LE PNEU-MOUSSE.

Le pneu-mousse est une invention récente d'origine allemande. Il tire

son nom de l'usage auquel il est destiné et de la façon dont il est

fabriqué. Le pneu-mousse est destiné à remplacer la chambre à air

actuelle et il est constitué par ce qu'on pourrait appeler une

MAYONNAISE de caoutchouc. C'est une sorte d'éponge de caoutchouc, mais à

cellules infiniment petites, ressemblant beaucoup plus à de la pierre

ponce très fine qu'à une éponge véritable. Contrairement à ce qu'on

pourrait supposer, on ne le fabrique nullement en triturant du

caoutchouc avec un gaz approprié. On prépare au contraire un mélange

analogue à celui qu'on emploie d'ordinaire pour faire le caoutchouc

vulcanisé; on en confectionne un boudin et on place le tout dans une

sorte de tube de canon où l'on introduit de l'azote à la pression de 600

atmosphères. On chauffe ensuite à la vapeur vers 135°, ce qui amène la

pression à 800 atmosphères, et on laisse cuire. Quand on démoule, le

boudin, qui a été soumis à une pression à peu près double de celle qui

s'exerce dans les fusils de chasse, s'allonge du quart de sa longueur et

augmente d'autant en diamètre; au lieu d'une masse compacte et dure, il

présente l'apparence d'une mousse de caoutchouc extraordinairement fine

et extrêmement élastique. L'azote s'est en partie dissous dans le

caoutchouc, en partie répandu dans la masse, en formant des cellules

microscopiques, si bien que la densité du produit n'est plus guère que

de 0.11, le neuvième de celle du caoutchouc. Le tout forme un boudin

singulièrement souple, qui peut remplacer la chambre à air; on le monte

en effet dans les enveloppes à peu près comme celle-ci. Mais il a le

gros avantage de ne pouvoir éclater et d'être insensible aux

perforations. Des essais récents exécutés avec une voiture de 1.750

kilos, à la vitesse moyenne de 52 kilomètres, ont permis de constater

que le pneu-mousse était encore parfaitement intact après un parcours de

plus de 3.000 kilomètres. On peut donc espérer que le nouveau produit

viendra, un jour concurrencer nos fragiles pneumatiques, à la condition

toutefois qu'on arrive à le fabriquer par des procédés économiques plus

rapides et surtout moins dangereux, car, une étuve à 800 atmosphères,

c'est exactement la même chose qu'un obusier de campagne! qui ne

cesserait pas un instant de tirer. Et une usine qui renfermerait un

certain nombre d'étuves de ce genre serait certainement d'une

fréquentation quelque peu aléatoire.

L'Illustration, No. 3672, 12 Juillet 1913 · 第 36 / 38 题