Quatrième considération. Sur l'amour que Jésus-Christ nous porte.
Considérez l'amour avec lequel Jésus-Christ notre Seigneur a tant
souffert en ce monde, et particulièrement au jardin des Olives
et sur le mont Calvaire. Cet amour vous regardoit, et par toutes
ces peines et ces fatigues il obtenoit de Dieu le Père de bonnes
résolutions et de saintes protestations pour votre cœur, et il
obtenoit aussi tout ce qui vous est nécessaire pour maintenir,
nourrir, fortifier et consommer ces résolutions. O résolutions!
que vous êtes précieuses, puisque vous êtes le fruit de la passion
de mon Sauveur! Oh! combien mon ame doit vous chérir, puisque vous
êtes si chères à mon Jésus! Hélas! ô Sauveur de mon ame! vous
mourûtes pour m'acquérir mes résolutions: faites-moi donc la grâce
que je meure plutôt que de les perdre.
Pensez-y-bien, ma Philothée: il est certain que de l'arbre de
la croix, le cœur de notre Seigneur Jésus voyoit le vôtre, et
qu'il l'aimoit; et que par cet amour il lui obtenoit tous les
biens que vous avez eus, et que vous aurez jamais, entre autres
vos résolutions. Oui, chère Philothée, nous pouvons tous dire
comme Jérémie: _O Seigneur, avant que je fusse vous me regardiez,
et vous m'appeliez par mon nom;_ ainsi c'est donc bien lui qui
dans son amour et sa miséricorde nous a préparé tous les moyens
généraux et particuliers que nous avons de nous sauver, et par
conséquent nos chères résolutions. Oui, comme une femme enceinte
prépare le berceau, les langes et bandelettes, et même une
nourrice pour l'enfant qu'elle espère avoir, encore qu'il ne soit
pas au monde; ainsi Notre-Seigneur, vous ayant conçue en sa bonté,
et prétendant vous enfanter au salut et vous rendre sa fille,
prépara sur l'arbre de la croix tout ce qu'il vous falloit: votre
berceau spirituel, vos langes et bandelettes, votre nourrice, et
tout ce qui convenoit pour votre bonheur. Ce sont tous les moyens,
tous les attraits, toutes les grâces, avec lesquels il conduit
votre ame, et l'attire à la perfection.
Ah! mon Dieu, que nous devrions profondément graver ceci en notre
mémoire: Est-il possible que j'aie été aimé, et si tendrement aimé
de mon Sauveur, qu'il ait bien voulu penser à moi en particulier,
et dans toutes ces petites circonstances, par lesquelles il m'a
attiré à lui? Combien donc ne devons-nous pas aimer, chérir
et employer tout cela à notre profit? Quoi de plus doux que
cette pensée: le cœur aimable de mon Dieu pensoit à Philothée,
l'aimoit et lui procuroit mille moyens de salut, comme s'il n'eut
pas eu d'autre ame à penser dans le monde: ainsi que le soleil
éclairant un endroit de la terre, ne l'éclaire pas moins que
s'il n'éclairoit que celui-là; de même Notre-Seigneur pensoit et
travailloit pour tous ses chers enfans, en sorte qu'il pensoit à
chacun d'eux, comme s'il n'eût point pensé aux autres. _Il m'a
aimé_, dit saint Paul, _et s'est donné pour moi_, comme s'il
disoit, pour moi seul, et tout autant que s'il n'eût rien fait
pour le reste des hommes. Ceci, Philothée, doit être gravé dans
votre ame, pour bien chérir et nourrir votre résolution, qui a été
si précieuse au cœur du Sauveur.