εἶτε τυχη τίς τ' ἀνθρὼπεια βραβεὑουσα, καίνον ἑπεισὸδιον ἐπετραγωδεῖ
τοῖς δρωμὲνοις, ὥσπερ εις ἁνταγὼνισμα δρὰματος ἄρχην ἅλλου
παρεισφερουσα. _Alors une divinité, ou la fortune, qui règle les choses
humaines, ajouta aux choses représentées alors un nouvel épisode, comme
si elle eût apporté le commencement d'un autre drame pour rivaliser._
Voilà le mot-à-mot de la phrase grecque. On voit que je n'en ai rendu
que les idées. Je crains même qu'on ne m'accuse d'avoir passé trop
légèrement sur le texte. L'anonyme s'est mis à l'abri d'un pareil
reproche. Voici comme il traduit cet endroit: _Alors le destin ou la
fortune, qui que ce soit qui préside aux choses humaines, fit que le
vieillard Calasiris, etc._
Note 49: _L'œil des amans reconnoît, etc._ ὀξὺ γὰρ τὶ πρὸς πὴνγνωσιν
ἐρωτικων ὄψις, καὶ κινήμα καὶ σχῆμα μόνον, κἄν ποῤῥὼθεν ἡ κᾴν εκ νώτων
τῆς ομοιοτήτος τήν φαντασιάν παρεστησεν. _La vue des amans est perçante
pour reconnoître: un mouvement seul, l'extérieur seul, même de loin,
même par derrière, leur présente des traits de ressemblance._
Note 50: _C'est celui-là même._ Il y a dans le grec une expression que
le traducteur latin a rendue par _mater_, et que je n'ai point rendue
dans ma traduction; celle expression est _μαμμιδιον_. Je ne connois
en français, pour la traduire, que l'expression triviale, _ma petite
maman_.
Note 51: _Cybèle croit que le hasard, etc._ ἠ δὲ Κυβέλη τἣν ξυντυχίαν
ἄρπαγμα καὶ ὥσπερ ἄγρας ἃρχην ποιησαμενη. _Cybèle ayant regardé cette
remontre comme un moyen d'enlever et comme un commencement de chasse._
Note 52: _Des hommes tels que vous, etc._ χαὶροῦσα καὶ προστρέουσαχ
τοις, οἶοι νῦν ὑμεῖς, ἡ τοἷς ἐντεὐθεν. Voici la traduction latine:
_Gaudens iis et se oblectans qui indè adveniunt. οἶοι νῦν ὑμεῖς_ n'est
pas rendu. Ces mots cependant ne sont pas inutiles ici. Dans la bouche
de Cybèle, ils désignent plutôt la beauté que la patrie de Théagènes.
_τοἷς ἐντεὐθεν_ veut dire, _des hommes d'ici,_ c'est-à-dire, _du pays
d'Arsace, des Perses et des Egyptiens_, et non pas _des Grecs._ Il
faudroit _τοῖς ὲκεῖθεν_ pour entendre _des Grecs._
Ensuite, devant _ἡ_ il faut sous-entendre _μάλλον_; ellipse dont les
exemples ne sont pas rares. On en trouve un dans le premier livre de
l'Iliade, vers 117:
Βούλομαι ἐγὼ λάον σοονἔμμεναι ἡ ἀπολέσθαι.
_J'aime mieux voir mon peuple sauvé que périr._
Voici comme j'explique mot-à-mot la phrase d'Héliodore: _Se réjouissant
et courant au-devant de ceux qui sont comme vous êtes maintenant, plus
que de ceux d'ici._
Note 53: _Calasiris n'est plus, etc._ ἡ πάντων καθ' ἡμᾶς ἄγκυρα
Καλὰσιρις απολωλς, τὴν ἀθλίαν ἡμᾶς ξυνὼριδα, πὴρους ὥσπερ τῶν πρακτεων
ἐπὶ τῆς ἀλλοδατῆς καταλίπων. _Calasiris, l'ancre de nos affaires, est
mort, laissant dans une terre étrangère nous, malheureux attelage,
aveugles sur ce qu'il faut faire._ On a dû remarquer plusieurs fois que
les Ethiopiennes se ressentent du siècle où l'auteur a vécu. Le cachet
du bel-esprit y est empreint en plusieurs endroits, Héliodore n'a pas
su se préserver du mauvais goût qui régnoit de son tems.
Note 54: _Vomit mille imprécations, etc._ τὴν γραῦν ἐπὶ κεφὰλην
ἐξωσθῆναι προσταξασα. _Ayant ordonné de précipiter la vieille sur la
tête._ Je n'ai pas cru devoir prendre ces mots à la lettre; je n'y ai
vu que l'expression de la fureur.
Note 55: _Vous êtes un jeune homme. ἀδολεσχεἵς_ ne veut pas dire _vous
êtes un jeune homme_, mais _vous ne dites que des choses frivoles._
Il faut convenir que ce que demandoit Achémènes à sa mère, étoit bien
frivole en comparaison de ce qui l'occupoit. Cette réponse de Cybèle
me paroît un coup de pinceau digne de Molière, et comparable au,
_voilà-t-il pas de ces coups de langue_ de M. Jourdain.
Note 56: _Nous sommes sans ressource,_ etc. πᾶν τοῦτο δὴ τὸτοῦ λὸγου
πεῖσμα διεῤῥὴκται, πᾶσα ἔλπιδος ἄγκυρα παντοίως ἀνηρπὰςται. _Tout
cordage, comme on dit, est rompu; tout ancre d'espoir est enlevé._
NOTES DU TROISIÈME VOLUME.
Note 57: _Le moment critique est arrivé._ πρὸς ὀξὺ καὶ τὴν ἄκραν ἀκμὴν
περιεστὴκοτα ἡμῖν ὁρῶσα τα πραγματα. _Voyant mes affaires arrivées au
moment décisif, et au plus haut point de maturité._ On trouve dans
Sophocle la même pensée exprimée différemment. Je ne la rapporte que
parce que je la crois proverbiale. AJAX, V. 797:
ξυρεῖ γὰρ ἐν χρῲ τοῦτο μὴ χαιρεῖν τίνα
_Le quelqu'un ne pas se réjouir de cela frotte sur
la peau,_ c'est-à-dire, _ceci se terminera mal pour
quelqu'un._
On trouve dons l'Iliade, livre K, vers 173:
νῦν γάρ δὴ παντὲσσιν ἐπὶ ξὺρου, ἵσταται ἀκμῆς ἠ μαλὰ
λὺγρος ὄλεθρος Αχαιοῖς ἠὲ βιῶναι
_Car maintenant, ou une mort cruelle ou la vie est pour
tous les Grecs sur le piquant d'une pointe,_ c'est-à-dire,
_un abîme prêt à engloutir les Grecs, est ouvert sous
leurs pas._
Note 58: _Ce que l'on entend afflige, etc._ ἀκοἠ γὰρ όψὲως εἱς τὸ
λυπῆσαι κουφὸτερον. _Car l'ouie est plus légère que la vue pour
chagriner._ Cette pensée est la même que celle-ci d'Horace:
_Segniùs irritant animos demissa per aures,_
_Quam quæ sunt oculis subjecta fidelibus._
_Ce que l'on entend émeut l'ame beaucoup moins que ce que l'on voit._
Note 59: _Il ne nous reste plus qu'une ressource._ Τελευταῖον οὐν, εἰ
δοκεῖ, τὸ του λὸγου, ῥιψῲμεν ἄγκυραν. _Jetons, si vous le voulez, comme
on dit, notre dernier ancre._
Note 60: _Pousse un cri._ τίς οὖτοσι, βοῶντα κατὲστελλε Βαγὼας. _Bagoas
fait taire lui criant_ qui va là. Je me suis contenté de rendre
_βοῶνθα, pousse un cri_, sans rendre _τίς οὖτοσι,_ persuadé que le sens
du texte n'est nullement altéré par cette suppression.
Note 61: _Il écrit une lettre, etc._ αγραψὰμενος γὰρ ἅ έβοὺλετο, καὶ
λίθῳ τὴν γρὰφην ἑναψὰμενος, σφενδὸνη πρὸς τοὺς ἐναντίοὺς ἠπρεσβευετο,
διαπόντιον τὴν ἰκεσίαν τοξευὸμενος. _Ayant écrit ce qu'il voulait, et
ayant attaché son écriture à une pierre, il députa avec une fronde
vers les ennemis, et lança sa prière au-dessus des flots._ On trouvera
peut-être que j'ai passé légèrement sur cette phrase; mais elle
m'a paru une de celles dans lesquelles Héliodore a voulu mettre de
l'esprit, et qui n'en est pas meilleure.
Note 62: _Les Ethiopiens avancèrent, etc._ τὸτε δὴ καὶ Αιθίοπες
πλησιασαντες ὥσπερ ἀπ' ἐκκλησίας των πορθμειων πρὸς τὸ πολιροκοὺμενον
θὲατρον θὲατρον τοῖαδε ἔλεγον. _Les Ethiopiens s'étant avancés, de
dessus leurs vaisseaux, comme de dessus une tribune, parlèrent à ce
théâtre assiégé._
Note 63: _Ensuite viennent les archers, etc._ ὡς ἄν γυμνοι ὄντες
πανοπλιας, ασφαλεστερον βάλλοιεν ὐπὸ τοῖς όπλιταις προασπι ζομενοι.
_Afin que n'ayant point d'armure complette, ils lançassent leurs traits
plus en sûreté derrière les Oplites._
Parmi les contre-sens innombrables dont fourmille la traduction
anonyme, on remarque celui-ci: _Ils étoient suivis des Arbalêtriers et
gens de trait, nuds et sans armes, afin qu'ils eussent plus de facilité
à tirer leurs flèches._ Comment des Arbalêtriers et des gens de trait
peuvent-ils être _nuds et sans armes?_ et s'ils sont _nuds et sans
armes,_ comment peuvent-ils tirer des flèches? je n'en sais rien.
Il est bien vrai que _γυμνοι_ veut dire _nuds_; mais cette nudité est
déterminée par _πανοπλιας_, qui veut dire _armure complette_; de
manière qu'_ils étoient nuds d'une armure complette_.
Note 64: _On les voit sauter, bondir, etc._ πλὲγμα γὰρ τικυκλότερες τῄ
κεφάλῃ περιθεντες, καὶ τοῦτο βελεσι κατὰ τὸν κύκλον περιπεῖραντες τὸ
μὲν ἐπτερὼμενον τοῦ βελους πρὸς τὴ κεφαλῃ περιτιθενσαι, τὰς δ'ἄκιδας
οἷον ἄκτὶνας εἱς το ἐκτὸς προβεβλυὴται. _Ayant mis autour de leur tête
un tissu en rond, et l'ayant garni de traits tout autour, ils mettent
contre leur tête la partie empennée du trait, et en dehors les pointes
comme des rayons._
Rien de plus curieux que de voir comment l'anonyme rend cette phrase;
il fait dire à Héliodore les choses les plus plaisantes. Par lui, la
tête des guerriers d'Hydaspe se trouve être un parc d'artillerie.
_D'autres fois_, dit-il, _avec de petits dards, qui partoient de leurs
bonnets, comme d'un arc, ils harceloient sans cesse les ennemis, en
sautant et en se jouant autour d'eux y comme des satyres._
Note 65: _Il ordonne à ses médecins, etc._ τοῦτο μεν (αἶμα) ἐπαοιδῃ
δὶα τῶν τοῦτο εργον πεποιημενων επεσχε. Il arrêta le sang _par
enchantement, par le moyen de ceux qui faisoient cette fonction._
En quoi consistaient ces enchantemens? c'est ce que j'ignore. Au
rapport des voyageurs, toute la médecine des peuples d'Afrique, encore
aujourd'hui, n'est autre chose que superstitions bizarres et cérémonies
ridicules qui, vraisemblablement, subsistent depuis long-tems, et dont
l'origine se perd dans la nuit des tems.
Note 66: _Il approche le moment, etc._ πλὴσιον ὁ ἂγων, καὶ νῦν
ταλαντεὺει καθ' ἡμασ ἡ μοῖρα. _La décision est proche, la destinée
pèse mon sort:_ Cette idée me semble belle, grande et bien noblement
exprimée dans le texte. Elle est digne de la majesté de l'Epopée, et
d'autant plus juste que Chariclée va devenir un personnage intéressant
et de la plus grande importance, puisqu'elle va se trouver fille d'un
puissant monarque, et héritière d'un vaste empire.
Note 67: _Mais vous allez l'être, etc._ τὰ μικρὸτερα, ἔφη, θαυμαζεις τὰ
μείζονα δἔστιν ἔτερα. _Vous vous étonnez, dit-elle, des plus petites
choses; il en est d'autres plus grandes._ J'ai cru devoir me contenter
de l'idée, et la rendre plus succinctement que dans le texte, pour ne
pas ralentir la vivacité du dialogue.
Note 68: _Cette bandelette, etc._ καθαπερ τῃ ταινιᾳ την ἀληθειαν
ἐπισκιαζων. _Ombrageant, pour ainsi dire, la vérité avec cette
bandelette._ Au premier coup-d'œil ma traduction semble s'éloigner
du sens du texte. Je crois cependant avoir saisi l'idée d'Héliodore.
Cette bandelette cachoit la vérité aux yeux d'Hydaspe, en ce qu'il ne
pouvoit, à cause d'elle, assurer que Chariclée n'étoit pas sa fille;
mais elle cachoit la vérité, de manière qu'elle donnoit un air de
vérité à tout ce que Chariclée disoit.
Note 69: _Il fait effort sur lui-même, etc._ το ὄμμα δε οἱονει κερας ἡ
σιδηρον εἱς τα όρωμενα τεινας, ἐιστηκει προς τας ὡδῖνας τῶν δακρυων
ἀϖομαχομενος. _Fixant sur ce qu'il voit un œil comme de la corne ou du
fer, il étoit debout, combattant contre l'éruption des larmes._ Voilà
le texte mot-à-mot. Si j'eusse trouvé en français une métaphore pour
rendre celle du texte, je l'aurois employée.
Note 70: _Pourquoi, répond Hydaspe, etc._ εἶτα, ὧ νωθεστατς καὶ ἡλιθις,
προς αὐτον ὁ Υδασπης. _Quoi! ô le plus sot et le plus stupide des
hommes, dit Hydaspe._ Je n'ai pas cru devoir rendre _νωθεστατε καὶ
ἡλιθις_, qui n'auroient pas été en français un langage digne de la
majesté royale.
Note 71: _Les mugissemens du taureau, etc._ καὶ τῳ μυκηθμω τοῦ
ταυρουκαθαπερ σαλπιγγι το ἑπινικιον ἁνακηρυττομενος. _Proclamant sa
victoire par les mugissemens du taureau, comme avec une trompette._
FIN DES NOTES.
TABLE DES MATIÈRES
PRÉFACE.
LES ÉTHIOPIENNES.
LIVRE PREMIER.
LIVRE SECOND.
LIVRE TROISIÈME.
LIVRE QUATRIÈME.
LIVRE CINQUIÈME.
LIVRE SIXIÈME.
LIVRE SEPTIÈME.
LIVRE HUITIEME.
LIVRE NEUVIEME.
LIVRE DIXIEME.
NOTES
NOTES DU SECOND VOLUME
NOTES DU TROISIÈME VOLUME.