XVI

Il y a, dans la fraîche maison de Castelnau, un petit réduit où

l'arrière-grand'mère de Marthe passait autrefois des journées.

Sur la grisaille des murs on voit de galantes gravures, dont M. Jules

Balzon dit: «Il paraît qu'elles ont de la valeur.» La profonde causeuse

de la vieille dame est encore là et des bergers sourient à leurs

bergères dans le rose fané des camaïeus. Un petit meuble contient des

livres ... les vers de Musset avec les _Comédies et proverbes_, les

poèmes de Mme Ackerman, une curieuse édition originale, _les Pleurs_,

de Marceline Desbordes-Valmore, _Atala_ et _René_. La bonne dame, qui

un demi-siècle plus tôt vivait dans cette province, dut verser bien des

larmes sur ces feuilles passionnées.

Sa raisonnable petite-fille, qui s'était gardée jusqu'alors de les

lire, les découvrit enfin--et avec cette magnifique littérature

exaspéra son pauvre amour.

Puis, quand elle entendait sur le perron les pas traînants de son père,

elle laissait vite le livre, se mettait au piano et chantait pour elle

seule les _Amours du poète_...

Un jour, pendant le déjeuner, une lettre arriva de Bordeaux. M. Balzon

regarda l'enveloppe et dit: «C'est l'écriture de Jean-Paul» et tandis

que Marthe, le cœur battant, fermait les yeux, il s'appliqua sans hâte

à réunir au bout de sa fourchette un morceau de filet, un peu de gras,

une parcelle de pomme de terre--laissant le tout s'imprégner de jus...

--Lisez donc, père, s'écria Marthe exaspérée.

L'enfant chargé de chaînes · 第 20 / 39 题