LE PARFUM DES OASIS

... Le lac mystérieux a disparu. Au loin, quelques flaques subsistent

seules, lambeaux d’azur éparpillés dans les sables fauves. Mais déjà

l’ombre de la palmeraie tente nos montures. Nous arrivons enfin sous les

arceaux serrés des dattiers, et nos chevaux allongent leurs naseaux

saignants vers de la vraie eau, en entrant à mi-jambe dans l’oued très

large au milieu des joncs.

Quel soulagement, quelle joie toute physique, cette arrivée à l’ombre,

où la brise est un peu fraîche, où nos yeux douloureux se reposent sur

le vert profond des beaux palmiers, sur les grenadiers aux fleurs de

sang et sur les lauriers-roses en touffes.

Après l’eau de mensonge, le goût de la vérité.

Nous nous étendons à terre, pour n’entrer à Béchar que vers le soir,

après la sieste.

Djilali s’endort, et moi je regarde ce décor nouveau qui ressemble à

d’autres que j’ai aimés, qui m’ont révélé le charme mystérieux des

oasis. J’y retrouve aussi cette légère odeur de salpêtre, si spéciale

aux palmeraies humides, cette odeur de fruit coupé qui pimente tous les

autres parfums de la vie à l’ombre.

Dans la quiétude profonde de cette clairière isolée, d’innombrables

lézards d’émeraude et des caméléons changeants se délectent dans les

taches de soleil, étalés sur les pierres.

Pas un chant d’oiseau, pas un cri d’insecte. Quel beau silence! Tout

dort d’un lourd sommeil, et les rayons épars glissent entre les hauts

troncs des dattiers comme des chevelures de rêve...

Dans l'ombre chaude de l'Islam · 第 16 / 82 题