Il y a, dans la fraîche maison de Castelnau, un petit réduit où
l'arrière-grand'mère de Marthe passait autrefois des journées.
Sur la grisaille des murs on voit de galantes gravures, dont M. Jules
Balzon dit: «Il paraît qu'elles ont de la valeur.» La profonde causeuse
de la vieille dame est encore là et des bergers sourient à leurs
bergères dans le rose fané des camaïeus. Un petit meuble contient des
livres ... les vers de Musset avec les _Comédies et proverbes_, les
poèmes de Mme Ackerman, une curieuse édition originale, _les Pleurs_,
de Marceline Desbordes-Valmore, _Atala_ et _René_. La bonne dame, qui
un demi-siècle plus tôt vivait dans cette province, dut verser bien des
larmes sur ces feuilles passionnées.
Sa raisonnable petite-fille, qui s'était gardée jusqu'alors de les
lire, les découvrit enfin--et avec cette magnifique littérature
exaspéra son pauvre amour.
Puis, quand elle entendait sur le perron les pas traînants de son père,
elle laissait vite le livre, se mettait au piano et chantait pour elle
seule les _Amours du poète_...
Un jour, pendant le déjeuner, une lettre arriva de Bordeaux. M. Balzon
regarda l'enveloppe et dit: «C'est l'écriture de Jean-Paul» et tandis
que Marthe, le cœur battant, fermait les yeux, il s'appliqua sans hâte
à réunir au bout de sa fourchette un morceau de filet, un peu de gras,
une parcelle de pomme de terre--laissant le tout s'imprégner de jus...
--Lisez donc, père, s'écria Marthe exaspérée.