Troisième considération. Sur l'exemple des saints.
Considérez l'exemple des saints de toutes le conditions: qu'est-ce
qu'ils n'ont pas fait pour aimer Dieu, et lui demeurer fidèles?
Voyez ces martyrs invincibles en leurs résolutions: quels tourmens
n'ont-ils pas soufferts pour s'y maintenir? Voyez ces personnes si
belles, si florissantes, l'ornement de leur sexe, plus blanches
que le lis en pureté, plus vermeilles que la rose en charité, les
unes à douze, les autres à treize, quinze, vingt et vingt-cinq
ans, souffrant mille sortes de martyres plutôt que de renoncer à
leurs résolutions, non-seulement en ce qui étoit de la foi, mais
encore en ce qui étoit de la dévotion; les unes mourant plutôt
que de quitter la virginité, les autres plutôt que de cesser de
servir les pauvres, de consoler les affligés, d'ensevelir les
morts. O Dieu! quelle constance a montrée ce sexe fragile en de
telles occasions!
Regardez tant de saints confesseurs: avec quelle force ils ont
méprisé le monde! comme ils ont tenu ferme à leurs résolutions!
Rien n'a pu les ébranler; ils les ont embrassés sans réserve, et
les ont maintenues sans exception. Mon Dieu! que ne dit pas saint
Augustin de sa sainte mère? Avec quelle persévérance n'a-t-elle
pas poursuivi son dessein de servir Dieu durant le mariage, et
durant le veuvage? Et saint Jérôme, comment parle-t-il de sa chère
fille Paule, parmi tant de traverses et tant de divers accidens
qu'elle eut à soutenir? Mais que ne ferons-nous pas nous-mêmes
sur de si excellens modèles? Ils étoient ce que nous sommes; ils
travailloient pour le même Dieu, pour les mêmes vertus: pourquoi
n'en ferions-nous pas autant en notre condition et selon notre
vocation, pour soutenir victorieusement la sainte protestation que
nous avons faite d'être à Dieu?