mourir.
»Allez où vous voudrez, faites tant de recherches qu’il vous plaira,
vous ne trouverez pas de voies plus élevées ni plus sûres que le
_chemin de la sainte croix_.
»Disposez et réglez toutes choses selon vos désirs et vos vues,
vous n’y rencontrerez qu’un engagement à souffrir toujours quelques
peines, soit que vous le vouliez ou non, et ainsi vous trouverez
toujours la croix; car vous vous sentirez de la douleur dans le
corps, ou vous aurez à souffrir des peines dans l’esprit.
»Tantôt vous serez délaissé de Dieu, tantôt les hommes vous donneront
de l’exercice. Bien plus, vous serez souvent à charge à vous-même,
sans pouvoir être délivré par aucun remède, ni soulagé par aucune
consolation; et jusqu’à ce qu’il plaise à Dieu d’y mettre fin, vous
serez obligé de souffrir, car Dieu veut que vous appreniez à souffrir
sans consolations, afin que vous vous soumettiez à lui sans réserve,
et que vous deveniez plus humble par le moyen des tribulations.»
--Quel livre! se dit-il en feuilletant ce chapitre.
Et il tomba sur ces paroles:
«Quand vous serez parvenu à ce point que de trouver les afflictions
douces et d’y prendre goût pour l’amour de Jésus-Christ, alors
croyez-vous heureux, parce que vous aurez trouvé le paradis en ce
monde.»
Importuné par cette simplicité, caractère de la force, et furieux
d’être battu par ce livre, il le ferma; mais trouva ce conseil gravé en
lettres d’or sur le maroquin vert de la couverture: