Sous la Restauration, les routes furent améliorées; cependant en 1830
les choses avaient peu changé; il y avait cependant quelques progrès.
Les routes étant meilleures on avait fait des voitures plus grandes; les
deux diligences qui partaient tous les jours pour Paris pouvaient
contenir dix-huit voyageurs chacune, trois dans le coupé, six dans
l'intérieur, six dans la rotonde et trois sur l'impériale.
Le trajet se faisait assez régulièrement en trois jours et trois nuits
dans la belle saison de Lyon à Paris.
Pour Genève on ne mettait plus que dix-huit heures.
Pendant plus de vingt ans les choses restèrent à peu près dans cet état.
L'invention des bateaux à vapeur apporta cependant une amélioration dans
le trajet de Lyon à Châlon et dans celui de Lyon à Avignon à la descente
seulement.
C'est en 1852 que l'ouverture complète du chemin de Paris à Lyon
transforma radicalement les moyens de communication entre ces deux
villes.
Pour Marseille, ce fut en 1857 et pour Genève en 1858.
Il faut avoir fait le voyage de Paris dans les anciennes diligences pour
comprendre les avantages des chemins de fer. Il est impossible
d'expliquer à ceux qui ne l'ont pas éprouvé, le supplice de rester trois
jours et trois nuits et quelquefois quatre, dans une espèce de boîte où
l'on était condamné à une immobilité complète, d'où l'on ne pouvait
sortir que deux fois par jour, pour le déjeuner et le dîner, côte à côte
avec des voyageurs inconnus, quelquefois aimables, il est vrai, mais le
plus souvent le contraire, ou du moins indifférents.
Combien de fois m'est-il arrivé de n'avoir pas de place ailleurs que
dans la rotonde particulièrement fréquentée par les nourrices; je ne
peux pas dire combien j'ai souffert dans mon voyage de Marseille à Lyon,
en 1835, où nous étouffions, suffoqués par la chaleur et la poussière.
Les personnes qui pouvaient se le permettre avaient la malle de poste
qui abrégeait le voyage de moitié et coûtait le double. Par la malle, on
partait de Lyon à une heure du soir et l'on arrivait à Paris le
surlendemain matin.
À l'époque où j'allais aux Écoles, je partais seul, je savais d'avance
le jour de mon départ, je pouvais presque toujours prendre la malle,
j'ai fait ainsi plus de vingt fois le trajet de Lyon à Paris ou de Paris
à Lyon.
C'était relativement une manière agréable de voyager à cause de la
rapidité de la marche, la commodité des voitures et la société qu'on y
rencontrait.
Mais de toutes les manières de voyager, la seule alors qui fût agréable
et véritablement commode, c'était la chaise de poste ou plutôt la
grande berline ou la grande calèche conduite à quatre chevaux avec deux
postillons et avant-courrier, comme voyageaient autrefois les princes et
le conseil d'administration du chemin de fer de Genève, lorsqu'il venait
inspecter les travaux de ses ingénieurs.
C'était une manière de voyager bien préférable au train ordinaire des
chemins de fer. Il n'y a que les trains de luxe, où l'on a toutes ses
aises, qui puissent les remplacer avec avantage.
Espérons pour les futures générations que, peu à peu, ce qu'on appelle
aujourd'hui des trains de luxe finiront par devenir les trains
ordinaires; de cette manière, on évitera beaucoup des inconvénients des
voyages actuels où les voyageurs sont traités un peu trop comme sur les
anciens bateaux à vapeur du Rhône, où ils étaient classés dans la
catégorie des colis qui se transbordaient tous seuls et qui avaient
ainsi l'avantage de ne pas être sujets aux avaries dont l'Administration
était responsable.
=_TABLEAU RÉSUMÉ COMPARATIF_=
à différentes époques,
DES MOYENS DE TRANSPORT POUR LES VOYAGEURS DANS LA DIRECTION
DE LYON À PARIS, MARSEILLE ET GENÈVE,
SOUS LES RAPPORTS DE LA FRÉQUENCE DES DÉPARTS,
DU NOMBRE DE PLACES OFFERTES AU PUBLIC
ET DE LA DURÉE DES VOYAGES PAR LES DILIGENCES ET LES CHEMINS
DE FER.
+=======================================================================+
| LYON À PARIS ET ROUTE |
|_______________________________________________________________________|
| | 1790 | 1810 | 1850 | 1888 |
| | | | | |
|Départs |6 jours |Tous |Tous |12 |
|et |par |les |les |trains par |
|arrivées. |semaine |jours |jours |jour dans |
| |(1 départ). |(1 départs). |(2 départs). |chaque sens. |
| | | | | |
|Nombre moyen| | | | |
|de places | | | | |
|par jour | | | | |
|dan | | | | |
|chaque sens.|7 places. |16 places. | 44 places. |Plus de 4,000.|
| | | | | |
|Durée minima| | | | |
|du voyage. |7 jours. |4 jours. | 3 jours. |8 à 16 heures.|
| |ou 175 heures.|ou 100 heures.|ou 75 heures.| |
+=======================================================================+
| LYON À MARSEILLE ET ROUTE |
|_______________________________________________________________________|
| | 1790 | 1810 | 1850 | 1888 |
| | | | | |
|Départs |2 jours |Tous |Tous |10 |
|et |par |les |les |trains par |
|arrivées. |semaine |jours |jours |jour dans |
| |(1 départ). |(1 départs). |(1 départs). |chaque sens. |
|Nombre moyen| | | | |
|de places | | | | |
|par jour | | | | |
|dan | | | | |
|chaque sens.|2 places. |8 places. | 22 places. |Plus de 1,000.|
| | | | | |
|Durée minima| | | | |
|du voyage. |7 jours. |4 jours. | 3 jours. |6 à 11 heures.|
| |ou 175 heures.|ou 100 heures.|ou 75 heures.| |
+=======================================================================+
| LYON À GENÈVE ET ROUTE |
|_______________________________________________________________________|
| | 1790 | 1810 | 1850 | 1888 |
| | | | | |
|Départs |2 jours |Tous |Tous |7 |
|et |par |les |les |trains par |
|arrivées. |semaine |jours |jours |jour dans |
| |(1 départ). |(1 départs). |(1 départs). |chaque sens. |
| | | | | |
|Nombre moyen| | | | |
|de places | | | | |
|par jour | | | | |
|dan | | | | |
|chaque sens.|2 places. |4 places. | 16 places. |Plus de 2,000.|
| | | | | |
|Durée minima| | | | |
|du voyage. |3 jours. |26 jours. | 18 jours. |4 à 5 heures. |
| |ou 75 heures. | | | |
+=======================================================================+